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LE BÉARN ~ LE PAYS D'ARMAGNAG

mencé au x® siècle; ils se reconnaissaient vassaux immédiats des comtes de Gascogne, Gascons comme eux, mais avec plus de finesse. Le possesseur du Béarn au xv^ siècle est Jean ^d'Albret; son fils, en épousant Marguerite d'Alençon, grand'mère de Henri IV, prépare la réunion de la Navarre à la couronne. Mais les villes, en se donnant au roi, entendaient bien continuer à vivre de leur vie indépendante. Le Béarnais, en vrai Gascon, trouva, pour les rassurer, le mot heureux que l'on sait et qui sauva tout : « Je ne donne pas le Béarn à la France^ mais la France au Béarn *. »

1. Ce besoin d'indépendance ne s'est pas éteint. Je l'ai retrouvé aussi vif quand j'ai visité, en 1835, les archives de Pau qu'on était en train d'extraire de la tour Gaston-Phœbus. — Cette tour, divisée en trois étages, a été longtemps une prison où les condamnés attendaient leur départ pour le bagne. Une femme d'Orthez, qui avait empoisonné son mari, y resta cinq mois enchaînée contre la muraille avec une chaîne de fer. Elle vivait dans une obscurité complète, couchait dans ses excréments qui filtraient par le plancher et mouillaient, salissaient les archives placées au-dessous, au rez-de-chaussée. Elle partie, d'autres condamnés vinrent prendre sa place, et l'œuvre de destruction continua. On commença à s'inquiéter l'année même où je passai à Pau. Pour extraire tous ces papiers du fumier où ils gisaient, il fallait les remuer à la fourche. Beaucoup de liasses étaient devenues illisibles. Les sections de Navarre étaient celles qui avaient le plus souffert. Le préfet eût voulu adjoindre un élève de l'École des Chartes à l'homme patient qui faisait sans dégoût cette rebutante besogne. M. P..., voyant déjà ses archives s'acheminer sur Paris, prit peur, s'émut, refusa. « Qu'en ceci du moins, écrivit-il, le Béarn soit encore indépendant de la France. »

11 n'y aurait à redire, de ces Gascons-Béarnais, que leur petite taille. Mais ces petits hommes noirs et brûlés , à méchante mine , ont été les meilleurs marcheurs de l'Europe, pleins de feu, d'esprit, de ressources, d'une main leste et vive qui tirait dix coups pour un seul) comme on le vit au xv® siècle quand la France les mena en Italie.

Il fallait bien qu'ils fussent gens de ressources ayant à courir le monde. Le droit d'aînesse régnait en Gascogne. L'aîné restait fièrement au castel, sur sa roche, sans vassal que luimême et se servant par simplicité. Les cadets s'en allaient gaiement devant eux, tant que la terre s'étendait, bons piétons, comme on sait, allant à pied par goût tant qu'ils ne trouvaient pas un cheval, riches d'une épée de famille, d'un nom sonore et d'une cape percée; du reste, nobles comme le roi, c'est-à-dire comme lui sans fiefs.

Ce portrait du Gascon du Midi, pour êtr( vieux, n'est pas moins ressemblant. Il en reste quelque chose. Alors, aujourd'hui et toujours, ces gens ont exploité de préférence un fonds excellent , la simplicité et la pesanteur des hommes du Nord. Aussi, émigraient-ils volontiers. Ce n'était pas pour bâtir comme les Limousins, ni pour vendre comme les gens

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