LE BÉARN
Ce n'est ni de Saint- Jean-de-Luz, ni de Bayonne, assise au repos sur sa baie tranquille, que nous aurons la première vision des Pyrénées. On en est trop près. On les touche presque, mais on ne les voit pas. *
De Pau, qui s'en éloigne, nous découvrirons au contraire à l'horizon leur vaste panorama *. Grandiose dans la lumière du jour, le matin, aux premières lueurs de l'aube dont s'éclairent les glaciers, il devient fantastique. Au premier plan, en contraste avec les monts sublimes, les vignes du Jurançon, vin fin dont
1. Pau, avec ses ponts jetés sur les rues, rappelle Edimbourg; on y trouve les Pyrénées en plus, la mer en moins.
Henri IV connut le goût avant celui du lait de sa mère.
Si vous arrivez à Pau un dimanche, vous verrez toute la population sur les places. L'Espagnol s'y mêle, pieds nus ou chaussé de spadrilles, gravement drapé dans son manteau brun qui ne le quitte jamais. L'Espagnole, vêtue de rouge et de noir, suit, là-bas, la procession dans une dévotion à la sainte Thérèse. — Vous reconnaîtrez bien vite le Béarnais à sa petite taille, à sa politesse excessive. Tous vous saluent en Béarn. C'est toujours Henri IV pour la parole vive, tous les dehors de l'amitié sans réalité (et pourtant sans fausseté), nulle grossièreté gasconne.
La femme est ici moins fine qu'à Bayonne, le pas est un peu plus lourd. Mais ce n'est pas à Pau qu'il faut chercher la vraie Béarnaise; vous la rencontrerez plutôt à l'entrée de la vallée d'Ossau, suivant l'étroit sentier sur son cheval assise à la Murillo avec le morceau de drap plié sur la tête pour coiffure, comme si les hommes avaient compris l'importance de la loi salique : mulier discapilata. Cette figure sévère, affinée par la maigreur, ce vieux costume noir, quasi monastique, vous reculent de deux siècles. N'est-ce pas Jeanne d'Albret chevauchant à travers son pauvre royaume de Navarre?
La dynastie des vico;ules du Béarn a com-