‹ Notre FranceChapitre 11 sur 22 · RES NN ER · texte numérisé non relu

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superposait son action occulte. Quant aux révolutionnaires, ils se ralliaient autour d’une légende, celle de Napoléon libéral. Le martyre du grand proscrit, en l’auréolant, avait sans doute rendu possible une si audacieuse mystification. Napoléon devenait maintenant l’homme de la Paix et de la Liberté. C'était l’Europe qui l'avait empêché d’en établir le règne. Cette légende fjoux un rôle considérable dans l’évolution de la mentalité française pendant la période de la monarchie constitutionnelle et elle prépara les voies aux entreprises ultérieures de Louis-Napoléon.

Pour bien se rendre compte du caractère réparateur des neuf années du règne de Louis XVIII (1815-1824) il faut s'arrêter aux premières années de celui de Charles X (1824-1830). La monarchie apparaît singulièrement solide. Son principe n’est plus en cause ; la personne du roi domine les partis (voir les lettres du général Foy). La stabilité ministérielle à dépassé toute attente®, L'intervention de 1823 en Espagne a démenti les prévisions pessimistes ; elle à mis en relief les réelles qualités du duc d'Angoulême et redonné confiance à l’armée. D'ailleurs, si la prise du Trocadéro qui em a été le principal fait d'armes rappelle une entreprise dirigée contre les doctrines libérales, voici venir Navarin (20 octobre 1827) où le drapeau blanc s'illustre en émancipant la Grèce. Aussi la popularité de Charles X va-t-elle croissant, facilitée par l’aspect du roi, son charme personnel, son esprit d’à-propos. Des lois imprudentes ont été votées,

(1) Le ministère présidé par le comte de Villèle, dura sept ans ; faible politiquement, il fut remarquable au point de vue de l'administration financière et de la prospérité matérielle.

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lois sur le sacrilège, sur le « milliard des émigrés », sur le droit d’aïînesse. Le voyage accompli par Charles X en 1827, au camp de Saint- Omer et dans les villes du nord n’en est-pas moins triomphal ; et plus triomphal encore sera son voyage de 1828 en Alsace. Cette année-là, du reste, un grand changement s’est accompli dans la vie politique de la nation. Depuis janvier un libéral, M. de Martignac, est au pouvoir. Eés mesures de tolérance se succèdent., Des préfets intransigeants ont été destitués ; les cours que professaient Guizot et Victor Cousin avaient été interdits ; on rend à ces maîtres aimés de la jeunesse, la liberté de la parole. Les ordonnances du 16 juin 1828 précisent encore la portée de l’évolution, car elles ont une saveur assez nette d’'anticléricalisme puisqu'elles retirent aux Jésuites la direction des petits séminaires et restreignent l'influence de ces établissements en limitant le nombre de leurs élèves. Enfin, l’expédition de Morée parachève l’œuvre émancipatrice de la France en Grèce.

Sur ces entrefaites, le cabinet propose un nouveau et réel progrès : la loi qui rendra électifs les Conseils communaux et départementaux, jusqu'ici à la nomination du gouvernement. Mais telles sont encore l’inexpérience politique des députés, l’indiscipline des esprits, la tyrannie des théories et des formules que, par suite d’intrigues et de calculs maladroits, le ministère est. renversé. Le roi, dont ces dix-huit mois de gouvernement libéral ont encore accru la popularité, se croit dès lors en mesure d'imposer son favori. Il confie au prince de Polignac (août 1829), le soin de former un cabinet. A peine le cabinet constitué, chacun parle du « coup d'Etat » com-

me d’une éventualité prochaine et fatale. . Les libéraux s'organisent en vue de cette révolution imaginaire. En réalité, Polignac se préoccupe surtout de la politique extérieure et il le fait avec ntellisgence et habileté, mais l’opinion ignore ses efforts. Ce qui se prépare dans la coulisse, C'est la révision des traités de 1815. Une alliance franco-russe se dessine ; on commence à cencevoir en Europe l'impossibilité de mainteni la Belgique sous le joug néerlandais et l’on s’hibitue à l’idée de la voir annexée’ à la France.

D’est le roi qui déclanche l’inutile et funeste ccnflit. Au début de 1830, il impose sa volonté ds dissoudre la Chambre au cabinet qui n’est point d'accord. Le pays réélit les opposants mais sans passion. Guizot a pu écrire que sur les 425 membres:de la nouvelle Chambre il n’y en avait pas cinquante qui désirassent un changement de dynastie ©,

Le 26 juillet 1830 les fameuses « Ordonnances » paraissent au Moniteur ®). Elles sont 1illégales sinon dans la lettre du moins dans l'esprit, mais ne constituent ni un attentat ni une trahison. L'état du siège n’est pas proclamé ; aucu-

(1) Ce n'était pas faute d'entendre parler de la révolution anglaise de 1688. Plus d’un écrivain — et Thiers principalement — l’avaient depuis des années proposée en exemple à l'opinion française, mais sans succès. Thiers lui-même avait fini par renoncer à ses espérances et abandonnant la partie songeait à aller faire en Amérique un long voyage d’études, lorsque l'avènement du ministère Polignac l'incita à rester. L'occasion qu'il espérait allait enfin surgir.

(2) Les Ordonnances prononcaient la dissolution de la Chambre et convoquaient les électeurs pour de nouvelles élections, restreignaient la liberté de la presse, rapportaient les modifications libérales apportées à la loi depuis 1814, enfin faisaient rentrer au Conseil d'Etat les membres qui en avaient été éloignés depuis deux ans.

ne arrestation n’a lieu ; aucune précaution militaire n'a même été prise. Aussi cette journée et celle du 27 se passent-elles dans un célme relatif ; quelques manifestations peu importantes, quelques désordres isolés. Les député ne songent qu'à organiser la « résistance légale |» ®. Le 28, les émeutiers de profession, enhardis par l'attitude du gouvernement, entrent en campaène eb s'emparent sans peine de l'Hôtel de Ville sardé par six hommes. C’est là que dans la journée du 29 — tandis qu'à Saint-Cloud Charles X :

décide à signer le retrait des ordonnances et confier le pouvoir à! un cabinet libéral — $71 provise une sorte de gouvernement sans manda sous la direction de Lafayette. Les désordres] augmentent. Des bandes parcourent Paris, des | régiments font défection. Personne n’a encore | prononcé le nom du duc d'Orléans. Dans la nuit du 29 au 30} par les soins de Thiers, un manifeste enflammé est apposé sur les murs. Il proclame la déchéance de Charles X et propose la royauté de Louis-Philippe en exagérant les périls dont cette royauté préservera le pays.

Ce coup d’audace transforme la situation. Les députés apeurés songent à confier d'abord la « lieutenance générale du royaume » au duc d'Orléans, lequel accourt aussitôt et se rend à l'Hôtel de Ville où Lafayette, l’embrassant, le proclame « la meilleure des républiques ». Le ler août, Charles X, qui est à Rambouillet, confirme cette sorte de régence et le lendemain il abdique. Avec abnégation le duc d'Angoulême

(1) Un drapeau tricolore ayant été arboré sur les tours de Notre-Dame, le général Sebastiani, député appartenant aü groupe avancé, déclare ce même jour que « le seul drapeau national » pour lui est toujours le drapeau blanc.

renonce à ses droits en faveur de son neveu.

Le petit duc de Bordeaux va donc devenir roi sous le nom de Henri V et le duc d'Orléans sera récent. Tout est sauf.

La Chambre ne le comprend point. Surexcités, affolés, conduits par Thiers, et ses amis, les députés, qui ont peur de la république, revisent hâtivement la Charte et appellent au trône le duc d'Orléans. 219 députés ont ainsi escamoté la volonté nationale et changé la dynastie sans avoir reçu du pays de mandat constituant. Le pays apprendra avec stupeur l’aventure parisienne mais à force d'entendre dire que le Parlement vient « de le sauver de la révolution », 1l le croira.

Louis-Philippe (1830-1848)

On à dit de Louis-Philippe qu’ « il passa les cinq premières années de son règne à tâcher de se maintenir dans son fauteuil et les dix suivantes à tenter d'élever ce fauteuil sur un trône ». Les débuts furent pénibles pour, le souverain comme pour ses sujets. Le désordre déchaîné par les « journées de juillet » ne se calma point. Sans Casimir Périer qui prépara le lent retour de l’ordre par d’énergiques mesures — sans Talleyrand qui, ambassadeur à Londres, négocia, l'intervention militaire en Belgique, c'eût été vraiment à désespérer du nouveau régime. La crise survenue en plein essor économique avait condamné beaucoup d'ouvriers à l’inaction et mis en mouvement d'innombrables « chercheurs de places ». Lafayette apostilla, dit-on, plus de

70.000 demandes qui firent sans doute autant de mécontents. A l’automne de 1830, Paris, Lille, Dijon, Arles, Nîmes, Perpignan et Angoulême furent le théâtre de véritables émeutes. En F881 et 1832, Lyon et Grenoble virent éclater des insurrections. En avril 1834, Paris fut troublé à nouveau de façon grave. L'armée se montrait désorientée ; les pouvoirs publics, timides et indécis ; les clubs populaires étaient redevenus aussi outranciers de tendances que ceux de 1793 ; les lettres et le théâtre reflétaient un inquiétant amoralisme, les plus étranges conceptions sociales se répandaient dans l'opinion. Louis-Philippe — « autoritaire déguisé en libéral » — laissa s’user ces forces mauvaises. Sa patience fut extrême mais trouva enfin sa récompense. Il y avait là une sorte de rechute du mal révolutionnaire et comme un dernier écho de la longue tragédie que la France avait vécue ; cela ne pouvait être durable. Effectivement, le calme revint et l’effort réorganisateur de la société française put reprendre, un peu lént, un peu étroit, indéniable cependant pour qui regarde l’ensemble. “Les trente-trois années consécutives de monarchie constitutionnelle (1815-1848) se sont traduites par des progrès de tous genres, notamment dans l’ordre agricole, industriel et. financier ©. Aussi, malgré l'instabilité qui lui

(41) De 1815fà 1848, le nombre des propriétaires augmenta de près”d'un million et le prix moyen de l’hectare passa de 700;francs à°1.290. — {29.000 kilomètres de routes nouvelles furent établies et 2.900 kilomètres de/canaux. Un milliard de francs turent dépensés pour les travaux publics. Malgré que l'Empire et les Cent Jours eussent légué à la Restauration une charge de trois milliards, le crédit ne cessa de s'élever. Le 5 % qui était à 52 francs en 1815 et déjà à Sen 4818, était à 110,65 en 1829. Le taux de l'emprunt en 1816 était

venait de son origine, la royauté des Bourbons- Orléans se fût peut-être perpétuée sans la faiblesse à laquelle cette même origine la condamnait sur le terrain de la politique extérieure.

Les événements de 1830 avaient eu une répercussion en Europe. La révolution avait éclaté en Belgique, en Pologne, dans les duchés italiens et naturellement la coalition s'était trouvée reformée contre la France entre l'Autriche, la Prusse et la Russie. L’effort principal de Louis- Philippe devait tendre à empêcher l’Angleterre d’y adhérer et pour cela il convenait de renoncer à tout espoir d’agrandissement du côté de la Belgique. Au lieu de l’annexion à la France qui se préparait sous Charles X, on ne pouvait même plus prétendre à ie qu’un prince français devînt roi des Belges). À cette condition seulement Palmerston acceptait de suivre une politique favorable à la France. Il s’en fallut de peu qu’il n'exiseât encore l’évacuation d'Alger.

Alger était le don précieux que Charles X avait fait à la France en descendant du trône. Les troupes françaises s’en étaient brillamment emparées le 4 juillet 1830 malgré les représen-

de 9 %. En 1844, l'Etat put emprunter à 3,50. De 1827 à 1847, les salaires de l’industrie parisienne augmentèrent de dix pour cent.

(1) L'Europe s'était résignée à accepter l’idée d’une Belgique indépendante, mais le roi de Hollande ne voulut pas se laisser arracher les territoires qu'en 1815 on avait annexés à ses Etats. Il résista à main armée. C’est alors que Talleyrand sut obtenir du gouvernement anglais un acquiescement à l’idée d'une intervention française. Une armée commandée par le général Gérard vint assiéger Anvers et le prit aux Hollandais (décembre 1832). Anvers fut rendu aux Belges et ainsi les armes françaises contribuèrent directement à l'indépendance de la Belgique.

tations peu amicales du gouvernement britanni-

que. Ce fut en hésitant et pas à pas que la monarchie nouvelle se décida à conserver, puis à agrandir et à organiser la conquête. Là se forma cette ardente armée d'Afrique qui trouva en Abd-el-Käder un noble adversaire et dont les chefs prestigieux s’appelaient Bugeaud, Lamoricière, Changarnier, le duc d’Aumale, Cavaignac, etc... Pendant toute la durée du règne là France,

déçue et parfois mortifiée dans ses rapports

avec les autres puissances, vit avec fierté se dérouler sous ses yeux l'épopée algérienne par laquelle se révélait la vaillance de ses fils. |

Le premier échec diplomatique de Louis-Philippe fut d'ordre matrimonial. Il s'agissait d’établir l'héritier du trône, le duc d'Orléans, prince qui suscitait par son caractère et ses, mérites de grandes espérances et qui devait trouver une mort prématurée quelques années plus tard dans un banal accident de voiture. On eût souhaité d'obtenir pour lui la main d’une archiduchesse d'Autriche, mais le duc d'Orléans visita vainement la cour de Vienne. Il dut se contenter d’épouser la princesse Hélène de Mecklembourg, femme accomplie, mais dont l'alliance, selon le point de vue des cours, n’était que de second ordre.

Un échec plus grave se produisit en 1849. Le khédive d'Egypte, : Méhémet-Ali, jouissait en France d’une popularité dont on à peine à réaliser rétrospectivement l'intensité. Le conflit qui le mettait aux prises avec le sultan, son suzerain nominal, avait trait à la Syrie ; le khédive prétendait s’en assurer la possession héréditaire. Déjà vaincus à Saint-Jean-d’Acre en 1832, les Ottomans revinrent à la charge et passèrent l’'Eu-

phrate en 1839. Bien que dirigés par des officiers prussiens (parmi lesquels le futur maréchal de Moltke), ils essuyèrent à Nézib une défaite complète. L’enthousiasme des Français, dès lors, ne connut plus de bornes et se traduisit bientôt par une note d’allure belliqueuse en date du 26 janvier 1840. Cette note réclamait pour le khédive la totalité de la Syrie dont l’Angleterre penchait à lui reconnaître une partie et que les autres puissances, et surtout la Russie, n'étaient pas disposées à lui voir concéder. L'empereur Nicolas, qui entretenait envers les Bourbons-Orléans une haine véritable et n'avait cessé de manquer à leur égard aux règles de la courtoisie protocolaire, entrevit l’occasion de les humilier et préféra, pour y parvenir, sacrifier quelque chose des prétentions traditionnelles de la diplomatie russe. Une négociation mystérieuse menée à Londres aboutit à la signature de la fameuse convention, du 15 juillet 1840, par laquelle l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie réglaient la question d'Egypte sans la France et à son insu.

L’exaspération en France fut intense. On parla de guerre, maïs le roi entendait maintenir la paix à tout prix. Des négociations ultérieures lui permirent de se contenter d’une très minime satisfaction que l’Europe lui accorda. La nation, elle, ne s’en contenta pas. L’impression ressentie par l’humiliation de 1840 fut persistante. En vain Louis-Philippe espéra-t-il plus tard l’effacer par l’affaire dite des « mariages espagnols » ; il était d’un minime intérêt que son dernier fils, le duc de Montpensier, épousât une infante et le succès diplomatique ainsi remporté apparaissait très relatif.

Depuis 1836 la politique personnelle du ror dominait ; son ingérence tatillonne dans les affaires intérieures et extérieures allait croissant. « Un ministère, disait-1l, n’est qu’un relais de poste. J’ai quelquefois de bons chevaux... quelquefois de médiocres. » Une telle conception des choses n’était pas faite pour faciliter la tâche du gouvernement à la tête duquel avaient passé successivement le duc de Broglie, Thiers, les maréchaux Soult, Gérard, Mortier, le comte Molé et qui finit par se cristalliser entre les mäins de Guizot. C’est que Louis-Philippe et Guizot en étaient arrivés à avoir le même idéal d'ordre bourgeois, d'administration précautionneuse et économe. C’est cette politique que La:

martine apostrophait en ces termes : « À vous entendre, le génie des hommes politiques ne consiste qu'en une seule chose: se poser là, sur une situation que le hasard ou une révolution leur à faite et y rester immobile, inerte, implacable à toute amélioration. Et si c'était là, en effet, tout le génie de l’homme d'Etat chargé de diriger un gouvernement, il n’y aurait pas besoin d'homme d'Etat ; une borne y suffirait ».

La question sur laquelle, aux environs de 1846, se concentraient les aspirations progressistes était celle de la réforme électorale. Il s'agissait d'abaisser le cens, c’est-à-dire d’accorder le droit de vote aux citoyens payant cent francs‘ d'impôts ; le nombre des électeurs eût été de ce fait accru de 200.000 environ. On réclamait, en outre, que les fonctionnaires, fussent exclus de la Chambre ; ils avaient fini par être près de 200 — magistrats, diplomates, aides de camp du roi, membres de l'administration, employés du palais — qui, élus députés, continuaient de tou-

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