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LA RÉVOLUTION DE

cher leurs traitements sans remplir leurs fonctions. A dix-sept reprises ce scandale avait été dénoncé depuis 1830 et il avait toujours été en empirant. Guizot (premier ministre depuis la fin de 1840) ne voulait rien entendre. « En Europe, disait-il, je suis devenu le gendarme de l’ordre ; c’est une situation inespérée pour la France et dont elle peut tirer le plus grand profit ; je serais coupable en sacrifiant un tel avantage au souci d’aplanir quelques difficultés intérieures. » Louis-Philippe pensait de même ; il avait imposé sa royauté à l’Europe, la croyait solide et en jouissait. Très sûr de lui, il alarmait ses propres enfants © par son conservatisme irréductible et aveugle.

La Révolution de 1848

Les partisans de la réforme électorale avaient. organisé pendant les derniers mois de 1847 une série de manifestätions tapageuses qui avaient peu; à peu pris un caractère antimonarchique. Au début de 1848, ce caractère s’accentua encore. Le 22 février, devait avoir lieu à Paris un grand banquet populaire que le gouvernement crut devoir interdire. Ce fut le signal de troubles qui, néanmoins, n’eussent pas présenté de gravité sans un déplorable événement survenu dans la soirée du lendemain. Une décharge inopportune sur la foule agitée mais non révoltée, coucha à, terre de nombreuses et innocentes victimes. Les émeutiers chargèrent les cadavres sur des char-

(1) Le prince de Joinville, dans une lettre à son frère le duc de Nemours, et qui a été publiée depuis, s’exprimait en novembre 1847 à ce suiet avec une franchise complète.

rettes et une sinistre procession révolutionnaire parcourut les boulevards semant sur son passage la panique la plus complète. En vingt-quatre heures, l’affolement se propagea de tous côtés ; les pouvoirs publics firent défaut ; les ordres et les contre-ordres se croisèrent. Le roi abdiqua hâtivement et abandonna la partie. Ainsi en deux jours la république se trouva établie sans que ses partisans aussi audacieux que peu nombreux eussent ‘rencontré de résistance sérieuse.

L’ordre public courut alors des dangers. Un homme se rencontra, qui n'avait pour arme que le prestige de son éloquence, et qui sauva véritablement la patrie, son crédit, son bon renom et sa dignité. Lamartine, en ces jours enfiévrés, se prodigua et ses triomphes oratoires sur les passions soulevées! furent nombreux et grandioses. Mais les principes nouveaux proclamés à la face de la France et de l’Europe n'étaient propres ni à faciliter l'établissement d’un régime normal ni À assurer à ce régime la sympathie des autres nations. Celles-ci, il est vrai, se trouvèrent détournées de toute intervention par le souci de leurs propres affaires. Comme une trainée de poudre, en effet, l’effervescence s'était répandue au dehors. Milan et Venise s’émancipaient ; des barricades se dressaient à Berlin ; le roi de Bavière était forcé d’abdiquer et Metternich de s’enfuir de Vienne ; la Pologne s'insurgeait... Pendant ce temps, la France se trouvait aux prises avec les pires difficultés financières et sociales. En même temps que le suffrage universel et la liberté de la presse, le « droit au travail » avait été-décrété comme un principe fondamental de la république. Pour y satisfaire on ouvrit des ateliers nationaux. Deux

Re Li. :

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