‹ Notre FranceChapitre 13 sur 22 · LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION DE

semaines après leur création, ces ateliers comptaient 14.000"ouvriers ; au début de mai, ils en comptaient 100.000. Dès le 1e avril, la dépense quotidienne provoquée par cette innovation, était de 70.000 francs ; quinze jours plus tard, elle atteignait 120.000 francs.

Cependant, une Assemblée constituante, élue le 23 avril, se réunissait ; la grande majorité de ceux qui la composaient arboraient l'étiquette républicaine ; ils avaient en tous cas l'instinct conservateur. Des utopies courantes, la plus mauvaise à leurs yeux était renfermée dans la fameuse formule de Proud’hon: la propriété, c’est le vol. Les députés avaient reçu de leurs . électeurs le mandat de défendre la propriété et n'auraient garde d'y manquer. Aussi les extrémistes, se sentant évincés, se mirent-ils en insurrection, dès le 15 mai. Domptés, ils reçurent le renfort des ouvriers des ateliers nationaux : braves gens pour la plupart, honnêtes travailleurs qui, trop nombreux maintenant, réduits à la demi-solde et n’ayant rien à faire trois jours sur quatre s'étaient rapidement démoralisés. Le gouvernement s’occupait précisément, en conformité de vues avec l’Assemblée, de mettre fin à l'aventure des ateliers nationaux. Il y procéda de la façon la plus brutale, la plus injuste et la plus maladroite. Tous les ouvriers de 18 à 25 ans qui refusèrent le s'engager comme soldats furent renvoyés ; on expédia les autres en province.

Cela se passaït le 21 juin. Le 23, une insurrection formidable éclatait. Elle dura quatre jours et fit de nombreuses victimes. Il fallut reprendre Paris aux insurgés, quartier par quar-

tier. La lutte fut acharnée et sanguinaire et la repression sévère. Les journées de juin devaient « laisser un long souvenir de häine entre les ouvriers et la bourgeoisie ». Elles tuèrent surtout la République dont, dès ce moment, la nation se détacha complètement.

La présidence de Louis-Napoléon (1848-1852)

Le neveu de Napoléon revendiquait depuis longtemps l'héritage de son oncle®. Deux fois sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de provoquer un mouvement populaire en sa faveur et avait complètement échoué, mais le temps et les circonstances travaillaient pour lui. Le retour solennel des cendres de l’empereur en 1840, le funèbre voyage de Sainte-Hélène aux Invalides et la cérémonie inoubliable qui l'avait clôturé avaient profondément impressionné l’opinion. C'était l’époque où la royauté des Bourbons-Orléans éprouvait de grands mécomptes au dehors ; la mémoire de Napoléon bénéficia du contraste évoqué en cette circonstance de façon patriotique, mais maladroïte par le gouvernement de Louis-Philippe.

Rentré en France dès la proclamation de la République, Louis-Napoléon y trouva tout de

(1) Louis-Napoléon était le fils d'un frère de Napoléon auquel celui-ci avait fait épouser sa belle-fille Hortense de Beauharnaïis, issue du premier mariage de Joséphine, et qu'il avait momentanément placé sur le trône de Hollande, Le jeune prince avait mené une vie agitée; il avait résidé en Suisse, aux Etats-Unis, en Italie surtout où il s'était affilié aux sociétés révolutionnaires.

Page 1