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LES MINISTRES

année. Il est arrivé aussi que le cabinet renversé par une hostilité qui semblait devoir être passagère s’est reformé plus ou moins complètement sous un autre chef. En prenant le pouvoir, Jules Simon conserva tous les collaborateurs de son prédécesseur Dufaure. Si l’on examine la . liste des titulaires des différents portefeuilles depuis 1875, on note que souvent les portefeuilles secondaires, c’est-à-dire autres que ceux de la guerre, de la marine, des affaires étrangères et des finances — et quelquefois ceux-là méme — ont été sacrifiés au besoin de satisfaire à l'ambition de tel ou tel groupe qui prétendaient être représentés dans le gouvernement. Mais il faut ajouter que la présence à la tête d’un département ministériel d’un chef improvisé ne signifie pas que le désordre y doive s’introduire, Certains de ces improvisés, du reste, se révélèrent administrateurs remarquables. En tous cas, les départements en question sont divisés en « Directions * à la tête desquels se trouvent des fonctionnaires parfois routiniers mais presque toujours compétents et stabilisés dans leur emploi. En considérant la fréquence des crises ministérielles du point de vue de la politique générale, certains ont vu là une « soupape de sûreté » qui avait manœuvré au profit de la république en deshabituant peu à peu le peuple français de crises plus graves qui eussent abouti à des changements de régime.

Les élections, les partis et l'opinion

L'Assemblée nationale de 1871, mit fin à ses propres pouvoirs par le vote des lois constitu-

tionnelles qui prévoyaient un Sénat composé (à part 75 membres nommés à vie, disposition supprimée en 1884) de membres élus pour six ans par les délégués des Conseils municipaux et se renouvelant par moitié tous les trois ans et une Chambre élue au suffrage universel direct et se renouvelant intégralement tous des. quatre ans. Conformément à ces lois, les premières élections générales eurent lieu au début de l’année 1876. Jusqu'alors il n’y avait eu que des scrutins partiels destinés à combler les vides qui s'étaient faits de 1871 à 1875 dans les rangs de l’Assemblée nationale. Les résultats de ces scrutins avaient été de façon continue de plus en plus favorables au parti républicain. Par-dessus l’Assemblée qui comprenait une majorité attachée au principe monarchique, le président Thiers avait fait, en quelque sorte, appel au pays l’invitant à consolider la République et cet appel avait été entendu. Dès 1872, des candidatures d’un caractère un peu avancé avaient été posées avec succès dans le Nord, la Somme et l'Yonne. En 1873, les mêmes tendances s’accusèrent à Marseille, dans la Gironde, le Jura, la Nièvre, le Loir-et-Cher et la Haute-Vienne. En 1874, au Conseil municipal de Paris, la dé- mocratie avancée conquit 50 sièges sur 80 ; les noms de Floquet et de Liens figuraient sur ces listes. ;

Il y avait là des indices a de prévoir que, dans les nouvelles chambres, la majorité serait nettement républicaine. Ce furent, en effet, les républicains qui l’emportèrent mais la nuance modérée domina. La Chambre élue en février et mars 1876 devait être renouvelée en 1880 maïs elle fut dissoute, dès l’année suivante

par le maréchal- tee Le parti républicain contre lequel était dirigé l’acte du 16 mai 1877 se borna à représenter les 363 députés qui avaient protesté contre cet acte. La campagne électorale fut des plus violentes et la pression sans précédents. Malgré cela, la majorité républicaine resta de plus de cent voix ; il y eut à peu près 320 républicains contre 210 au lieu de 363 contre 158. Sur dix millions d’électeurs inscrits, on compta sept millions de votants. Liécart entre des deux camps fut d'environ 700.000 voix ®. L’indication donnée par le pays fut confirmée par les élections sénatoriales de janvier 1879 qui assurèrent aux républicains, à. la Chambre haute, une majorité de soixante VOIX.

Depuis 1877 rien n’a troublé la périodicité des consultations électorales qui n’ont été marquées, du reste, par aucun désordre. Les élections de 1881 donnèrent un gain de 53 sièges aux républicains ; Jules Ferry était alors premier ministre. Quatre ans plus tard, le corps électoral dessina un mouvement de recul. Le premier tour de scrutin envoya à la nouvelle Chambre 176 réactionnaires et 127 républicains ; mais, comme alarmés de ce résultat, les électeurs désignèrent au second tour 244 républicains et seulement 25 réactionnaires ; la Chambre de 1885 conserva donc aux républicains une majorité d’environ 170 voix. Ces élections, à la différence des précédentes et des suivantes, s'étaient faites au

(1) Il y eut exactement 4.367.202 suffrages républicains exprimés contre 3.577.882. En 1881, ces chiffres passèrent respectivement à 5.128.442 et 1.789.767. En 1885, l'écart redevint sensiblement le même qu'en 1877: 4.327.162 contre 3,041.384.

scrutin de liste par département et non pas au scrutin d'arrondissement dans lequel chaque circonscription élit son député. D'autre part, Les. initiatives de Jules Ferry en Tunisie et au Fonkin comme aussi ses mesures contre l’enseignement congréganiste avaient causé quelque émoi dans le pays.

Il n’en fut pas de même en 1889. On avait cru d'avance que le parti « nationaliste » formé. autour du général Boulanger pour exploiter sa popularité et qui groupait en somme des réactionnaires de nuances diverses remporteralt une victoire sensationnelle. Les élections des 22 septembre et 6 octobre firent passer au premier tour 230 républicains, 86 royalistes, 52 bonapartistes et 22 boulangistes ; au second tour, 129 républicains et 51 réactionnaires.

Le scandale financier provoqué par l'affaire de la Compagnie du canal de Panama, bien que larsement exploité par les adversaires du régime ré-publicain, ne leur profita pas davantage en 1893.

Les élections eurent lieu sous un cabinet pré-

sidé par un libéral Ch. Dupuy, Elles envoyèrent à la Chambre 433 républicains, opportunistes et radicaux, plus 35 ralliés,. 58 réactionnaires et 49 socialistes. . Les metteurs en scène de là tragicomédie panamiste échouèrent pour la POBAUE La République gagna 60 sièges.

À partir de 1898, on peut considérer que la forme du gouvernement cessa, du moins de façon avouée, d’être mise en-Cause au cours des campagnes électorales. La Chambre élue cette année-là se composa de 358 républicains (opportunistes et radicaux) de 96 ralliés, de 108 socialistes, de 22 monarchistes et de 7 nationalistes. Les suffrages exprimés se chiffrèrent par 5.018.000 contre

3.039.000 ©. Il faut faire une place à part aux élections de 1902 auxquelles présida le cabinet Waldeck-Rousseau. Le premier ministre, par sa façon de mettre le point final à l’affaire Dreyfus et de lui substituer une nouvelle agitation anticléricale destinée à en effacer les traces, avait divisé la France en deux camps bien tranchés. On était pour ou contre le ministère, toutes arrière-pensées ou considérations différentes s’effaçant devant l'intérêt immédiat de la lutte engagée. 329 ministériels et 246 antiministériels furent élus. L'écart entre les camps était faible. Une statistique assez précise évalua les suffrages exprimés à 4.250.000 contre 4.170.000, ce qui eût fait une différence de 80.000 voix seulement à l'avantage des ministériels. D’autres estimèrent cette différence à 200.000 ; en tous les cas, elle fut minime.

Aux approches des élections de 1906, le ministre de l’Intérieur, Clemenceau ne cachait pas à ses amis qu'il s'attendait à une perte de quarante sièges en raison, sans doute, des évênements troublants survenus pendant la législature précédente ; manifestations antimilitaristes, rupture avec le Vatican; séparation de l'Eglise et

(1) Il est à remarquer que la « réaction » conquit Paris, alors que le reste du pays consacrait son échec définitif. Paris qui, au début de 1889, avait procuré au général Boulanger une élection triomphale, d'ailleurs sans lendemain, envoya onze ans plus tard, une forte majorité nationaliste siéger à l'Hôtel-de-Ville. Et, un moment, les relations se trouvèrent fort tendues, presque rompues, entre le Conseil municipal parisien et le gouvernement. Mais Paris n’est plus suivi par le pays comme il l'était autrefois et cette querelle ne s'étendit pas au delà du domaine métropolitain:

de l'Etat, enfin visite de Guillaume IF à Tanger, tension franco-allemande et conférence d'Algésiras. Or, les craintes du ministre se trouvèrent vaines. L’étonnement fut général. Le: pays ne dessina ni retour en arrière, ni appel au collectivisme. J1 maintint, en l’accentuant, sa confiance au parti néo-radical que Waldeck-Rousseau avait créé, peut-être inconsciemment, pendant son passage au pouvoir.

Ni en 1910 ni en 1914 le pays ne se déjugea.

La législature de 1906-10 engloba la « dévolution » des biens ecclésiastiques, le vote de limpôt sur le revenu, la grève postale et l'incident de Casablanca ; celle de 1910-1914, la grève des chemins de fer, l'incident d'Agadir, le traité franco-allemand, et, en face de l'attitude de plus plus aggressive de l’Allemagne, le rétablissement du service de trois ans. Ces événements et ces difficultés graves furent envisagés et solutionnés par les radicaux d’une façon qui répondait sem-. ble-t-il au vœu de 1a majorité car, à la veille de la guerre, cette majorité leur demeurait f1dèle.

Les partis politiques sous la République, ont assez souvent changé de noms et d’étiquette mais, si on analyse leurs programmes et le détail de leur évolution, on constate qu'ils doivent: être ramenés à quatre groupes principaux : réac- tionnaires, progressistes, ralliés et socialistes.

Il convient de grouper sous le nom de réactionnaires : les royalistes, les impérialistes, les nationalistes entre lesquels un désir commun de réaction politique ou religieuse fut le seul lien véritable. La courbe de ce parti est dessinée par le plus ou moins d’intransigeance apportée à ser-. vir sa cause. Cette intransigeance s’est manifes-

tée par des ententes avec l’extrême gauche, notamment sur le terrain colonial, car les réactionnaîires se montrèrent d’ardents anticoloniaux. En décembre 1886, ils poursuivirent avec passion l'évacuation du Tonkin et l’abandon de la politique d'expansion en Indo-Chine. Les crédits demandés par le gouvernement ne furent votés qu'à quatre voix de majorité et grâce à l’absence de vingt-deux députés de droite invalidés ©.

Les républicains se divisèrent dès le début en modérés et en avancés qu’on appelait alors les « rouges ». Les premiers se fussent volontiers cantonnés dans un sage et paisible fonctionnement des institutions nouvelles. Gambetta sentant que l’inaction ne constituait pas une base suffisante, groupa autour de lui les partisans d’un progressisme lent et mesuré, également ennemi des solutions extrêmes et de l’immobilité. Ce fut l « opportunisme » tel qu’il le définit lui-même dans un discours prononcé en janvier 1879 lorsqu'il invita ses amis à distinguer entre « ce qui est mûr, ce qui est urgent, ce qui doit attendre, ce qui doit être écarté, ce qui doit être résolument condamné ». Les radicaux, eux, ne distinguaient pas. Leur progressisme comportait une quantité de réformes fondamentales parmi lesquelles : la révision de la Constitution, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'impôt progressif, la suppression de l’hérédité en ligne collaté-

(1) On a beaucoup critiqué — et à juste titre sans doute — la disposition qui permet à la Chambre de vérifier ses propres pouvoirs et, par conséquent, d’ « invalider » ou de casser certaines élections considérées comme ayant été entachées de fraude. Pendant un moment, la majorité abusa quelque peu des invalidations, mais cet abus n’a pas duré. En la circonstance dont il est ici question, l'abus fut étrangement bienfaisant.

rale, etc... De la transformation de Farmée permanente en garde nationale, il ne pouvait plus être question sérieusement ; la guerre de 1870 avait été une leçon de choses qui pesait sur les esprits les plus utopiques. Ce que les radicaux souhaitaient de détruire dans là Constitution, c'était un peu la présidence et beaucoup le Sénat. Les campagnes contre le Sénat se renouvelèrent pendant plus de vingt ans. Le Sénat était plus spécialement l’œuvre de Gambetta qui l'avait défini « le grand conseil des Communes de France », maïs son mode de recrutement, la durée du mandat, le caractère même de l'institution apparaissaient en contradiction avec les dogmes de la démocratie théorique et il en était résulté parmi les adeptes de ces dogmes une sorte de scandale à voir la République se monarchiser de telle façon. L’extrême gauche trouva précisément parmi les monarchistes toujours.

empressés à affaiblir la République un appui précieux. Déjà en 1876, lorsqu'il s'était agi de désigner les 75 sénateurs inamovibles (supprimés depuis) les candidats modérés s'étaient, à la faveur d’une telle entente, trouvés écartés. En 1884, par un coup de surprise, l'extrême gauche appuyée par la droite fit voter le principe de l'élection des sénateurs par le suffrage universel direct. Jules Ferry, alors premier ministre, intervint avec vigueur et amena la Chambre à se déjuger. En 1888, le premier ministre Floquet prépara un projet de révision constitutionnelle tendant à déconsidérer le Sénat, mais l'assaut le plus redoutable fut livré en 1896 après que le. cabinet Bourgeois eût été contraint de se retirer devant les votes hostiles des sénateurs. Les radicaux firent alors des efforts répétés pour ame-

ner une révision dans le sens de la transformation sinon de la suppression du Sénat. Non seulement la Chambre ne les suivit pas, mais les élections sénatoriales de l’année suivante (1897) prouvèrent que le mouvement était sans racines dans le pays.

Il semble qu’à la suite de cette aventure, le parti radical ait subi une sorte. d’éclipse, du moins en tant que possédant une doctrine et des vues propres. Il se reforma néanmoins sur des bases un peu différentes après l'affaire Dreyfus, comme nous l’avons dit, sous l’action des ministres Waldeck-Rousseau et Combes. La question du Sénat ne reparut plus ; celle de l'impôt progressif ne se posa qu'accessoirement ; tout l’effort porta sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cette réforme une fois réalisée (1905), les radicaux inclinèrent vers les procédés opportunistes maïs en les adaptant à leurs allures et à leurs habitudes de langage demeurées un peu rudes et excessives.

Le signal du « ralliement » fut donné en janvier 1881 par le député de droite Dugué de la Fauconnerie. « Nous n’avons plus, écrivait-il à ses électeurs, qu’un rôle à la fois digne et utile ; c’est de nous placer sur le terrain des faits accomplis. » Il s’y plaça très loyalement mais y resta solitaire. En novembre 1886, un autre député, Raoul-Duval, développa la même idée et tenta de fonder une « droite républicaine ». Il y échoua si bien que l’année suivante la droite renversa le cabinet Goblet et s’abstint de soutenir le cabinet Rouvier desquels elle avait reçu des avances notoires. Il fallait l'intervention pontificale ; elle se produisit en 1899 ; le cardinal Lavigerie, recevant à Alger l’escadre fran-

çaise aux sons de la Marseillaise jouée par les élèves de ses écoles, tint à l’amiral et à ses officiers un langage de bon sens et d'énergie en faveur de l’adhésion des catholiques à la République. On ne put douter que l’éminent prélat : n’eût parlé non seulement en son nom personnel mais en accord avec Léon XIIT. [I y eut, dès lors, des ralliés, mais les monarchistes opposèrent à l'initiative du Saint-Siège une résistance acharnée. Au mois d'août 1891, sous la présidence du député Piou, se créa un groupe qui timidement se proclama « indépendant » sans oser se dire © nettement républicain. Ce sont ces interminables hésitations et ces demi-mesures persistantes qui ont empêché les ralliés d'exercer une réelle influence et qui ont entretenu autour d'eux 14 méfiance. Vers ce même temps, Eug. Spuller, disciple de Gambetta, ancien ministre, était venu à leur rencontre en proclamant pour la République la nécessité de s'inspirer d’un « esprit nouveau ». Spuller ne fut pas suivi non plus. Les. malentendus persistèrent ; l'affaire Dreyfus les aviva. À partir de 1900, les ralliés avaient perdu … l’occasion de jouer un rôle vraiment important e dans l’évolution républicaine. 2) Aux élections municipales de janvier 1881, cinquante-sept candidats collectivistes se pré sentèrent à Paris ; ils groupèrent quelque qua-. torze mille voix ; aucun ne fut élu; leur pro- : gramme comportait notamment la suppression de la police et la création d'ateliers municipaux. En 1883, lors des élections au Conseil général,” nouvel effort et nouvel échec ; un seul socialiste pass:, dans la Nièvre. En 1885, le parti rédigea en vue des élections législatives un manifeste sonore et vague qui n'eut pas d'action. En er 4

les socialistes semblent avoir escompté comme favorable à leurs desseins la chute de la république parlementaire sous les coups du boulangisme. Déçus, ils se décidèrent à tenter une action politique régulière. Ils livrèrent dès 1892 une grande bataille municipale dont le résultat « se chiffra par 160.000 voix, 736 élus et 29 hôtels de ville emportés d'assaut ». Aïnsi s’exprime le manifeste préparé en vue des élections lécislatives de 1893, ou ils apportèrent à la République menacée par les exploiteurs de laffaire de Panama un concours efficace. Les socialistes, cette fois, réunirent 599.588 suffrages et formèrent à la Chambre un groupe important et compact. Quelques années plus tard, un de leurs dirigeants, Jaurès parvenait à la viceprésidence de la Chambre et un autre, Millerand, au ministère. Cette montée rapide assura la prédominance des « socialistes de gouvernement » sur les intransigeants. Depuis lors, les partisans de l’absolutisme ont essayé, parfois, de reprendre la direction du parti mais n’y ont guère réussi. D'autre part, les radicaux y trouvant un avantage électoral ont fait une sorte d'alliance avec certains groupes socialistes ; on s’est entendu pour garder le silence sur les solutions communistes dont, au reste, l'impossibilité présente s'impose généralement et pour se borner à poursuivre une sorte d’égalisation relative des conditions dans la mesure où le ressort économique du pays ne risque point de s’y détendre dangereusement. ’

L'opinion ne s’est pas, depuis quarante ans, laissé beaucoup émouvoir par les violences de l'esprit de parti non plus que par les exagérations de la presse qui, raisonnable au début, à

vite abusé d’un régime de liberté absolue auquel. elle n'avait pas été accoutumée par les gouvernements antérieurs. On doit reconnaître que l’opinion française pendant cette période, à donné des preuves très remarquables de continuité et de sang-froid. Les alertes allemandes de 1875 et de 1883, les incidents provocateurs de 1887. (incident Schnaebelé), de 1905 (Tanger), de 19FE (Agadir) s’accompagnèrent d'attaques furieuses ou perfides de la part des journaux allemands. Le pays garda en ces circonstances ‘graves sa lucidité et sa sérénité. Il en fut de même au moment des incidents de Fachoda (1898) et de Casablanca (1908). A l’intérieur, le 16 mai, la démission de Jules Grévy, le boulangisme, l’af- . faire de Panama, les attentats anarchiques, la tentative de Déroulède aux obsèques de Félix Faure, les mesures prises contre les congrégations, l'application de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, les grèves de certains services publics, les troubles du midi et ceux de Champagne provoqués en 1907 et 1911 par la . crise viticole... tout cela a passé sans provoquer de secousses profondes et sans détourner l’opinion de sa ligne de conduite réfléchie et voulue. Deux fois seulement il lui est arrivé de se départir momentanément de son calme et de se laisser. entraîner plus loin qu'il n’eût fallu : une première fois lors des campagnes menées contre Jules Ferry et qui atteignirent un paroxysme de haine inexplicable, une seconde fois lors de l'affaire . Dreyfus qui réveilla les échos de vieilles hostilités ethniques qu’on eût pu croire apaisées par le temps. |

LES ASSEMBLÉES 185 Les assemblées .

Le président du Sénat et le président de la Chambre des députés occupent le deuxième et le troisième rang dans l'Etat, le président du Conseil ne venant qu’en quatrième ; ainsi s’est établie la tradition protocolaire. Ces postes sont donc d'importance mais l'importance en est éphémère, ceux qui les occupent étant soumis à la réélection annuelle. On peut d'autant mieux s'étonner de la stabilité qui s’est révélée dans ces fonctions depuis 1876. Ch. Floquet, Henri Brisson, Paul Deschanel ont été pendant de longues années réélus à la présidence de la Chambre ; Le Royer, A. Fallières, Antonin Dubost, à celle du Sénat. D’autres titulaires passagers ont été à la Chambre : Casimir-Périer, Burdeau, * Ch. Dupuy, Méline, Doumer ; au Sénat : Léon Say, Jules Ferry, Challemel-Lacour, Emile Loubet ; c’est-à-dire des hommes ayant joué par ailleurs un rôle en vue dans les affaires publiques. Il y à là comme une marque d’ordre et de discipline ; ellé est remarquable car, à divers points de vue, ces qualités ont manqué parfois aux assemblées, principalement à la Chambre des députés. Il faut en accuser l’absence de traditions, la présence de minorités inconstitutionnelles, ennemies de la forme même du gouvernement, et enfin la trop grande extension du droit d’interpellation et du droit d'initiative en matière de législation. Le mal est ancien. Déjà en 1876 un écrivain politique signalait l’abus des propositions et sé plaignait qu'ont eût «imaginé ce moyen commode de tout concilier sans rien engager : la prise en considération ». Les

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années ont passé et l’on à continué de «prendre en considération » toutes sortes de productions de l’ingéniosité parlementaire dans lesquelles Le. souci de la vanité ou de l'intérêt. personnels l'emporte trop souvent sur celui du bien public. La Chambre compte dans son histoire quel ques séances fâcheuses : celles, par exemple, où Jules Ferry en 1885, Th. Delcassé, vingt ans plus tard, en 1905, furent renversés par une majorité ayant perdu tout contrôle de sors même ; celles encore où, pendant là guerre de Tunisie, en 1881, les députés semblèrent oublier la dignité nationale en s’associant aux lazzi d’une presse sans pudeur. Mais à côté de ces défaillances, combien de belles et grandes séances jusqu'à celle du 4 août 1914 qui restera, une des gloires de l’histoire parlementaire. CE faut citer entre autres cette journée de décembre … 1893 où au Palais-Bourbon une bombe anar chiste ayant soudainement éclaté, causant des blessures et emplissant la salle de fumée, Ch Dupuy qui présidait prononça simplement ces.

paroles fameuses : « Messieurs, la séance conti= n nue...» Et tous demeurèrent à leur placemw es L’éloquence qui avec Berryer, Lamartine eu tant d’autres, illustra la tribune française pen- dant la première moitié du XIXe siècle à brillé de nouveau sous la République. Entre Albert.

de Mun et Jaurès si éloignés d'idées, si proches. par le talent une pléïades de grands orateurs & suivi les traces de Gambetta. Leur parole en flammée ou concise leur a valu de nombreux triomphes. Des discussions entières — celles

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