LA DÉFENSE
l'appel de la patrie en danger, il devint clair que les fondements de l'institution militaire n'avaient pas été entamés. Les historiens en analysant un jour cette période seront peut-être amenés à prononcer les mots de crise salutaire. Quoi qu’il en soit, la crise à passé sans détendre le ressort essentiel de l'indépendance nationale. Les tragiques événements qui allaient suivre devaient apporter à la nouvelle armée la consécration suprême et en sceller la magnifique homogénéité.
Un des problèmes les plus angoissants pour une démocratie qui doit s'attendre à l'attaque ennemie sur de vastes frontières est, à coup sûr, le rèolement anticipé des rapports qui existeront pendant la durée des hostilités entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire d’une part et, de l'autre, entre le ministre de la Guerre et le Commandant en chef des armées. Sur le premier point, on n'avait pu se résoudre à légiférer par crainte d’enchaîner le destin. Sur le second, une solution d'apparence illogique s’était imposée peu à peu. Le généralissime désigné serait le vice-président du Conseil supérieur de la guerre, officiellement présidé par le ministre. Ainsi, en temps de paix, ce grand chef éventuel n’exercerait point de commandement mais, en ayant naturellement exercé de forts importants auparavant, il se trouverait à même dans une atmosphère de calme utile à sa tâche, de se livrer à la fois à l’inspection et au travail de façon silencieuse et continue.
Ce doit être un sujet d’étonnement au dehors que le peu d'attention longtemps donné par la plupart des Français aux choses de la marine alors que leurs frontières maritimes égalent leurs frontières terrestres etque de si nombreuses populations co-
Los vivent de la mer. Il fo :
- accuser les événements du XIXe si je qu fait prédominer les préoccupations con En’ tous cas l'effort maritime de la L n'a pas été à la hauteur de ce de eut :
+ la navigation marchande n’a reçu qu des couragements illusoires ou incomplets.
SOCIaux.
Les progrès de: l'éducation de 1789 à
ment des facultés humaines, les instincts tavisme, sie . Mais la fr cette Gel
sance ou 4 pratique du oi h 59 j intellectuelle tendait à l'acquisition P:
des quelques données essentielles
du bagage honnête et assez nourri susceptible de lui ouvrir les carrières de l'Etat. Vers la fin du Second empire, le grand ministre Duruy qu’animait un autre idéal put — peut-être grâce à l'indifférence de l’opinion et des pouvoirs publics en cette matière — préparer les voies à une réforme générale. Son œuvre fut continuée par Jules Ferry ©, Toutefois, ce qui paraît avoir modifié du tout au tout la conception française des forces pédagogiques et de leur rôle national vint de la jeunesse elle-même — du collégien rapide- . ment métamorphosé par la pratique des sports, . de l'étudiant renové par la reconstitution des universités régionales et ayant retrouvé là un foyer de vie collective et un incitant indispensable au progrès individuel. C’est aux environs de 1889 @ que ces réformes fécondes commencèrent d'agir. La génération qui en bénéficiait directement en fit indirectement bénéficier sa devancière. Les Français vécurent non seulement
(4) Les principales lois inspirées par Jules Ferry, sont, celles relatives à l'établissement des écoles normales d'instituteurs (1879), à la création du Conseil supérieur de l’Instruction publique, à la collation des grades universitaires, à l'enseignement secondaire des jeunes filles (1880), à la gratuité (1881) et l'obligation (1832) de l’enseignement primaire. Au point de vue laïque, le privilège par lequel les membres des ordres enseignants se trouvaient dispensés du brevet de capacité avait été supprimé, mais Ferry repoussa la proposition de retirer aux ecclésiastiques le droit d'enseigner.
(2) Paris, en 1889, vit à , la fois les premières grandes manifestation sportives interscolaires et la fraternisation des étudiants français et étrangers à l'inauguration de la Nou- “elle Sorbonne, cérémonie où les universités de tout l’univers étaient représentées. En droit la reconstitution des universités régionales en France, date de 1896, mais l'œuvre était en pleine éxécution dès 1885.
avec une meilleure hygiène, mais au milieu de plus vastes horizons. Les contacts avec l’étranger qui étaient restés jusque-là l’apanage du snobisme cosmopolite prirent soudain des allures plus franches et plus populaires.
En même temps, le mouvement égalitaire se révéla. On ne saurait guère préciser ici de. date ou de faits. Dans les institutions, l’évolution évidemment se poursuivait depuis * longtemps. Maïs les rapports entre les classes n'avaient point changé pour cela. A cet égard, il y à plus. de dissemblance entre l’état mental de 1875 et celui de 1900 qu'entre les débuts de la République et l’avènement de Louis-Philippe. Ces Tapports étaient parfois adoucis, plus souvent aïigris ; ils restaient basés sur le sentiment de li négalité juste et fatale ; les « classes dirigeantes » continuaient de se considérer comme investies, de par leurs richesses d’une sorte de mission providentielle héréditaire. Les ouvriers en s’unissant contribuèrent grandement à affaiblir ce dogme. Le syndicalisme donna à leurs revendications matérielles un appui certain, mais il. les plaça surtout sur un pied d'égalité vis-à-vis de leurs patrons. Ce spectacle nouveau devait influer sur l’opinion. Les idées et les mœurs anglo-saxonnes influèrent de leur côté ; mieux connues, on les comprit mieux. Le rapprochement politique aidant, les manières de voir anglaise et. américaine firent peu à peu des adeptes nombreux dans la France républicaine. La fortune fut envisagée sous un angle moins égoïste. « Vivre de ses rentes » cessa d’être un idéal avoua-.
ble ; des ambitions plus viriles s’annoncèrent et
lon s’attacha à jauger l'individu d’après sa Va 4 ï leur productiviste.
On ne saurait s’exagérer la portée de telles évolutions. Il y en eut d’autres moins considéra.bles. De timides tendances décentralisatrices suffirent pourtant à ranimer la vie provinciale sur bien des points. Tout l'effort littéraire, artistique, scientifique ne se dirigea plus vers Paris avec là même intransigeance et le même exclusivisme. De saines aspirations régionales reprirent racine dans le sol français.
Il faut ici dire un mot d’un sujet délicat. La surproduction littéraire, la liberté du journal et du livre poussée jusqu'à la licence, l’afflux à Paris de « fêtards » cosmopolites aux instincts peu édifiants ont donné occasion aux adversaires et aux rivaux de la France de dénoncer sa corruption grandissante. Ceux qui la connaissent bien savent l’inanité de cette accusation et quelques-uns de ceux-là ont même tenu à dire tout haut ce qu’ils pensaient à cet égard 4)et à montrer la force de résistance de la famille française vis-à-vis des influences délétères. Parmi ces influences, 14 mauvaise littérature compte assurément au premier rang sans que, pourtant, elle exerce sur la mentalité française les ravages que l’on croit. Il y à là une sorte d’accessoire pimenté absorbé machinalement et contre lequel la race- a acquis l’habitude de réagir d’une façon qui surprend moins quand on se reporte au passé ; des phénomènes analogues ont pu déjà être observés! à différentes époques.
Beaucoup plus nocive est l’action de l’alcoolisme et, malgré les généreux efforts, la lutte contre ce fléau est moins avancée en France qu'elle ne l’est ailleurs, les pouvoirs publics n’a-
{1} Voir notamment le livre de Barrett Wendell intitulé ; France of to day, publié à New-York et, en français, à Paris.
sures radipaie qui ae et au ( sera sûrement amené À recourir dans prochain.
tiels. Aujourd’hui le Catane déchal germanisme transporte le Ro à su
. Pi volontiers; cette folie h déni ment qui demeurera une étrange are nl
ul dé aiout la littérature, à ". | l’art appliqué. Quel que soit: le juge nes
postérité portera sur la qualité des meilleures productions de cette époque, les œuvres qu’elle acceptera comme définitives auront émergé d’un . flot d’écrits voués à l’oubli et tel qu'aucune autre époque n’en avait encore subi de pareil. Les auteurs de ces écrits trop abondants se sont trouvés en quelque sorte dans l'obligation, pour essayer d'attirer l'attention, de renchérir toujours les uns sur les autres et de s'inspirer de conceptions — comme de se servir de as de plus en plus outranciers.
Cette tendance à l’aggravation, au grossissement perpétuels se marque nettement dans l’extension rapide des habitudes de dénigrement et c'est pourquoi on est justifié à y chercher la cause principale de ladite extension.
La philosophie populaire ne s’est pas trouvée apte à y opposer un rempart efficace. Malgré que « le sentiment de l’œuvre nationale accomplie à travers les siècles soit très vivant dans les cœurs » le Français continuait à la veille de la guerre de ne point comprendre « qu’on se serve des fondations faites par un autre ». À là différence de l’Anglo-Saxon qui « commence toujours par observer s’il existe à portée une œuvre à continuer ou à laquelle il puisse adosser la sienne », le Français commence par renverser pour avoir place nette, table rase avant d’édifier à son tour. « Il en résulte que chaque génération gaspille énormément pour découvrir ce qui avait déjà été contemplé puis enseveli, pour réapprendre ce qui avait été déjà su — . et puis oublié ».
Sur ce point — et peut-être sur ce point seulement — on n'apercevait pas encore en 1914 de
trace d’une modification prochaine de Pesprit français, mais certains espéraient que la guerre
pourrait exercer à Cet égard une HAURESS déci-
sive sur là nation...
Ce qui est advenu depuis, comment le juger ? A
d'autres d'assumer ce rôle. Mais quels que soient :
leur désir d'impartialité et leur souci de tenir
compte de tous les éléments contemporains d'ap= préciation, ils n’y réussiront pleinement que si,
de façon exacte et continue, ils se réfèrent au passé de la nation. L'Histoire 1 Rien sans elle n'est compréhensible ni explicable. C’est le grand défaut de la génération qui m’entoure de procéder mentalement comme si le principe de la sponta- …
néité dominait le monde. Il ne domine pourtant
ni la réalité des faits ni le labyrinthe des idées.
Rien n'est spontané ni en sciences ni en philoso- … phie ni en politique ni en sociologie. Les étrangers.
— les Français eux-mêmes — comprendraient
mieux la France s'ils possédaient toujours présent. à leurs esprits, le canevas de sa lointaine et lente, évolution. Et de même ne saurons nous juger sainement et justement des peuples étrangers qu’en. apprenant au préalable à travers quelles vicissi- … tudes s’est développée et affirmée leur originalité. …
Vous tous qui raconterez la France de demain,
ne manquez pas d'en aller chercher les assises
profondes au sein du passé.
Lausanne, + Janvier 1930.
pr
e Thiers
po
LE s 4 SUD VAE 12 C4 ae