‹ Notre jeunesseChapitre 101 sur 135 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

HÉLÈNE

Réfléchis, Lucien, réiléchis!... Le hasard, les circonstances qui, après tant d'années, l'ont mis tout d'un coup en présence de cette enfant, t'indiquent bien clairement ton devoir, et à moi aussi!... Oui... oui... pourquoi ne la garderions-nous pas prôs de nous, avec nous''

Oh! Hélène... Qu'est-ce que tu me demandes ?... Tu as un cœur charmant et profond, ma chérie... Tu m'en donnes une preuve de plus. Mais ce que tu me proposes là, et dont je te saurai gré éternellement, est mille et mille fois impossible.

HÉLÈNE

Pouiquoi? pourquoi?... voyons!...

La première raison, la plus forte, la plus décisive est que je t'aime trop pour pouvoir jamais aimer un enfant qui ne viendrait pas de toi... et qui n'est attaché k moi que par

des souvenirs trop lointains pour être puissants et émus!,.. La seconde, c'est que toimême tu ne peux pas aimer cette petite, et que, pas plus que moi, tu ne t'attacheras jamais à elle I

HÉLÈNE

Ne crois pas cela, Lucien. Oh! je ne te dis pas que je Taime déjà comme ma propre enfant, mais elle m'a inspiré un sentiment tendre et soudain... Je Faimerai bien vite... je le sens... Il y a des impressions qui ne trompent pas.

Tu as pu te Timagincr un instant, parce que tu es très bonne et que l'apparition de celte jeune fille t'a subitement troublée. Mais cela ne durerait pas, j'en suis sûr... et nous nous trouverions alors dans une situation inextricable. Réllcchis, toi aussi, Hélène... Si cette enfant était toute jeune, si nous avions la mission de l'élever, de l'instruire, l'espoir enfin de la faire nôtre, je comprendrais ton' insistance, et moi-même, crois-tu que je me i^efuserais à ce qui, alors, serait vraiment un*

du-voir? Tu le sale bien que je ne m'y refuserais pus. Mais la question est Ivbs difTércnte... No m'interrompe pas, tu vas voir que j'ai raison... Nous eommog en face d'une jeune fille de dix-sept qm, qui ne nous connait ni l'un ni l'aulre, et qui, si je ne me suie jamais préoccupé d'elle, en quoi j'ai eu lorl, ne s'est jamais non plus préoccupée de moi... Ce n'est pus la miiinc chose, évidemment; c'est elle qui a le beau rôle, ce n'est pas moi, je le confesse... Mais il est trop lard aujourd'hui pour rien changer à notre situation réciproque... Demain, ce n'est pas une fille de dix-sept ans que nous aurons à" côté de nous, mais une femme agitée par des sentiments que nous n'aurons pas crées, que nous n'aurons pas pu surveiller, et qui nous échappera sans que l'amour paternel et filial ait eu le temps de se développer de son côlé ni du mien.

Qu'en sais-tu? Tn ne la connais pas... Tu n'as jamais regardé ses yeux, entendu sa voix.,. Comment peux-tu dire que tu ee tnca-

pable de l'aimer? Quant à elle, elle esl seule au monde et prête à se donner pour un peu de sympathie et de tendresse... Tends-lui la main, toute son âme t'appartiendra. . . Et quelle lumière, quelle chaleur elle apporterait dans notre existence! Lucien! Lucien! Comment ne vois-tu pas que c'est ta jeunesse qui revient vers toi ? Ne la laisse pas s'enfuir, ce serait pour toujours!...

LUCIEN

Ma chérie... ma chérie... je.,,

HÉLÈNE

Et puis... Et puis il y a moi aussi!... dont la vie est parfois bien lourde et bien maussade, va, je t'assure... Tu ne t'en aperçois pas toi! Tu as ton travail et des soucis de toutes sortes... Et si tu es mon mari, mon ami, ma grande affection, lu ne peux pas être mon compagnon de chaque instant, mon camarade, et le confident qu'il me faudrait pendant les heures vides et inquiètes... Tu n^as pas le temps^ c'est bien naturel... Et ces

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