‹ Notre jeunesseChapitre 12 sur 135 · SCENE V HÉLÈNE, LAURE · texte numérisé non relu

SCENE V HÉLÈNE, LAURE

Ce qu'il y a de terjible, c'est que je ne vous ai pas dit la moitié de la vJrîlé, pour ne pas offusquer Lucien!.., La^érilé vraie, lapt'uible et rude vérité que je vous dis à vous, parce que nous sommes déjà en pleine confiance, c'est que son pore, avec qui nous vivons constamment, qui ne nous quille pas, qui est venu avec nous et qui repaitira avec nous, est un homme insuppoi'IaLIe...

Vous vous eu rondi-ez compte. Vous ne l'avez encore vu qu'une ou deux fois... Autoritaire... aigri... De quoi est-il aigri? Mais d'avoir'été obligé à un moment donné d'ap-

pplcr son fils à son secours... et je suis convaincue qu'il lui en a gardé une vague rancune... Tout cela se traduit par des rires hautains, des paroles amères et ironiques, de celte ironie qui vous porte sur les nerfs au lieu de vous faire sourire... Il trouve autour de lui tout médiocre et puéril; il compare la société actuelle à celle de son temps et il la •juge en pleine décadence et en pleine pourriture... C'est possible, je n'en sais rien,., et d'abord nous n'en avons pas de preuves absolues... et puis surtout, il est agaçant de se l'entendre répéter toute la journée... Sous cclto influence, mon mari est devenu inquiet et peureux... Oui, il a peur de tout... que la France ne s'écroule, que le crédit ne disparaisse; de voir demain toutes les industries ruinées, les patrons chassés de leurs usines... Oui, chère Madame, c'est à ce degré-là... Et comme j'essaye de réagir, comme je m'applique à montrer de la confiance et de la bonne humeur, ils me traitent tous les deux, le père et le fils, de personne légère et superficielle... Ajoutez à cela l'absence d'enfants, le milieu de province, la surveillance, la mé-

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