‹ Notre jeunesseChapitre 85 sur 135 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

LUCIENNE

iXon, Madame, je vous le jure.

Je vous approuve, (Souriant.) quoique, à tout prendre, il me paraisse y avoir un peu J'orfiueil dans votre cas...

PeutCtre... Oui, Mailame, je l'avoue. Mais si une jeune filie diins ma position n'avait pas un tout petit peu d'orgueil ou de fierté, qui sait jusqu'où elle tomberait?

LAURE

Vous avez raison, ma «hère enfant.

Si vous saviez, Madame, comme vous me rendez heureuse et comme je vous remercie!

Tout ce qui m'arrivera d'heureux dans la vie, maintenant, je me figurerai que je vous le (lois.

i78 ^OTRE JEUNESSE

LAUBE

Et qu'est-ce que vous voulez faire, voyons ?

Monsieur Chartier m'a dit hier qu'il avait une place pour moi...

LAURE

En effet... une place de lectrice, de demoiselle de compagnie...

LUCIENNE

Chez une personne que vous connaissez?

LAURË

Oui. Madame Salandra... une étrangère...

ou une Française veuve d'un étranger, je ne sais plus au juste, et qui retourne dans TAmérique du Sud, je crois... Ça vous va, cette place-là? Ça vous va?

LUClÉNiNE

Evidemment, madame, ce n'est pas mon rêve. Nous avions souvent parlé, ma mère et

Aci E iiioisœ.mf: rn

moi, de projets pour lavenir. Elle aurait voulu me voir entrer dans l'enseignement. Mais je n'ai pas pu faire des études as5Cz longues et assez sérieuses. Je sais bien à peu près ce que savent les jeunes filles de mon âge, mais je n'ai pas de diplôme. D'ailleurs, je ne le regrette pas trop. L'institutrice d'Espeuille, avec qui je m'étais liée, m'a fait do son métier un tableau qui n'est pas engageant.

Et quelle était voire idée personnelle?

Aviez-vous une préiÏTence?

LUCIENNE

Mon rôve eut été à ce moment-là de choisir une de ces professions comme il y en a aujourd'hui pour les femmes qui n'ont pas de fortune. Une de mes camarades de pension, par exemple, est employée dans une impriniorio; une iiulre est à la complabililé d'une maison de banque. Je pensais que je pourrais trouver, moi aussi, une situation analogue, où, à la condilîon de travailler, on est indépendante un peu à la façon des liommes. Ce

480 NOTHE JEUNESSE

rôve-là, je le réaliserai peut-être un jour, je Tespère. En altendant, il faut aller au plus prcsâé ; et si, puisque vous la connaissez, vous voulez bien me recommander à cette dame, et si elle veut de moi, je partirai avec elle. On en revient de TAmérique du Sud.

LAURE

Mais oui... mais oui... Yous avez confiance dans la vie, j'aime ça...

LUCIENNE

Et comme rien ne la justifie jusqu'à présent, elle est bien sincère.

LAURE

Vous ne préférez pas attendre que je chorc'lie autre chose?... Ce n'est pas commode à trouver les places pour les jeunes lilles, mais enfin...

LLXIENNE

Non, Madame, non... je tiens à quitter Trouville le plus tôt possible... pour toutes sortes de raisons. Quand part cette dame?

ACTK TROISIKSIE

Je vais le lui demander, car elle m'a annon ce qu'elle me rendrait visite ce matin. Revenez dans une demi-heure k peu près, voulezvous? Je vous pri^senterai à elle... à moins que d'ici là, je n'aie trouvé une combinaison meilleure. Vous vous en rapportez à moi?

Oh! Madame...

LAURB

A tantôt, alors, mon enfant, ayez bon courage.

LUCIENNE

Cela me sera bien facile, Madame, avec la sympathie que vous me témoignez...

(Elle sort, à gauche, accompagnée par Laure, pendant que Cbtirtier entre de l'autre c&lÉ.)

Page 1