ACTE QUATRIEME
elle... Et quand elle m'a avoué avec une franchise et un couçage qui me sont restés au cœur, ce qu'elle appelait ses fautes, elle songeait avant tout à me mettre en garde contre les pièges qui devaient m'attendre un jour. J'ai compris, je l'espère, la leçon qu'elle me donnait. Mais elle ne m'a laissé pour vous aucune haine.
LUCIEN
Alors, pour quelle raison, à sa mort, restée seule et sans aide, n'avez-vous pas pensé à vous adresser directement à moi? Vous n'ignoriez pas oîi j'étais?
LUCIENNE
C'est sur la recommandation expresse de ma mère que je ne l'ai pas fait. En venant à Trouville, j'ignorais môme votre présence, vous pouvez le demander à monsieur Chartier... Si je l'avais sue, je ne serais pas venue. Ma mère m'avait dit que vous aviez tenu envers elle tous vos engagements, fait tout votre devoir... que vous étiez quitte. Elle m'a fait promettre de ne jamais rien vous récla-
mer. Vous voyez que ce n'était pas une mauvaise femme !
(Elle est très émue.) LUCIEN, se levant.
Je suis très ému moi-môme h tous ces souvenirs... soyez-en sûre, Lucienne... Oui...
oui... votre mère était une femme très loyale et très lionnôte... Quand nous nous sommes séparés — et vous ôlcs assez grande pour entendre ces cliosos-Ià — nous avons eu ensemble une explication, une triste et franche explication. Je lui ai dit quels devoirs impérieux, irrésistibles m'appelaient... Mon père presque ruiné, des affaires dans le plus grand désordre, une famille entière compromise et menacée... J'étais fils unique, j'étais jeune... Je ne pouvais pas refuser de venir au secours lie ceux qui coni[)taient sur moi... Votre mère Ta compris, elle s'est résignée, je lui ai laissé le peu dont je pouvais disposer et nous sommes partis l'un et l'autre en pleurant... Et puis, peu à peu — oh ! je ne veux pas me faire meilleur que je ne suis — peu à peu l'oubli est venu, et je me suis marié. Ma