ACTE DEUXIÈME
nent plus guère aujourd'hui à aucune catégorie spéciale, ni ouvrières, ni grisettes, ni cocottes, et qui dépensent parfois avec un amant pris au hasard, plus de vertu, de fidélité et de dévouement qu'il ne leur en faudrait pour devenir des épouses et des mères irréprochables. Elle adorait Lucien. Je ne pense pas qu'il ait été son premier amant, je suis convaincu aujourd'hui qu'il a été le dernier.
LAURE
Et ton opinion sur la jeune fille?
CHARTIER
Sur Lucienne? Elle m'a fait la meilleure impression. Elle a dû être élevée un peu à l'aventure, mais c'est un petit être plein de délicatesse et de dislinclion. Tu serais de mon avis, si tu la connaissais.
LAURE
Mais je la connais.
LAURE
Oui.
CHAUTIER
Comment cela ?
LAURE
Je suis allée la voir ce matin, à cet hôtel.
CHARTIER
Toi?
LAURE
Moi. Quel mal y a-t-il? C'est un hôtel très convenable.
CHARTIER
Il n'y a pas de mal, mais tu aurais pu me prévenir. Ah! tu Tes, curieuse!... Enfin J n'importe...
LAURE
J'ai donc vu cette jeune lille; j'ai causé avec elle. Tu as raison, elle est tout à fait sympathique.
Alors, tu approuves ce que j'aî fait?
LAURE
Ça dépend. Qu'as-lu fait?
CHARTIER
J'ai demandé h Madame de Bernac si elle , ne connaissait pas quelque personne qui eût besoin d'une lectrice, d'une demoiselle de compagnie. Une de ses amies, Madame Salandra va justement quitter la France et voyager. Elle cherche une jeune fille intelligente et agréable. Madame de Bernac va donner une lettre à Lucienne pour se présenter chez elle. Lucienne voyagera, se distraira et gagnera sa vie fort convenablement.
LAURE
C'est de cette combinaison que tu étais ravi tout à rheure quand tu es entré?
CHARTIER
Il n'y en a pas de meilleure.
LAURE
Ail!... Et tu trouves naturel, juste, possible que cette enfant s'en aille chez des étrangers, dans une demi-domesticité, sans argent et sans protection, tandis que son père...
CHARTIER, regardant autour de lui.
Je t'en prie...
LAURE, appuyant.
Tandis que son père qui est riche, qui a une position magnifique, se promène à côté d'elle, sans soupçonner son existence, les mains dans les poches et la conscience tranquille !
CHARTIER
Je conviens que la situation est pénible, mais puisque Lucienne elle-même s'en con-