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CHAPITRE SEPTIEME

Les carrières dont il faut détourner la jeunesse et pourquoi, —Le Droit, le Notariat et le Fonctionarisme.—La politique est-elle une carrière ?

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es, à mon sens, 0 raisons, je veux les f. avec autant de p cision, pour qu’elles impressionnent mieux ce

Il faut détourner la Fonctionnarisme, ai-je dit.

1° Parce que ces carrières sont toutes trois surencombrées et qu’il n’y a plus de place que pour une élite;

2° Parce — ces professions, étant improductives, sont moins utiles à l’avenir de notre race et que ceux qui les ement ne peuvent vivre qu'aux dépens d’autru ÿ

8° Parce que ces carrières, tout en exigeant le plus de frais et de déboursés, sont celles où le succès se fait le plus Page attendre et où la fortune prend le plus de temps à venir.

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Le Droit

Après avoir aspiré à un état dont je me vis bientôt indigne et pas du tout préparé, c’est vers l'étude du droit que je me tournaï ; je ne pouvais concevoir dr plus belle profession que celle de ces grands maîtres qui passent leur vie en commerce intime avec

les plus célèbres juristes du monde, se nourissant de la moëlle des oeuvres les plus abstraites Je ne pouvais non plus concevoir de plus beau rôle que celui « -onsacrer tous ses ts et son éloquence à la défense des opprimés, et comme on le disait alors “de la veuve et de l'uevphelin.” Cette seule pensée faisait naître en moi les plus grandes ambitions et c’est avec le plus grand enthousiasme que j'entrepris de deverir un célèbre avocat.

Mais le temps n'a pas tardé à dissiper mes illusions, En effet dans quel désarroi je trouvai ma pauvre petite pme gr quand je la vis aux prises avec les autorités du droit romain, les questions si complexes de droit civil, les roueries sans nombre de la

rocédure civile ; déjà c'était un désa intement, Mais que ût-ce donc quand je découvris que de l'éloquence je n’en dais pas plus que le plus dénué de ressources oratoires. Ma désillusion était complète : tout de même par amour-propre, toujours avec la perspective brillante de me faire appeler plus tard savant Maître, je persistai dans la carrière jusqu’au dernier examen: c’est alors que tenté par la politique et le journalisme je résolus de lâcher le droit,

Cette petite confession n’a peut-être pas le mérite d’être bien intéressante, mais je connais tant de mes contemporains qui pourraient la faire et elle me semblait si utile que je n’ai pu résister au désir de citer cet exemple. ”

Pour devenir avocat, de nos jours, et pour réussir, je crois qu’il faut d’abord avoir l'espoir de trouver une clientèle toute faite ; ce serait le cas d’un jeune homme dont !e re est déjà avocat et qui a fait fortune. De plus, l'étude du droit exige dn celui qui l’embrasse un esprit consciencieux et méthodique; il faut “qu'il ne craigne pas un travail opiniâtre et parfois minutieux, et qu’il sache apprécier la vie d'intérieur,” comme l'écrit Victor Bettencourt. En plus de cela, il lui faut l'éloquence; il me semble qu’un avocat sans éloquence est un piètre avocat. Et l'éioquence de l’avocat n’est pas celle du tribun, ni du parlementaire ; comme l'écrivait un grand bâtonnier fran is Me Durier à de jeunes confrères, “à l'avocat il faut une méthode assez sûre, une dialectique assez vigoureuse, un sentiment des convenunces assez délicat, une compréhension assez claire des sentiments d'autrui; une faculté de ressentir et d'exprimer toutes les passions qui peuvent agiter l’âme humaine; enfin une possession de soi-même assez parfaite pour pouvoir toujours dire, avec précision, avec élévation s’il est nécessaire, avec une émotion communicative, et . est utile pour convaincre et pour persuader.” Et ajoutait Me Durier : “Cet art difficile, nous l’exerçons dans les conditions qui en augmentent encore la dificulté. Nous ne choisissons ni le moment où nous devons parler, ni les sujets que nous avons à traiter. Il nous faut prendre la parole quand nous y sommes le moins disposés, parler sur des sujets parfois les plus ingrats, exposer les

jour où la fortune viendra le favoriser. Et c’est le petit nombre qui est dans ce cas privilégié; il ne convient done pas d’encourager nos jeunes compatriotes à aller ainsi au-devant de dures déceptions et de cuisants déboires ; ce serait vouloir leur perte au grand détriment de notre avenir national.

.… Sans doute qu’une magistrature ou quelque autre haute fonction vient parfois couronner une belle carrière d'avocat, mais si on savait ce qu’il faut attendre longtemps pour obtenir ce qu’on croit n'être qu’une juste rétribution, bien peu tenteraient de les rechercher.

Avant de s’aventurer dans la profession d'avocat, que nos jeunes compatriotes cherchent donc parmi les multiples branches de l’activité nationale ce les où ils pourront être le plus utiles, tout en étant le mieux assurés du succès, plutôt que de se fourvoyer.

Le Notariat

Les débuts du futur notaire ne sont rien autres que ceux de l'avocat; comme lui il doit avoir un cours complet d’études classiques, une cléricature de trois ans et les mêmes frais d’installa- ‘ion ; seulement on exige du notaire certaines aptitudes particulières d'esprit et certaines habitudes de vie. -

Ces aptitudes et ces habitudes je les trouve exposées par Victor Bettencourt et je les indique aux futurs tabellions :

“Une conscience droite, mais beaucoup de perspicacité ; une discrétion à toute épreuve, mais un accueil qui fait naître la confiance, telles sont les qualités natives d’un bon notuire,

“De plus, il faut avoir une réelle puissance de travail, aimer la vie sédentaire, être régulier e! toujours à la disposition de ceux qui viennent vous consulter, savoir se contenter de distractions simples et prises sur place au miiieu de la clientèle.

“Un esprit sans fixité, un nomme qui ne sait pas rester chez lui et qui hait la monotonie des jours qui se succèdent en se ressemblant, ne serait pas apte au notariat.

“Un capital suffisant pour payer son étude, capital monnayé et non en espérance; un profond savoir ou plutôt une grande aptitude d’apprendre, voilà les autres conditions du succès.

“Sans fortune et sans principe, homme d'argent avant d’être honnête homme, le notaire aurait tendance à transformer son office en officine ; sans de fortes études classiques, il serait dans un réel état d’infériorité dans ses rapports avec sa clientèle: avocats habitués aux nuances de la pensée, propriétaires parfois lettrés. Au contraire possédant parfaitement sa langue, il parlera avec autorité, et par là même fera mieux prévaloir sun avis dans les conversations d’affaires et les discussions de cabinet ; enfin dans la rédaction de ses actes, son style à la fois logique et clair

een l'interprétation des conventions et évitera les germes de procès.”

Mais il y a plus : la profession de notaire a ses dangers et ses risques et c’est peut-être pour ne pas les avoir assez prévus qu'il est arrivé souvent en ces dernières années surtout, que des notaires se sont ruinés de fortune et de réputation. C’est donc de mon devoir d’indiquer ici ces dangers et ces risques pour metttre en

e ceux pour qui cette profession pourrait avoir quelque attirance.

Toujours le notaire est l’homme de confiance ; c’est à lui qu’on confie souvent le soin de placer des économies. La plupart du temps, soit pour obliger son client, soit pour ne .pas s’attirer

la demande du client. Or il advient, comme ce fut le cas dans notre pays, entre 1912 et 1917, qu’un bouleversement économique se produit, et que les capitaux ainsi placés se perdent. Que devra faire le notaire ? S'il est honnête, il devra sacrifier une partie de sa fortune personnelle en restitution et il est du coup ruiné ou à peu près ; s’il est malhonnête, il emploiera lés nouveaux capitaux qui lui seront confiés pour refaire ses pertes et ce sera x désastre de ses clients.

Un autre danger qui menace le notaire, c’est la spéculation et le jeu de Bourse ; qu'on en prenne Je ém'ignage de l’expérience : le notaire qui ne sait pas résister à la tentation dans ce cas est voué à la plus grande ignominie ; il prépare la ruine de ses clients et la sienne,

Bettencourt fait aussi remarquer “qu’en dehors des risques qui naissent pour le notaire de l’exécution de sa profe--ion, il en est d’autres auxquels il ne peut pas échapper ; ce sont ies risques purement professionnels ; ceux qui naissent d’üne rédaction défectueuse ou d’une omission.”

De grâce qu’on ne me demande pas de précision ; j’ai vu tant de tristes exemples depuis sept ans Que je ne saurais trop mettre mes jeunes compatriotes en garde. Mais je dois dire à l'honneur de la profession que le nombre des délinquants est bien restreint et à l'honneur de la Chambre des Notaires, qu’elle a fait énergiquemment son devoir, n’hésitant pas à châtier ceux qui ont attenté à la respectabilité professionnelle ; C'était le plus sûr moyen de garder à cette honorable carrière la considération qu’elle mérite.

Comme la profession d'avocat, celle du notaire est encombrée et le notaire de nos jours n’a plus, comme son confrère d'autrefois, autant d'avantages à retirer de l'extension de sa profession ; autrefois il était presque toujours le dépositaire de ses clients, aujourd’hui, c’est la banque, qui en multipliant ses succursales, draine à son bureau-chef l'épargne rurale. Antrefois le notaire était souvent l’exécuteur testamentaire et Padriinistrateur de successions ; aujourd’hui, ces fonctions sont confiées à des compagnies.

Autrefois le notaire s’assurait un certain revenu avec les assu:'ances de toutes sortes ; aujourd’hui il a partout de nombreux riva:x et concurrents. :

C’est dire que ses chances de faire fortune sont diminuées d'autant et qu’il faut qu’il s'applique de plus en plus à l’exercice de sa profession, qui devient de moins en moins payante, à cause de l'encombrement.

Ce n’est pas à dire qu’il ne devrait plus y avoir de notaires ; mais que ceux qui aspirent à le devenir se pénètrent bien de l’importance de leurs fonctions. Un bon et diligent notaire est le plus redoutable adversaire de la gent procédurière.

Le Fonctionnarisme

Ceux qui douteraient de ma véracité quand j'affirme que la profession de fonctionnaire est de toutes la plus encombrée n’auraient qu’à faire un tour dans les diverses administrations publi. ques, fédérales, provinciales et municipales ; ou bien ils pourraient encore mieux s’en rendre compte s'ils avaient l'avantage d’occuper pendant quelques semaines seulement le poste de secrétaire . de ministre ; c’est là qu’ils verraient défiler linterminable théorie des quémandeurs de places. Pour cela, seul, je ne voudrais jamais être ministre. Oh ! c’est incontestable le fonctionnarisme est par trop en honneur chez nous et si on savait ce que c’est d’être fonctionnaire ? J'en puis bien parler, puisque je le fus. Aussi fut-ce avec le plus grand empressement que je sautai de cette galère le jour où je pus atterrir en lieu sûr.

Mon séjour d’un an et plus dans un des importants départements de notre administration m’a fourni l'avantage de bien. observer comment les choses se passent chez les fonctionnaires. Il y en a de deux sortes : il y a l'élite, les consciencieux, les travail- 'ears sur lesquels repose toute la charge et autour d’eux il y a les fainéants, les propres à rien, “q:! viennent au bureau pour apporter à la marche générale des affaires publiques le concours modéré de leur nonchalance,” comme le disait avec malice M. Hanotaux, Autant j'avais d’estin.e et de considération pour les pre- Éret à autant j'avais de mépris et de dégoût pour ces soutenus de

tat.

N’allons pas toutefois être injuste envers les fonctionnaires ; la machine administrative est un rouage si compliqué qu’elle ne peut marcher toute seule ; mais ceux qui la font marcher sont ceux-là même qui se dévouent le plus : les autres ne sont que l’insolente mouche de coche. Il y en a parmi les fonctionnaires qui sont devenus indispensables ; il sont dans leur sphère des hommes d’autant de valeur et d’autant de mérite que ceux qui en ont le plus ailleurs ; je pourrais en citer un grand nombre en exemple à mes lecteurs ; mais évitons les personnalités et que ceux qui en sont dignes veuillent agréer l’expression de tout mon respect.

Pour qu'on ne m’accuse pazisme, qu'on veuille donc ancien ministre

, pour tou qui co:

AT est, en tous cas, et au fonction-

Que ce sage conseil serve donc de ligne de conduite à tous ar compatriotes que l'ambition d’un rond-de-cuir travail. erai p.

La politique est-elle une carrière ?

quérir,” ; mais la politique qui veulent en faire une s0 qui en font un métier et

red que de es et sans pré-

de sociologie. Malheureusement cette science, ou plutôt ces sciences ne s’enseignent pas encore et, puisque l’occasion se présente, je suggèrerais, après M. Montpetit, qu’une chaire des sciences politiques soit fondée à l'Université Laval ; M. Montpetit n’en sersit-il pas même le titulaire tout désigné ?

Comme on le voit, ce n’est pas tout le monde qui pe devenir député et il fant à celui qui aspire à l’honneur et à la charge — honor et onus—de représenter ses concitovens une grande dose d’esprit public, beaucoup de capacités et d’aptitudes ; encore plus de désintéressement et d’abnégation, n’ayant d'autre objet en vue que d’être utile à ses compatriotes.

Ce qu’il faut avant tout à l’homme politique, c’est de la grandeur d'âme, parce que la politique, au dire d’un homme de l’auto-

i Sir Lomer Gouin, “est une carrière remplie de sacrifices et de déboires.” Parlant aux membres du Club de Réforme de Québec, qui s’entraînent et qui se préparent pour la vie publique, le premier ministre disait, le 16 décembre 1918; “Je sais que vous y rencontrerez des injustices et ce n’est pas la peine d'aller les rencontrer, elles viendront toujours. Je sais que vous aurez des désillusions.”

Et Démosthènes, qui fut un grand politique, n’hésitait pas à dire qu’il préférait les enfers à la politique,

Mais il ne faut pas décourager les bonnes intentions et avec Sir Lomer Gouin je dirai à ceux que la politique tente: “Si vous avez le goût et les compétences, entrez dans la politique, entrez-y avec toute l’ardeur, l’amour et l'enthousiasme que vous pouvez avoir pour votre pays”

Pour cela choisissez un parti, mais sans esprit de parti ; il y a là plus qu’une nuance. Lacordaire disait “qu’il n’y a rien de plus difficile à juger qu’un homme qui n’appartient à aucun parti, dans un temps de partis.” Lisez bien l’histoire de votre pays et considérez lequel des partis qui existent depuis près de trois-quarts de siècle a conquis le plus de libertés à notre pays, lequel a su par sa vigueur et son héroïsme faire maintenir nos droits et triompher la justice ; que ce parti soit le vôtre ; suivez-le, défendez-le, tant que ceux qui le dirigeront ne dérogeront pas aux lois de l’honneur.

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