AVERTISSEMENT
Figure-toi qu'en même temps On vit partir mille fusées ui, par des routes embrasées e firent dans les airs Un chemin tout rempli d'éclairs, Chassant la nuit, brisant ses voiles.
Ces vers de La Fontaine, décrivant un feu d'artifice, me reviennent à la mémoire ce soir en contemplant de la véranda de mon logis les fusées de &.utes sortes qu'on faisait partir de tous cotés pour célébrer la fête de l'Empire; et mon imagination crut y voir une image de notre jeunesse s'élançant dans l'avenir.
Coinme ces fusées qu’on allume, les intelligences, sillon enflammé, montent. <lles aussi, vers les hauteurs souvent enténébrées; on dirait qu'ell:s vont atteindre les étoiles, mais tout-à-coup on les voit retomber, jeter un dernier éclat plus vif, puis s’éteindre.
C'est le sort plus commun qu'on pense reservé à bien de nos intelligences d'élite. Ce spectacle, il m'a été donné de le voir plus d’une fois au cours de ma vie. De mes compagnons, de mes condisciples, de mes amic chers se sont lancés ainsi dans l’avenir inconnu, pleins d’ardeur et plains d’enthousiasme; éminemment doués ils aspiraient à atteindre les sommets; ils tra: Saient dans la vie naticuale un sillon lumineux et à peine avaient-ils brillé qu’on les voyait disparaître.
Qu'est-ce à dire, si ce n'est qu'ils s'étaient aventurés dans des voies qui n'étaient pas les leurs; inconsidéremment, n’ayant compté que sur l'éclat de leur talent ils avaient compté conquérir la première place; mais la vie avec ses désillusions est venue les détromper, mais souvent trop tard.
C'est à eux que je pensais quand l’idée m'est venue d'entreprendre ce travail. J'ai cru qu'il pourrait être utile à mes jeunes compatriotes. Après l'avoir publié en une série d'articles dans le “CANADA” je l'avais remis en portefeuille, quand je fus sollicité de le publier en brochure.
La brochure la voici bien modeste, mais bien sincère. À l’aube d'une Ere nouvelle j'ai cru que c'était rendre service à ma race que de satisfaire ce désir qui m'était exprimé si spontanément, même par des éducateurs ot c’est sans autre amb'’jon que je présente à mes jeunes compatriotes, et à leurs pères et mères, ce fruit de mes observations.
Je ne demande qu’une chose, c’est qu’on accueille mon travail avec la même sympathie et la même bonne intention que j'ai mises à le Préparer.
Au surplus je pourrais écrire avec Henri Chantevoine:
Je t'ai dit, à jeunesse, où tu dois prétendre Et ce que tes ainés se promettent de toi.
Si je te l'ai dit trop mal pour qu’on daigre m'entendre Qu'un des tiens, à son tour, le dise mieux que moi;
Qu'il le dise, et j'irai lui tendre la couronne
Et je crierai, joyeux, en regardant vers vous; Les jeunes sont forts, la race sera bonne
Les hommes de demain seront meileurs que nous.
- ARTHUR LEMONT.
Montréal, ce 24 mai, 1919,