‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 17 sur 24 · Le Droit, déc · texte numérisé non relu

Le Droit, déc

leur attente. Nous n’aurons pas surtout l’intolérable présomption de nous ériger en juge de la parole papale. Benoît XV désire que l’on travaille ‘à apaiser les esprits. ”” C’est dans ce dessein que nous voulons attirer l’attention du lecteur sur les motifs d’où est née la lettre du 8 septembre, sur les principes qu’elle pose, sur les moyens de pacification qu’elle prescrit, et sur le respect qui est dû à cette direction souveraine.

Les motifs de son action, Benoît XV les expose avec une netteté et une sincérité parfaites : ce sont les divisions de plus en plus graves de ses fils, et les causes de plus en plus irritantes de ces dissentiments. Les Franco-canadiens ont leurs griefs, et les adversaires dont ils se plaignent prétendent aussi avoir les leurs. En docteur bienveillant et en arbitre impartial, le Pape laisse les uns et les autres s'exprimer devant lui avec toute la liberté d’enfants désunis, et qui ne peuvent s’entendre, et qui font appel à l’esprit de justice de leur père.

Deux questions sont au fond du débat, la question paroissiale et la question scolaire, et toutes deux font l’objet des récriminations les plus vives. S'il y a, ça et là, dans l’exposé des griefs, quelque chose qui détonne et qui ne semble pas répondre à l'exactitude des faits, on ne saurait raisonnable-

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ment en tenir le Pape responsable, pas plus qu’il n’est permis d’imputer aux juges civils les opiuions divergentes des avocats et les dires contradictoires des témoins.

Mis en face du conflit, le Pape ne peut taire ses sentiments et son chagrin. Il voit les forces catholiques s’affaiblir en se divisant ; et il craint que ces discordes, en rompant le faisceau sacré des esprits et des volontés, ne fournissent aux non-catholiques de nouveaux prétextes de s’obstiner dans leurs errements. Ce spectacle le contriste et l’inquiète. Institué par Dieu le gardien de la paix en même temps que le sauveur du droit, et placé par ses fonctions mêmes au-dessus des ambitions de races et des compétitions de langues, il embrasse d’un même regard d’impersonnelle charité tous les catholiques dont il est le chef auguste, et il leur trace en termes précis, pour le plus grand bien de la religion, la voie de l’équité et de la concorde.

Ces prescriptions du Pape reposent sur certains principes d’une haute signification, et qu’il nous parait opportun de mettre ici dans tout leur jour.

Le premier de ces principes consacrés par l’autorité du Vicaire de Jésus-Christ, c’est que, dans les centres mixtes, les prêtres des paroisses ont le devoir d’exercer le saint ministère en français ou en anglais selon le besoin des fidèles, en d’autres

termes, que les fidèles ont le droit d’être desservis et de recevoir l’enseignement religieux dans leur langue maternelle. Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur toutes les conséquences qui découlent de ces prémisses si conformes au simple bon sens, à toute la tradition catholique, et aux injonctions les plus péremptoires de la Cour romaine. Contentonsnous de faire observer que pour former un clergé vraiment bilingue, rien n’est plus efficace que l’enseignement bilingue commencé à l’école primaire, par lequel se fait de bonne heure, et avec beaucoup plus de succès que dans les écoles supérieures, l’éducation de la langue et de l'oreille.

Un second principe établi par le Saint-Père et qui regarde plus directement la question scolaire, c’est que, dans une province en grande majorité anglaise comme celle de l'Ontario, les groupes franco-canadiens ont le droit de défendre leur langue et de la faire enseigner au sein de leurs écoles, dans une mesure équitable et qui leur permette de conserver! l’idiome qui leur est cher. N'est-ce pas là la base des revendications françaises qui ont retenti depuis trois ans dans les colonnes de nos journaux ou sur les lèvres courageuses des défenseurs de la minorité ? et ne doit-on pas un large

1. Le droit d’enseignement et celui de défense, reconnus en termes explicites par Benoît XV, impliquent nécessairement le droit de conservation dont ils ne sont qu’une conséquence directe et immédiate.

tribut de vénération et de reconnaissance au Chef de l’Eglise qui veut bien sanctionner de son supréme pouvoir ce que nos frères ontariens ont si persévéramment réclamé ?

Benoît XV reconnaît sans doute, — et c’est là un troisième principe qu’il faut ne point perdre de vue, — que le gouvernement de l'Ontario peut très légitimement exiger que l’anglais soit enseigné aux enfants dans les écoles. Mais comprenons bien ce qui est ici affirmé. Le Pape n’attribue pas à l'Etat le droit de prescrire un enseignement de l'anglais qui soit exclusif de toute autre langue. Il ne lui attribue pas davantage le droit d’entrer dans l’école et d’y imposer, à l'encontre du sentiment des pères de famille, toutes ses impérieuses volontés. Seulement, partant de ce fait que l’anglais est la langue du très grand nombre des habitants de l'Ontario, qu’il est la langue des lois, la langue des tribunaux, la langue nécessaire des communications sociales les plus solidement établies, il conclut, et avec raison, que le gouvernement peut exiger l’enseignement de cette langue, par des moyens licites et qui lui sont propres.

Quant au degré de perfection qu’il faut donner à l’enseignement de l'anglais, le Pape s’abstient de le définir de son propre chef. Il le fait dépendre en premier ressort ( et ceci est très important) non des décrets du gouvernement, mais du vœu ‘“ des catholiques de l'Ontario ” , c’est-à-dire des con-

tribuables ou des pères de famille de qui relève, d’après la loi naturelle, la bonne éducation des enfants. Or, parmi les catholiques ontariens, les uns sont de langue anglaise, les autres de langue française ; et si les premiers ont le pouvoir incontestable et incontesté de désigner le genre particulier d'instruction qui convient à leurs propres enfants, ont-ils, d’après la pensée du Pape ct d’après les principes de la philosophie chrétienne, ce même pouvoir, lorsqu'il s’agit des enfants des autres ? On nous permettra d’en douter.

Quoi qu’il en soit, le Pape déclare que les Canadiens français ont droit dans les écoles à un enseignement, non pas simplement convenable, mais équitable!, de leur langue, et il condamne par là même et sans conteste tout règlement contraire, et les mesures qu’il prend pour améliorer la situation scolaire actuelle “ d’après les lois de la justice et de la charité,’ montrent assez clairement où porte cette condamnation et jusqu'où elle s'étend.

Sur toutes les questions qui divisent les catholiques ontariens, Benoît XV demande d’abord que l’on tâche de s'entendre à l'amiable. Et si cette entente ne peut s'effectuer, il désigne le tribunal

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