‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 18 sur 24 · Æquam institutionem, dit le texte Jatin · texte numérisé non relu

Æquam institutionem, dit le texte Jatin

auquel il appartient de dirimer avec autorité et dans des vues tout apostoliques ces controverses de langues, controverses paroissiales, controverses scolaires. Ce tribunal, c’est celui des Evêques et, à leur défaut, du Saint-Siège lui-même ; et rien certes n’est plus naturel, ni plus en harmonie avec les données de la théologie et les lois de la hiérarchie.

Les Evêques, préposés au gouvernement du peuple chrétien, sont, de par leur charge, les gardiens et les interprètes de la loi divine et du droit naturel, partant, du droit qu’ont les parents de diriger eux-mêmes l'instruction de leurs enfants. Ils ne peuvent assurément ni supprimer ni amoindrir ce droit. Mais s’il était prouvé (pure supposition et qu’il nous est permis de ne pas croire fondée ) que le plein exercice du droit paternel pourrait causer un dommage réel et sérieux à l’école catholique ou à certains intérêts catholiques, en ce cas, et dans la mesure où cette supposition serait vraie, les Evêques auraient le droit, dans l’organisation de l’enseignement, de contrarier les volontés des parents ; car les intérêts de la religion l’emportent sur tous autres intérêts.

Le Pape lui-même ne dit pas que les réclamations françaises sont de nature à compromettre réellement le sort de l’école séparée ou à mettre en péril tout autre bien moral. Mais des voix opposées le lui ont dit ; et les doutes qu’il en a pu

concevoir, ainsi que le souci de rallier tous les membres de l'Eglise dans un même effort religieux, le justifient de soumettre cette affaire au grave et consciencieux jugement d’un tribunal cclésiastique.

En attendant, le Saint-Père veut que l’on s’abstienne, soit dans les journaux, soit dans les asssemblées, de ce qui pourrait “ alimenter la discorde entre les fidèles.” Cette prescription n’est pas nouvelle. Elle entre dans les méthodes ordinaires du Siège apostolique. Lorsqu'une question sérieuse, et qui partage les catholiques en deux camps, a soulevé d’acrimonieux débats, et que l’Eglise juge nécessaire d'intervenir par un acte juridique, c’est sa coutume d’imposer d’abord aux parties en litige un silence respectueux ou une attitude plus modérée, afin sans doute de mieux préparer les esprits à la décision qui sera rendue.

De part et d’autre, et depuis assez longtemps, la question des langues dans l'Ontario a fait l’objet de discussions qui l’ont présentée sous tous ses aspects. Les champions de la minorité, en particulier, n’ont rien omis ni rien épargné pour faire valoir la justice de leur cause et pour justifier la résistance des commissions scolaires franco-canadiennes à une loi vexante et injuste. Cette partie de leur tâche est remplie. Il leur sera, croyonsnous, singulièrement facile de suivre maintenant les sages directions du Saint-Père.

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Ces directions, au reste, si nous les entendons bien, ne vont pas jusqu’à interdire toute réponse calme et motivée à des propos blessants, à des as-

sertions provocantes, et à des accusation qui déna-

turent le sens des griefs et l’étendue des réclamations de la minorité. Le Pape reconnaît aux Canadiens français le droit de défendre leur langue. Cela suppose un terrain permis où les nôtres puissent se placer pour exercer ce droit de défense. Le champ d’action constitutionnel reste, par sa nature même, et restera toujours ouvert à la science et à l'étude des légistes.

Ce qui peut éclairer les esprits, sans aigrir les cœurs, ne fera que favoriser le règlement équitable demandé par Sa Sainteté Benoît XV. La haute dignité de ceux à qui ce règlement est confié, l’activité désintéressée que le Pape attend de leur zèle, l'importance considérable des intérêts en jeu, le désir ardent et la ferme détermination du Saint-Siège de ramener la paix dans la justice, tout nous fait espérer une solution des difficultés qui restaure les droits violés et qui rétablisse entre l’école catholique anglaise et l’école catholique bilingue des liens d’une solidarité durable et d’une fraternelle sympathie. C'est en se rejoignant et en se fortifiant mutuellement que ces deux colonnes de l'édifice scolaire catholique de la grande province voisine contribueront à maintenir et à consolider la foi parmi la jeunesse ontarienne.

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Nous supplions, en terminant, nos compatriotes d’avoir pleine confiance dans la parole du Pape, et dans les bénédictions que la Providence divine: y attache. Cette parole, soit qu’elle domine le bruit des luttes scolaires, soit qu’elle résonne audessus des tranchées sanglantes et des champs de carnage, mérite tout notre respect et toute notre filiale soumission. Ce qui tombe des lèvres papales est sacré ; ce qui est signé du nom de la première autorité de ce monde doit être lu des yeux de la foi. La société se meurt d’un mal de révolte contre celui qui seul peut la sauver.

L’injustice ne saurait venir du défenseur de toute justice. Les hommes passent ; mais les principes, dégagés de la poussière des faits et du nuage des préjugés et des passions, demeurent. Ils demeurent avec toute leur force logique et dans tout leur éclat rayonnant et victorieux. Le Pape nous propose, en quelques maximes fondamentales, une doctrine d'équité. C’est sur cette base solide que nous devons appuyer notre foi patriotique et nos plus légitimes espoirs.

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