Lettre du 3 juin
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romaine, et renouvelant les instructions tant de fois tracées par le Saint-Siège!, rappelle le devoir qu'ont les prêtres des paroisses d'adapter leur ministère aux besoins de ceux qu’ils desservent. Pour cela, il importe que ces prêtres acquièrent une connaissance aussi parfaite que possible de la langue des fidèles, langue française dans les paroisses françaises, langue anglaise dans les paroisses anglaises, langues française et anglaise dans les paroisses mixtes. De là la nécessité d’un enseignement bilingue. Et il faut que cet enseignement se donne dès l’école primaire, alors que les esprits et les organes sont si malléables, et qu’il se poursuive ensuite à travers toutes les phases de l’œuvre éducatrice. Nous pardonnons à un étranger de mal parler notre langue ; nous ne le pardonnons pas aux nôtres. Si l’on veut que le ministère d’un prêtre canadien-français, dans une paroisse franco-canadienne, soit vraiment fructueux, aucune condition ne remplacera celle de la langue française apprise avec soin, dès le bas âge, selon les locutions et l’accentuation propres à cette langue, et parlée de façon à mettre l’âme et les sympathies du pasteur en harmonie avec l’âme et les sentiments des fidèles. Telle est bien, croyons-nous, la pensée authentique
1. Voir à ce sujet les savantes études publiées par le Rév. P. Aus. Lepuc dans la Revue dominicaine de 1917.
de Benoît XV. Or, cette doctrine contredit formellement le règlement dix-sept et toute autre législation faite pour restreindre et paralyser l’enseignement du français dans les écoles fréquentées par des enfants d’origine française.
Il y a plus. Benoît XV déclare dans sa lettre “qu’on ne peut assurément faire un reproche aux Franco-ontariens de défendre la langue française qui leur tient tant au cœur ”. On ne défend que ce qui est attaqué. Nous sommes donc, de l’aveu du Saint-Père, en présence d’une lutte ouverte entre deux camps ennemis, celui qui a dressé ses batteries contre le parler français, et celui qui exerce contre cet assaut son droit de légitime défense. C’est dire que le règlement dixsept dont se plaignent nos compatriotes français de l'Ontario, constitue, dans l’idée du Pape, une attaque contre la langue française, et une attaque injuste qu’on est en droit de repousser.
Benoît XV dit encore ‘‘ qu’on ne saurait refuser aux Franco-canadiens de l’Ontario le droit d’exiger, par des moyens convenables, que dans les écoles où leurs enfants sont en un certain nombre, la -ngue française soit enseignée ” ; il ajoute, quelques lignes après, que nos frères ontariens ont droit à un enseignement équitable de leur langue. Le règlement dix-sept est-il équitable ? non. L'analyse que nous en avons faite démontre, bien au contraire, que c’est un régime oppressif,
une mesure marquée au coin de la plus flagrante injustice envers toute une catégorie de citoyens. Les droits les plus sacrés sont violés par cette législation restrictive et vexatoire. Nos amis canadiens-français de l'Ontario admettent volontiers que leur propre intérêt leur fait un devoir d'apprendre assez l'anglais pour figurer avec honneur dans tous les rangs de la société. Mais ce qu’ils n’admettent pas et ce qu’ils jugent contraire à la loi naturelle, c’est que des parents anglais, écossais ou irlandais, c'est que des ministres et des fonctionnaires de langue anglaise leur dicteni et leur imposent, à eux pères de familles de langue française, la mesure exacte de français qu’ils pourront faire enseigner à leurs enfants. Il n’est dit dans aucun manuel de philosophie, ni dans aucune encyclique, que la province de l’Ontario doive être soustraite au grand principe, si universellement reçu parmi les gens de doctrine, que l’éducation, en matière de choses profanes et de langue, relève essentiellement des parents. Ce principe, Dieu merci, est reconnu et appliqué de plus d’une manière dans notre province de Québec en très grande majorité française, mais où la minorité de langue anglaise, soit protestante, soit catholique, reçoit, dans ses écoles, le traitement le plus généreux. Le droit naturel, à nos yeux, compte encore pour quelque chose,
et nous estimuns que la loi inscrite par Dieu au
cœur de l’homme vaut bien celle que l’homme fabrique lui-même. Au reste, notre loi civile fait aux commissions scolaires, élues par les parents, la part très large, et leur laisse la faculté d’administrer elles-mêmes, sous la haute direction du Conseil de l’Instruction publique, les écoles placées sous leur contrôle. En vertu de ce régime de liberté, dans les centres mixtes ou dans les localités anglo-catholiques et anglo-protestantes, les commissaires peuvent établir, d’après la loi, des écoles strictement bilingues, ou même des écoles principalement anglaises, pourvu qu’on y enseigne convenablement le français. Benoît XV reconnaît aux Franco-ontariens le droit de réclamer un enseignement équitable de leur langue maternele. L’équité ne demande-t-elle pas que la minorité française de l'Ontario soit traitée, en matère scolaire, aussi libéralement que. la minorité anglaise de notre province ?
L'intérêt religieux vient ici à l’appui de la loi naturelle.
Quelques-uns prétendent voir dans les réclamations franco-ontariennes, en faveur de l’école catholique bilingue, une menace pour le système même de l’école séparée catholique dans l’Ontario. C’est le contraire, d’après nous, qui est vrai. D'où viennent les préjugés les plus tenaces, et d’où part l’hostilité la plus profonde contre l’école séparée ? de la secte orangiste, aquelle ne
désarme jamais. Or, les orangistes confondent dans une aversion commune la haine du catholicisme et la haine du français. Le moyen de combattre avec succès leurs desseins n’est pas de sacrifier au fanatisme qui les anime la langue française, ni de courber sous le joug d’un groupe de catholiques non français l’élément franco-canadien, mais de joindre ensemble ces deux groupes dans le respect mutuel de leurs droits, et d’associer leurs énergies au lieu de les diviser.
Les garanties constitutionnelles de l’école séparée ontarienne ne sont sans doute pas à l’abri de tout assaut. Elles ont fait l’objet d'attaques diverses, bien avant que n’éclatât le conflit actuel. Toutefois, aucun assaut de ce genre ne saurait prévaloir, au Canada, contre le bloc catholique compact. Si l’école catholique manitobaine n’a pu échapper au désastre, l’histoire attribuera cet échec douloureux non seulement au fait que la loi la protégeait moins efficacement que l’école séparée ontarienne,! mais encore, et surtout, à cet autre fait que nos coreligionnaires ne surent pas oublier leurs querelles politiques et se rallier autour de leurs droits pour les mieux défendre. Des