‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 3 sur 24 · Almanach de la langue française · texte numérisé non relu

Almanach de la langue française

2. Cf. Bacuez et Vicouroux, Manuel biblique (10e éd.), +. 1, pp. 629-634.

cel. L’humanité est un édifice formé de ces groupes et de leurs forces ethniques comme d’autant de pierres taillées et façonnées par les siècles. Chacune de ces pierres joue un rôle dans l’immense structure sociale. Toutes n’ont pas la même forme, ni la même solidité, ni le même poli. ‘loutes cependant, à des degrés divers, par des caractéristiques puisées dans leur essence même, dans l’influence du milieu et dans le sol de l’histoire, apportent à l’œuvre commune et à l’effort général de la civilisation une part appréciable ou même nécessaire.

Si l'excès ou l’abus du sentiment de race est blâmable, ce sentiment lui-même, nous l’affirmons sans crainte, n’a rien que de légitime.

Or, la langue tient étroitement à la race. Elle en est l’expression la plus nette, la manifestation la plus haute. C’est dans le moule des mots propres à une langue que ceux qui la parlent versent leurs idées, leurs affections, leur culte, leurs aspirations, leur histoire. Le style porte la marque ce l'individu. La langue porte l'empreinte de la race. Cela est si vrai que, dès que quelqu’un, par lâcheté et abdication ou sous l’action d’impérieux besoins, substitue au parler ancestral un autre parler, le type de la race, par une sorte de répercussion, se modifie peu à peu en lui et

1. Nous parlons ici surtout des races cultivées et policées et qui nous sont le mieux connues, et non de celles qu’enveloppent encore les obscurités du problème ethnologique et social.

suit en quelque sorte l’évolution de la langue. La raison de ce phénomène gît dans la nature même de l’homme. L’homme est un être essentiellement sociable ; et il entre en société par la communication du langage. Et puisque la langue est faite pour servir de véhicule à l’idée, et que l’idée elle-même, par un rapport naturel, se charge et s’imprègne des influences, des propriétés et des particularités de la race, chaque race trouve en sa langue le miroir de ses conceptions et l'instrument approprié de sa vie.

7 C’est dire que le droit à la langue est fondé sur la constitution de l’homme, que c’est donc un droit naturel. Saint Thomas! désigne par ce mot toute faculté morale prenant son point d’appui dans une tendance conforme aux principes de la nature et aux dictées de la raison. Qu’y at-il, demanderons-nous aux esprits sensés et ne prévenus, qu’y a-t-il de plus raisonnable, de pl ; sûrement voulu par la nature et par Dieu, que J: besoin de faire écho à la voix des ancêtres, d'aller chercher dans les replis de leurs âmes et sous la lettre de leurs annaies ce qui les a faits eux-mémes, ce qui fut leur force, leur valeur, leur origipalité, leur vertu, et de faire passer sur ses propres lèvres le souffle qui les a animés et la pensée dont ils ont vécu ?

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