‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 4 sur 24 · Som. théol., Suppl. Q. xxx, art · texte numérisé non relu

Som. théol., Suppl. Q. xxx, art

La langue appartient tellement au patrimoine de la race et à la substance de ses droits que tous les peuples s’en sont montrés particulièrement jaloux, et que plusieurs d’entre eux qui, par la force des choses, durent en subir la perte, se font gloire aujourd’hui d’y revenir, et estiment leur sort lié et leur honneur assucié à la résurrection de l’idiome national.

Rien n’est plus dramatique que l’histoire des persécutions exercées par les peuples conquérants contre la langue des peuples vaincus. On sent qu’il y a là une lutte décisive dont le droit et la vie morale sont l'enjeu. D'un côté, l’oppression brutale ; de l’autre, l’héroïque résistance. La langue maternelle est le dernier asile où se réfugie la patrie mutilée. Et tant que de cet asile peut sortir et monter vers Dieu une protestation vigoureuse, la nationalité n’est pas morte : on a pu raser ses frontières, on a pu démolir ses institutions, on n’a pas déraciné son âme.

Les oppresseurs le savent, et c’est ce qui accroît leur cruauté et leur dépit. L'opinion impartiale et généreuse le sait aussi, et c’est pourquoi les langues opprimées rencontrent dans les âmes fières, et auprès des caractères virils, de si profondes sympathies dont l’histoire garde religieusement les échos. Ici, c’est un grard orateur dénonçant en termes enflammés la russification de la Pologne ; là, c’est un grand romancier pro-

testant en des pages émues contre la germinasation de la Lorraine ou de l’Alsace. Ces manifestations diverses, touchantes et éclatantes, témoignent en faveur du droit ; elles démontrent que l’esprit public, libre de tout préjugé, voit entre la langue et la race un lien sacré, créé par la nature même ou par la main souveraine de Dieu. Ce droit à la langue impose des devoirs. Il ne va pas sans doute jusqu’à supprimer les droits supérieurs d’où naissent des obligations inviolables. Il ovpose néanmoins, par la force merveilleuse dont il jouit et qui en est l’apanage, une barrière puissante aux menées de l'ambition et aux entreprises de la tyrannie. Et les lois politiques qui osent se dresser contre lui, ne méritent vraiment plus le nom de loi. Nous voudrions que se gravât dans toutes les âmes honnétes cette forte parole du premier des philosophes chrétiens : ‘‘ C’est le propre de la loi due à l’intervention de l’homme, de s'appuyer sur la loi née de la nature!.”’ Lors donc que la loi humaine, bien loin de se baser sur le droit naturel, le combat, elle se renie elle-même, elle abdique son autorité, et elle sort de ses attributions. C’est là le crime qu’elle commet, et aussi le déshonneur qu’elle encourt, quand, pour dénationaliser toute une classe d'hommes, elle

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