‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 5 sur 24 · Som. théol., 1-11, Q. xcv, art · texte numérisé non relu

Som. théol., 1-11, Q. xcv, art

fait main basse sur l'éducation des enfants.

Nous avons démontré ailleurs, ! et nous ne répèterons jamais assez que, dans l’ordre naturel où nous nous plaçons ici, l'éducation relève directement et immédiatement des parents. Spolier les parents de cette fonction, c’est violer le seuil auguste de la famille et envahir un territoire dont les pères de famille seuls, de par la loi de Dieu, sont les maîtres. Interdire aux parents l'exercice du droit dont la nature les a investis, de transmettre à leurs enfants, par le moyen de l’école, l'héritage sacré de leur langue, c’est se rendre coupable d’un attentat beaucoup plus grave, beaucoup plus insolent, beaucoup plus odieux que celui de violer un traité fait de main d'homme. L’évidence même nous en persuâde ; et ni politiques ni légistes ne sauraient sérieusement y contredire.

Certains Etats auront beau regimber contre cette doctrine et, pour y faire obstacle, forger des lois, édicter des règlements, enfanter des commissions : ils n’effaceront pas ce que le Tout- Puissant a écrit dans le code immortel des droits et des devoirs, et jusque dans la profondeur des consciences. Leur propre doctrine ‘“ ne se fonde, dans le passé, que sur l’autorité de Minos, de Lycurgue et de Robespierre, c’est-à-dire sur lu fable, le paganisme, et quelque chose de pire que

1. Voir Droit public de l'Eglise: l'Église et l'Éducation, x P., ch. 1x.

GER en Terre

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le paganisme!, ” le plus abominable despotisme. On avouera que c’est là une base bien fragile. Vingt siècles de luttes morales et de vaillance chrétienne nous ont appris à envisager d’un œil serein les décrets des Césars, et à attendre d’un pied résolu le coup de { rce des potentats.

Le devoir d’un Etat qui a quelque notion du bien et quelque souci de la justice, n’est donc pas de molester les races dans l’usage de leur langue et dans le droit qu’elles ont d’en perpétuer la vie, mais de respecter ce droit, de le protéger, et de le sauvegarder. Voilà un énoncé bien clair, et une vérité très lumineuse, et qui revêt, pour nou, toute la force d’un axiome de sens commun et de haute philosophie sociale.

Dans son récent appel en faveur de la paix, — appel basé sur la vraie fraternité humaine et si fortement commenté par la grande revue italienne, la Civiltà cattolica, mais si obstinément laissé dans l’ombre par une partie de 14 presse cathclique, — Benoît XV demande aux organisateurs de la société de demain de tenir compte‘ des droits et des justes aspirations des peuples. ”

Il y a, assurément, des aspirations populaires très justes en elles-mêmes, mais bornées et dominées par diverses circonstances de temps et de

1. MonTALEMBERT, Discours, t. 1 (Liberté d'enseignement), p. 430.

lieu et ce:taines situations légitimes et inévitables.

L'identité de langue et de race, dit Tapparelli, les rapports d'institutions et de territoire d’une nation tendent à lui donner une unité distincte et indépendante. Mais cette tendance s’achève lentement et se développe au milieu d’un ensemble très compliqué de droits et de devoirs civils, politiques et religieux. Ceuxci pourront faire dépendre telle ou telle nation d’autres autorités, différentes de celles auxquelles chacune devra finir par s'attacher pour obtenir sa position régulière parmi les nations. Prétendre qu’une telle dépendance ne pourra jamais être légitime, c’est abjurer toute tradition historique et toute théorie philosophique.

Il y a aussi des aspirations populaire nonseulement justes en soi, mais dont la légitimité universelle et absolue ne peut varier ni avec les conditions de la politique ni avec les vicissitudes de l’histoire. En tout temps et en tout lieu,sous toutes les latitudes et sous tous les régimes, un groupe d’hommes et de familles peut réclamer le droit de parler sa propre langue, de la conserver et de la cultiver en des écoles où on l’enseigne, comme il peut réclamer le droit d'accomplir tous les actes et de pratiquer tous les rites que requiert la religion véritable.

Et qu’on ne dise pas que ce droit à la langue, maintenu de façon si stricte, peut venir en conflit avec les exigences de l'intérêt général. En aucun cas, l’intérêt général ne saurait dicter le sacrifice

1. Essai théorique de Droit naturel, t.1v (éd. Casterman), p. 373.

d’un droit issu du sang même des peuples et des entrailles de la nature, et dont l'exercice sert admirablement à relever le niveau des traditions publiques et à grossir le trésor des lettres nationales.

La nationalité, dit encore Tappa:elli, consiste surtout dans la constante unité d’association, de langue et de race, dans le développement régulier des formes et des institutions sociales, dans la délimitation naturelle du territoire. Qui ne voit qu’une nation peut obéir à une autre en conservant ces éléments, comme dans les empires de l’antiquité et du moyen âge, où des peuples, souvent très différents les uns des autres,

vivaient sous la loi d’un seul souverain ? __

La fusion des races n’est en soi nullement nécessaire à l’union des esprits et au concours des volontés dans la collaboration à une œuvre politique et économique commune.

Quand jadis l’invasio ba-bure venait d’accumuler sur le sol de l’Europe, er une masse informe et confuse, de nouveaux ‘éléments sociaux, cette fusion, pour certains pays et dans une certaine mesure, pouvait être désirable. Il ne semble ni désirable ni partout réalisable que des races et des langues adultes, fières de leur passé, conscientes de leur force, jalouses de leurs traditions, riches de trésors séculaires et de mérites icqiters:s combinent et s’amalgarnent dans un mélange” à

dd: À

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