‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 109 sur 532 · I. — THÉOLOGIENS ET CONTROVERSISTES : Calvin · texte numérisé non relu

I. — THÉOLOGIENS ET CONTROVERSISTES : Calvin

Au lieu du latin, qui avait été jusqu’au xvi® siècle la langue de la théologie, les protestants, pour agir sur l'opinion, employèrent le français ‘dans leurs ouvrages de controverse.

C’est Calvin! qui le premier donna l’exemple en publiant en 1541 une

rique, 1897). — Baudrillart : L'Église catholique, la Renaissance, le protestantisme (1904). — Raoul Allier (Sous la direction de): Anthologie protestante, XVI et XVIIe siècle (Paris, Crès; Genève, Atar, 1918). — Albert Autin : L'échec de la Réforme en France au XVIe siècle. Contribution à l'histoire du sentiment religieux (Colin, 1918). — Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français (à partir de 1852).— Revue de métaphysique et de morale (septembre-décembre 1918, numéro consacré au 4e centenaire de la Réforme).

1. Biographie. — Jean Cauvin ou Calvin, né à Noyon en 1509, fut d’abord homme d'église, ensuite abandonna la théologie pour la jurisprudence. Gagné aux idées de la Réforme, afn d'échapper aux persécutions, il se réfugie à Bâle (1534), puis à Ferrare, enfin à Genève (1536), devenue république indépendante et convertie à la Réforme par Guillaume Farel. Celui-ci s'adjoint Calvin pour l'aider à diriger la ville ; mais leur administration trop énergique soulève la population, qui les bannit en 1538. Rappelé deux ans plus tard, Calvin redevient le maître de Genève, qu’il gouverne en vrai tyran jusqu'à sa mort, en 1564 (voir p. 170, comment Michel Servet fut victime de son intolérance).

Œuvres. — Calvin a beaucoup plus écrit en latin qu'en français : son œuvre française ne représente guère qu'un dixième environ de son œuvre totale. Sans parler de ses innombrables sermons (plus de 2 000) et de sa volumineuse correspondance, il a composé en français, outre l’Institution de la religion chrétienne, les traités et opuscules suivants : Traité de la Cène (1541), Catéchisme de Genève (1542), Traité des reliques (1543), Excuse aux Nicodémites (1544), Brève instruction contre les anabaplistes (1544), Contre la secte fantastique et furieuse des Libertins qui se nomment spiriluels (1545), Avertissement sur l'astrologie judiciaire (1549).

Editions. — L'Instilutio religionis christianae, son principal ouvrage, parut à Bâle en 1536 ; la 2° édition, augmentée, parut à Strasbourg en 1539, et une autre édition à Genève en 1559. — La première édition française de l’Institution de la religion chrétienne fut publiée à Strasbourg en 1541 et une 2° éd. à Genève en 1560; la plus récente est celle d’Abel Lefranc, Chatelain et Pannier (Paris, Champion, 1912-1913, 2 vol.).

Lettres françaises de Calvin, publiées par Jules Bonnet (Paris, 1854, 2 vol.). — E, Forget : Treize sermons de Calvin récemment retrouvés (Marseille, 1898).

OEuvres complètes de Calvin, publiées pour la première fois à Amsterdam en 1671. — Œuvres françaises de Calvin, publiées par le bibliophile Jacob (Gosse-

156 | LE XVIe SIÈCLE

" traduction française de son Inslitulio religionis chrislianae (1536), dont il voulait ainsi favoriser la diffusion. Lui-même écrivait dans la préface de son livre : « Premièrement l’ai mis en latin, à ce (afin) qu'il pût servir à toutes gens d'étude, de quelques nations qu'ils fussent; puis après, désirant de communiquer ce qui en pouvait venir de fruit à notre nation française, l’ai aussi translaté (traduit) en notre langue. »

Cet ouvrage comprend quatre parties : 1° Dieu, créateur et gouverneur du monde; 2° L'homme, déchu par le péché, racheté par Jésus-Christ ; 3° La grâce, fruit de la rédemption; 4° L’ Église, assemblée des fidèles, les sacrements. Écrit dans un style un peu nu et, selon le mot de Bossuet (Histoire des Variations des Églises DER un peu « triste », se ressentant encore de l'influence latine, mais du moins net, sobre et vigoureux, il a contribué avant le Discours de la méthode de Descartes à fixer la prose française.

CALVIN A FRANÇOIS 1x

[Après s’ètre montré pendant les quinze premières années de son règne (commencé en 1915) plutôt favorable à la Réforme, pour laquelle il voyait tant d’esprits éminents du royaume avoir une grande inclination et sa sœur elle-même, Mar-

guerite de Navarre, afficher ouvertement sa sympathie, François Ier changea d’at- -

titude à l'égard des réformés à la suite de son entrevue avec le pape Clément, VII à Marseille (1533) et inaugura une période de répressions violentes à partir de l’Affaire des Placards (19 octobre 1534).

C'est le 1°° août 1535 que Calvin, alors à Bâle, lui écrivit cette éloquente et courageuse lettre, qui servit de préface.à l’Institution de la religion chrétienne. |

A FE aurai nulle honte de confesser que j'ai ici compris ! “rime une somme? de cette même doctrine laquelle ils (nos adversaires) estiment devoir être punie par prison, bannissement,

lin, 1842). — Édition complète des œuvres de Calvin (Joannis Calvini opera quae supersunt omnia), par Baum, Cunitz et Reuss, dans le Corpus Reformatorum (1863- 1900, 5g vol.).

À consulter. — Théodore de Bèze: Vie de Calvin (1563).— F. Martin : Un directeur spirituel au XVIe siècle. Étude sur la correspondance de Calvin (1886). — Abel Lefranc: La jeunesse de Calvin (Fischbacher, 1888): Grands écrivains français de la Renaissance (1914, tome II, chap. sur Jean Calvin), — Albert Cruvelier: Ælude sur la prédication de Calvin (Montauban, 1895). — A. Bossert : Calvin (1906). — Wiiliston Waker, professeur à l’Université de Yale : Jean Calvin, l'homme et l'œuvre (trad. française, Genève, Julien, 1909). — Émile Doumergue : Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (Lausanne, G. Bridel ; Neuilly, Éd. de la Cause, 1899-1927, 7 vol. parus).

:[T. Compris, enfermé, ramassé. — 2. Quasi, pour ainsi dire. — 3, Une somme, un abrégé.]

proscription et feu, et laquelle ils crient devoir être déchassée hors de terre et de mer. Bien sais-je de quels horribles rapports ils ont rempli vos oreilles et votre cœur, pour vous rendre notre cause fort odieuse : mais vous avez à reputer?, selon votre clémence et mansuétude, qu'il ne resterait innocence aucune, ni en dits ni en faits, s’1l suflisait d’accuser.…

.… Vous ne vous devez émouvoir de ces faux rapports, par lesquels nos adversaires s'efforcent de vous jeter en quelque crainte et terreur : c’est assavoir ? que ce nouvel Evangile, ainsi * l’appellent-ils *, ne cherche autre chose qu'occasion de séditions et toute impunité de mal faire. Car Dieu n'est point Dieu de division, mais de paix : et le fils de Dieu n'est point ministre de péché, qui est venu pour rompre et détruire les œuvres du diable. Et quant à nous, nous sommes injustement accusés de telles entreprises, desquelles nous ne donnâmes jamais le moindre soupçon du monde. Et il est bien vraisemblable f que nous, desquels jamais n’a été ouïe une seule parole séditieuse, et desquels la vie a toujours été connue simple et Fee quand nous -vivions sous vous?, Sire, machinions de renverser les royaumes | Qui plus est, HR étant chassés de nos maisons, nous ne laissons point de prier Dieu pour votre prospérité, et celle de votre règne... Et davantagef, grâce à Dieu, nous n'avons point si mal profité en l'Evangile, que notre vie ne puisse être à ces détracteurs exemple de chasteté, libéralité, miséricorde, tempérance, patience, modestie, et toutes autres vertus. Certes la vérité témoigne évidemment pour nous, que nous craignons et honorons Dieu purement, quand par notre vie et notre mort nous désirons son nom être sanctifé..

. Combien * que votre cœur soit à présent détours et aliéné de nous, j'ajoute même enflammé, toutefois j'espère que nous pourrons regagner sa grâce, s’il vous plait, une fois hors d’indignation et courroux, lire cette notre confession, laquelle nous

[4. Déchassée, chassée. — 2. Repuler, considérer (du latin reputare). 3. Assavoir : vieille forme du verbe savoir. — 4. Calvin n'accepte pas qu’on voie dans la doctrine protestante un « nouvel évangile »; les idées de la Réforme ne sont pour lui que les idées du christianisme primitif. — 5. Qui, lui qui. — 6. Tour de phrase ironique. — 7. Sous vous : c’est-à-dire en France. —

Page 1