III. — PAROLE PROPHÉTIQUE
Pour ce que le roi avait juré en pleine table de le faire mourir, luif, pour lever’ cette opinion, a fait six voyages dont
[4. Le père de d’Aubigné avait pris part à la conjuration d'Amboise (mars 1560), mais avait réussi à s’échapper. Ses compagnons, dont le chef était La Renaudie, furent arrêtés et exécutés. — 2. Ayant piqué, ayant piqué son cheval de l'éperon, (pour se rapprocher de son père). — 3. Ces chefs, ces têtes. — 4. La paix de Bergerac (17 septembre 1577). — 5. Et que... : changement de construction assez fréquent; le verbe a pour complément d’ ‘abord un substantif puis toute une proposition. — 6. Lui: A. d'Aubigné. — 7. Lever, faire disparaître]
166 LE XVIe SIÈCLE
celui-ci en était un. Etant donc arrivé au logis de à duchesse de Beaufort', où l’on attendait le roi, deux gentilshommes de marque le prièrent affectionnément ? de remonter à cheval pour la fureur où le roi était contre lui ; et, de fait, il entendit quelques 8 gentilshommes disputant si on le mettrait entre les mains d'un capitaine des gardes ou du prévôt de Phôtel5. Lui se mit au soir entre les flambeaux qui attendaient le roi, et, comme le carrosse para* au perron de la maison, il ouït la voix du roi disant : « Voilà Monsieur, Monseigneur d'Aubigné. » Quoique cette seigneurie ne lui fût guère de bon goût, 1l s’avança à la descente ; le roi lui mit sa joue contre la sienne, et, ayant défendu d’être suiviÿ, le fit promener entre la nr hbise et Jui plus de deux heures ; ce fut là où se dit un mot qui a tant couru ; car comme le oi montrait sa lèvre percée‘, au flambeau, il souffrit et ne prit point en mauvaise part ces paroles : « Sire, vous n’avez encore rénoncé Dieu que des lèvres, il s’est contenté de les percer ; mais quand vous le renoncerez du cœur, il vous percera le cœur. » La duchesse s’écria : « Oh! les belles paroles, mais mal employées?! — Oui, Madame, dit le tiers, pour ce qu’elles ne serviront de rien. ». |
(Ibid.