‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 123 sur 532 · LE DÉLUGE · texte numérisé non relu

LE DÉLUGE

Les torrents écumeux, les fleuves, les ruisseaux S’enflent en un moment. Ja ! les confuses eaux Perdent leurs premiers bords, et dans la mer salée, Ravageant les moissons, courent bride avalée?.

Ja la terre se perd, ja Nerée ÿ est sans marge#,

Les fleuves ne vont plus se perdre en la mer large ; Eux-mêmes sont la mer ; tant d’océans divers

Ne font qu’un océan ; même cet univers

N'est rien qu’un grand étang qui veut joindre son onde Au demeurant 5 des eaux qui sont dessus 5 le monde.

Tandis? la sainte Nef® sur l’échine azurée Du superbe océan naviguait assurée,

Bien que sans mât, sans rame, et loin, loin de tout port, Car l’Eternel était son pilote et son nord?.

Trois fois cinquante jours le général naufrage

Dégâta !° l'univers. Enfin d’un tel ravage

L’Immortel s'émouvant n’eût pas sonné si tôt

La retraite des eaux, que soudain flot sur flot

Elles gagnent au pied‘!. Tous les fleuves s’abaissent.

La mer rentre en prison. Les montagnes renaissent.

Les bois montrent déjà leurs limoneux rameaux ;

Ja la montagne croit par le décroîit !? des eaux,

[A. Ju, déjà (jam). — 2. Bride avalée, bride abattue (étymologie du mot : à val, en suivant la pente de la vallée). — 3. Nérée, la mer (on s'étonne dans ce poème biblique de rencontrer des noms mythologiques). — 4. Sans marge, sans rivage. — 5. Demeurant, reste. — 6. Dessus : voir p. 322, note 5. — 7. Tandis, cependant. — 8. L’Arche de Noé. — 9, Son nord, son étoile polaire. — 40. Dégäta, dévasta. — 41. Elles gagnent au pied, elles prennent le large. — 42. Décroit, décroissance. |

Et bref la seule main du Dieu darde-tonnerre Montre la terre au ciel et le ciel à la terre, Afin qu'il vit encor la Panchaïque odeur!

Fumer sur les autels sacrés? à sa grandeur?.

(Du Bartas, La Semaine ou Création du monde, second jour.)

[4. La Panchaïque odeur, l'encens (originaire de la Panchaïe, contrée de l'Arabie Heureuse). — 2. Sacrés, consacrés. — 3, On pourrait comparer ce morceau de

du Bartas avec Le Déluge d'Alfred de Vigny (Livre Mystique).]

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