‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 135 sur 532 · LA BIBLIOTHÈQUE !? DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE !? DE MONTAIGNE

Je ne voyage sans livres ni en paix ni en guerre... C’est la meilleure munition ! que j'aie trouvé ‘# à cet humain voyage‘, et plains extrêmement les hommes d’entendement ‘6 qui l'ont à

[4. Tout ainsi que, aussi..., de même que...., de même... — 2. Pour, à cause de. — 3. Au besoin, quand j'en ai besoin. — 4. Dient, disent. — 5. Ces mots qui impliquent l'idée de division et de différence, — 6. Par effet, effectivement, en réalité, — 7. Pensements, pensées. — 8. Convenance, union. — 9, Ce mot d'Aristote à été rapporté par Diogène Laërce, compilateur grec du me siècle après J.-C. — 10. S'entre-bien faire, se faire du bien réciproquement. — 44. En son endroit, à son égard.] 3

[12. Cette bibliothèque — sa librairie —, où Montaigne aimait tant vivre, était installée dans son château au troisième étage d’une tour. Il y avait réuni environ mille volumes (on est parvenu à reconstituer la liste de 50 d’entre eux). Sur les solives du plafond il avait fait peindre des sentences grecques et latines qui servaient de thème à ses méditations. — 43. Munition, provision de voyage, viatique, == 44, Voir p, 198, note 6, = 45, Le voyage de la vie, — 46, Les hommes d'enteñdement, les hommes intelligents]

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dire ‘. J'accepte plutôt toute autre sorte d’amusement, pour léger qu'il soit, d'autant que cettui-ci? ne me peut faillir ?.

Chez moi, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie, d'où, tout d'une main *, je commande à mon ménage‘. Je suis sur l'entrée, et vois sous moi mon jardin, ma basse-cour, ma cour, et dans la plupart des membres® de ma maison. Là je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je rêve ; tantôt j'enregisire et dictée, en me promenant, mes songes! que voici. Elle $ est au troisième étage d’une tour; le premier, c'est ma chapelle ;/le second, une chambre et sa suite*, où je me couche souvent, pour être seul ; au-dessus, elle a une grande garde-. robe. C'était, au temps passé, le lieu plus inutile !° de ma maison. Je passe là et la plupart des | jours de ma vie, et la plupart des heures du jour : je n’y suis jamais la nuit. . En hiver, j'y suis moins continuellement ; car ma maison est juchée sur un tertre, comme dit son nom‘!, et n’a ‘? point de pièce plus éventée que cette-c1!?, qui me plaît d’être un peu péniblett et à l'écart, tant pour le fruit de l'exercice que pour reculer de moi la presse 5. C'est là mon siège : j'essaye à m'en rendre la domination pure, et à soustraire ce seul coin à la communauté et conjugale et filiale et civile... Misérable à mon gré, qui n’a chez soi où être à soi, où se faire particulièrement la cour, où se cacher !.. J'étudiai jeune pour l’ostentation ; depuis, un peu pour m'assagir ‘5 ; à cette heure pour m’ébattre : jamais pour le quêt ‘7.

(Essais, livre IT, chap. ur.)

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