‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 155 sur 532 · V. — ÉCRIVAINS POLITIQUES · texte numérisé non relu

V. — ÉCRIVAINS POLITIQUES

Parmi les écrits politiques du xvre siècle il faut distinguer les œuvres de polémique * et les traités théoriques 6.

Sans parler des nombreux pamphlets auxquels donnèrent lieu les luttes religieuses, — car les protestants persécutés par le pouvoir royal se retournèrent contre lui, du moins jusqu’au jour où Henri de Navarre, chef de leur parti, devint par la mort du duc d’Alençon l'héritier de Heni IE, dont la succession fut convoitée par les Guises —, nous examinerons seulement le Contre-Un et la Satire Ménippée.

Le Discours sur la servilude volontaire ou Contre-Un fut, d’après l’historien de Thou, composé par Etienne de la Boétie? à l’occasion de la

[4. Adonce, alors. — 2. Redoubla, elle répéta. — 3. Cela est fait, c'est fini. — 4. La parole célèbre, qu’on prête à Marie Stuart : Adieu, plaisant pays de France, n'est pas authentique.]

5. Consulter Ch. Lenient : La satire en France ou La littérature militante au XVIe siècle (Hachette, 2 vol., 1re éd. 1859, 2e éd. 1866).

6. Consulter G. Weil : Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les guerres de religion (1892).

7. Biographie. — Eticnne de la Boétie est né à Sarlat (Périgord) en 1530. En 1553 il devint conseiller au Parlement de Bordeaux, et c’est là qu’il rencontra Montaigne en 1557. Leur amitié (voir p. 201-203) ne dura que cinq ou six ans, puisqu'il mourut en 1563.

Outre le Contre-Un, la Boétie a laissé des poésies latines et françaises, et des traductions d'auteurs grecs (l'Economique d’Aristote, l’Économique ou, comme il l'appelle, La Ménagerie de Xénophon, et deux opuscules de Plutarque : les Règles du mariage et la Consolation à sa femme.)

Editions. — Montaigne publia en 1571 les œuvres de la Boétie, poésies et traductions, sauf le Contre-Un. Ce dernier ouvrage circula d’abord en manuscrit; en 1574 un plagiaire en reproduisit des fragments sans nom d'auteur sous ce titre Le Réveille-Matin des Français ; et en 1576 — treize ans après la mort de l’auteur — il fut publié en entier par les protestants parmi d'autres pamphlets dans le tome III des Mémoires de l'État de la France sous Charles neuvième.

Les œuvres complètes de la Boëétie ont été éditées par Léon Feugère (Delalain, 1846) et par Paul Bonnefon (Bordeaux et Paris, 1892).

A consulter. — Léon Feugère : Étienne de la Boëtie, études sur sa vie el ses

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révolte de Bordeaux contre l’établissement d’un nouvel impôt sur le sel et de la terrible répression qui suivit ces troubles (1548). Mais aucune allusion n’est faite à ces événements dans cet opuscule de caractère impersonnel et général. Ce qui a permis à Montaigne — effrayé du bruit

que fit cet ouvrage, quand après la Saint-Barthélemy les protestants le

publièrent — d’en eue la date par prudence à l’année 1546 et d’en diminuer la portée, en le présentant comme une simple amplification d’écolier : «Il l’écrivit, dit-il dans une page des Essais (livre [, chap. xxv1r) qui date de 1580; par manière d’essai en sa première jeunesse, à l’honneur de la liberté contre les tyrans... Ce sujet fut traité par lui en son enfance par manière d’exercitation seulement... » Toujours est-il qu’au xvie siècle le discours de la Boétie eut un grand retentissement et aurait

mème poussé, dit-on, les habitants de Sarlat à se soulever contre leur

évêque et seigneur.

La Salire Ménippée! est la parodie des États de la Ligue, que le de de Mayenne, lieutenant général du royaume, convoqua le 10: février 1593

ouvrages (1845). — Dr J. F. Payen : Notice bio-bibliographique sur la Boëtie

(1853). — Prévost-Paradol : Les moralistes français (1865). François Combes : Essai sur les idées politiques de Montaigne et de la Boélie (Bordeaux, 1882). — P. Bonnefon : Montaigne et ses amis (1892, 2 vol). — P. Stapfer : La famille et les amis de Montaigne (1896), — J. Barrère : Etienne de la Boélie contre Nicolas

Machiavel : étude sur les mobiles qui ont déterminé Etienne de la Boëétie à écrire le.

Discours sur la servitude volontaire (1908).

4. Le titre complet de ce pamphlet est : Satire Ménippée de la vertu du Catholicon d'Espagne et de la tenue des Etais de Paris.

Analyse. — Il se compose de 3 parties : 1° le prolosld qui nous fait assister à la parade de deux charlatans, l’un espagnol (le cardinal de Plaisance), l’autre lorrain (le cardinal de Pellevé), vantant au public les vertus de leur catholicon, panacée universelle, et représentant les deux partis qui prétendaient, imposer à la France un roi étranger à l’exclusion de Henri IV ; le défilé de la procession de la Ligue ; et la description de la salle des Etats et des tapisseries qui l’ornent avec leurs inscriptions; 2° la série des harangues du duc de Mayenne, de M. le Légat, du cardinal de Pellevé, de l’archevèque de Lyon, du recteur Rose, de M. de Rieux, député de la noblesse et de M. d’Aubray, député du tiers-état ; 3° l'épilogue, contenant l'Épitre du sieur d'Engoulevent, les Epigrammes, les Regrets funèbres sur la mort de l'âne liqueur.

Editions. — Les principales éditions modernes de la Satire Ménippée sont l’éd. Ch. Labitte (Charpentier, 1874), l’éd. Ch. Read (Jouaust, 1876), l'éd. Tricotel (1877-1881), Le texte primitif de la Satire Ménippée, publié par Ch. Read (1878), Le texte critique de la Satire Ménippée, publié par J. Franck (Oppeln, 1884), Le premier texte manuscrit de la Satire Ménippée d’après deux copies à: la main de la Bibliothèque Nationale, publié par F. Giroux (Laon, 18997). =

A consulter. — F. Giroux : La composition de la Satire Ménippée. Documents et: interprétations (Laon, 1904). ;

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PROSATEURS SECONDAIRES gag

pour Vélection d’un roi. Ge pamphlet a été ainsi appelé, parce qu'il contient un mélange de vers et de prose, à l’exemple des satires composées au ze siècle avant J.-C. par le philosophe grec Ménippe et déjà imitées à Rome par l’érudit Varron (114-26 av. J.-C.). Il est l’œuvre — demeurée anonyme jusqu’au milieu du xvre siècle — de six bourgeois de Paris, qui se réunissaient Quai des Orfèvres, près de la Sainte Chapelle, chez un conseiller-clerc au Parlement, Jacques Gillot, lequel collabora luimême à l'ouvrage (on lui attribue la harangue de M. le Légat) : Pierre Le Roy, chanoine de Rouen, qui le premier en conçut l’idée et qui est l’auteur de la grande parade du Gatholicon; Nicolas Rapin (1535-1608), magistrat connu par ses relations avec Régnier (voir p. 351), qui composa les harangues de M. de Lyon et du recteur Rose et quelques épigrammes latines et françaises qui terminent le livre ; Jean Passerat (134-1602), professeur au Collège Royal de France, auteur des épigrammes françaises et latines qui accompagnent la Satire Ménippée, et peut-être de la harangue de M. de Rieux ; Florent Chrestien (1540- 1596), l’ancien précepteur de Henri IV, qui écrivit la harangue du cardinal de Pellevé en latin macaronique ; Pierre Pithou (1539-1596), jurisconsulte et érudit, protestant converti au catholicisme, à qui l’on doit la harangue de M. d’Aubray ; Gilles Durant, avocat et poète, l’auteur de la pièce de vers Regrets funèbres sur la mort de l’âne liqueur.

Sans appartenir à aucune faction politique, les auteurs de la Satire Ménippée avaient des sympathies pour le parti modéré, le parti des Politiques, qui, royalistes sincères, amis de l’ordre et apôtres de la tolérance, combattirent à la fois l'esprit de sédition et l’esprit de fanatisme, soutinrent la cause du bon sens et du patriotisme. Ce n'est pas ce pamphlet qui ouvrit à Henri IV les portes de Paris; ses victoires d’Arques et d’Ivry, son abjuration, la misère de Ja capitale et la propagande des Politiques contribuèrent avec plus d’efficacité à son avènement; Henri IV entra d’ailleurs à Paris le 22 mars 1594, alors que la Satire Ménippée — dont, il est vrai, de nombreux fragments manuscrits avaient couru sous le manteau avant cette date — parut au mois d’août suivant. Mais cette œuvre, parfois éloquente, toujours spirituelle, acheva la ruine de la Ligue et consacra le triomphe des Politiques.

Quant aux principaux traités de science politique au xvr* siècle, ce sont le Franco-Gallia! (1573) de François Hotman, protestant chassé de France par la Saint-Barthélemy ; les Vindiciae contra tyrannos (1578), publiées sous le pseudonyme de Junius Brutus par Hubert Languet, protestant établi en Allemagne ; et surtout les Six livres de la République (1576-78) de Jean Bodin (1529-96), ouvrage que pour la variété des con-

4. Sive tractatus de regimine regum Galliae et de jure successionis. Traduit es français en 1574 par Simon Goulard sous le titre Gaule franque.

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naissances et l'ampleur des idées on a pu comparer à L'Esprit des Lois de Montesquieu!.

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