LA BONNE MÉNAGÈRE
Le temps passé, quand on voulait louer un homme, on le disait bon laboureur. C'était aussi lors5 la plus grande gloire de la femme que d’être estimée bonne ménagère : laquelle louange le temps n'ayant pu éteindre est encore en telle réputation, que celui qui se veut marier, par dessus toutes autres vertus, cherche en sa femme le bon ménagef, comme article nécessaire pour la félicité de sa maison... Plus grande richesse ne peut souhaiter l’homme en ce monde, après la santé, que d’avoir une femme de bien, de bon sens, bonne ménagère. Telle? conduira et instruira bien la famille, tiendra la maison remplie de tous biens, pour y vivre commodément et honorablement. Depuis la plus
[4. Instrument de chirurgie qui permet de tenir la bouche ouverte pour en
examiner l'intérieur. — 2. Violentement, violemment. — 3. Tout à l'heure, tout de suite, — 4. Qui, ce qui.] [5. Lors, alors. — 6. Ménage, administration de la maison. — 7. Telle, une
elle femme.]
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grande dame jusques à la plus petite femmelette, à toutes la vertu du ménager ! reluit, par dessus toute autre, comme ins-
trument? de nous conserver la vie. Une femme ménagère*, entrant en une pauvre maison l'enrichit : une dépensière ou fainéante détruit la riche. La petite maison s'agrandit entre les mains de ceste là“ : et entre celles de ceste ci° la grande s’apetisse. Salomon * fait paraître le mari de la bonne ménagère entre les principaux hommes de la terre : dit que la femme vallante est la couronne de son mari, qu'elle bâtit la maison, qu'elle plante la vigne, qu’elle ne craint ni le froid: ni la gelée,
étant elle et ses enfants vêtus comme d’écarlate 7, que la maison
et les richesses sont de l’héritage des pères, mais la prudente femme est de par l’Eternel®. À ces belles paroles profitera ?
notre mère de famille ; et se plaira en son administration, si elle
désire d’être louée et honorée de ses voisins, révérée et servie de ses enfants, si elle fait plus d’état de l’honnête richesse que de la sale pauvreté, si elle aime mieux prêter qu’emprunter, si elle prend plaisir de voir toujours sa maison abondamment pourvue de toutes commodités, pour s’en servir au vivre {° ordinaire, au recueil !! des amis, à la nécessité des maladies, à l'avancement 2? des enfants, aux aumônes des pauvres et aux journalières occurrences !?.
(Olivier de Serres, Le Théâtre d’agriculture et Ménage des champs, livre VITE, chap. r.)
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[4. Le ménager (infinitif employé substantivement), la science du ménage (appelée jadis la ménagerie). — 2. Comme instrument, comme étant le moyen. — 3. Ménagère (adjectif), qui s'entend aux soïns domestiques. — #4, Ceste là, celle-là, — 5. Ceste ci, celle-ci. — 6. Salomon, roi d'Israël, le fils et le suecesseur de David (x° siècle avant J.-C.). — 7. D'écarlate, d’une étoffe d’un rouge éclatant, et, par conséquent d’un vêtement somptueux. — 8. De par l'Eternel, un présent fait par Dieu. — 9. À ces belles paroles profitera, fera son profit de ces belles paroles. = 40, Au vivre ordinaire, pour la vie eourante. — 44. Au
recueil des amis, pour accueillir des amis. — 42. À l'avancement des enfants, aux
progrès de l'éducation des enfants. — 43. Aux journalières occurrences, aux circonstances qui se présentent chaque jour.]