LE LION ET LE RAT
À son ami Lyon.
[Marot était enfermé au Châtelet comme suspect d’hérésie (voir sa biographie, p. 253) quand il écrivit cette épître (1525) à son ami Lyon Jamet, sieur de
[4. Me : se rapporte à entremettre. — 2. Soulais, j'avais coutume (du latin solebam). — 3. M'entremettre, entreprendre de, me mettre à. — 4, Bris, pièges (faits avec des branches brisées). — 5. Transnouais, je traversais à la nage (du latin fransnabam). — 6. Noix (prononcé nouais) rimait alors avec j'apprenois (prononcé Jj'apprenouais). — ‘T. Quantes fois, combien de fois. — 8. Ja déjà (jam). — 9. Compains, compagnons (compain — d’où le terme familier copain — était dans la langue du moyen âge le cas sujet, compaynon le cas régime). — 40. Aucune fois, quelquefois. — 41. Fouines : ce mot compte dans la versification pour deux syllabes. — 12. Buissonnets : diminutif de buisson. — 43. Chardonnets, chardonnerets. — 14. Dessous : voir p. 283, note 14. — 45. Quasi enfant, encore enfant. — 46. Sonnais : verbe transitif (je faisais résonner). — 47. Pan désigne le roi et Robin Marot.]
Chambrun, secrétaire de la duchesse de Ferrare, Renée de France. En jouant sur les deux mots de Lyon et lion (qui s’écrivait alors lyon) et en se comparant lui-même au rat, Marot implore l'intervention de son protecteur, qui le fit d'abord réclamer par l’évêque de Chartres et quelques mois après remettre en
liberté.]
.… Je te veux dire une belle fable! :
C’est assavoir ? du lion et du rat.
Cestui° lion, plus fort qu’un vieil verrat#, Vit une fois que le rat ne savait Sortir d'un lieu, pour autant5 qu'il avait Mangé le lard et la chair toute crue* ; Mais ce lion, qui jamais ne fut grue”, Trouva moyen et manière et matière*, D'’ongles et dents°, de rompre la ratière, Dont ‘° maître !! rat échappe vitement ‘?, Puis mit à terre un genou gentement !*, Et, en ôtant son bonnet de la tête, À mercié !* mille fois la grand ‘* bête, Jurant le dieu des souris et des rats Qu'il lui rendrait ‘5. Maintenant, tu verras Le bon du conte ‘7. Il advint d'aventure Que le lion pour chercher sa pâture Saillit ‘8 dehors !° sa caverne et son siège ?°, Dont ?!, par malheur, se trouva pris au piège,
[4. Avant d’être traitée par Marot et plus tard par La Fontaine (IT, 11), cette fable l'avait été déjà dans l’antiquité par Esope et Babrius, et au moyen âge par Marie de France. — 2, C’est assavoir, à savoir. — 3. Cestui, ce. — 4. Verrat, porc mâle. — 5. Pour autant que, parce que. — 6. Marot fait sans doute allusion ici à la cause de son emprisonnement : il était accusé d’avoir fait gras en carême. — 7. Grue : ce mot avait le sens de niais, sot. — 8. Marot aime les allitérations, dont usaient et abusaient les grands rhétoriqueurs ; celle qui est dans ce vers sert d’ailleurs à souligner les efforts du lion pour rendre service au rat. — 9, D'ongles et dents, avec les ongles et les dents. — 40, Dont: employé comme adverbe delieu (d’où). —414. Maître : appellation familière pour désigner des gens d'humble condition (maître Jacques, maître corbeau). — 42. Vitement : adverbe qui venait de l'adjectif vite. — 143. Gentement, gentiment. — 14. Mercié, TEMErCIÉ. — 45. Grand: voir p. 235, note 6. — 46. Qu'il lui rendrait (la pareille). — 17. Le bon du conte, ce que le conte a de plaisant. — 18. Saillit, sauta, s’élança. — 49, Dehors : employé alors comme préposition pour hors de. — 20. Siège, séjour. —