AVRIL
Avril, l'honneur et des bois Et des mois; Avril, la douce espérance Des fruits qui, sous le coton Du bouton, Nourrissent leur jeune enfance ;
Avril, l'honneur des prés verts, Jaunes, pers!, Qui, d’une humeur bigarrée?, Emaillent de mille fleurs De couleurs Leur parure diaprée ? ;
Avril, l'honneur des soupirs Des Zéphirs, Qui, sous le vent de leur aile, Dressent encore ès * forêts De doux rets, Pour ravir Flore la belle :
Avril, c’est ta douce main Qui, du sein De la nature, desserre f Une moisson de senteurs Et de fleurs, Embaumant l’air et la terre.
[4. Pers : couleur intermédiaire entre le bleu et le vert. — 2. D'une humeur biqarrée, en variant capricieusement les couleurs, — 3. Diaprée, aux vives couleurs. — 4, Es, dans les. — 5. Flore, déesse des fleurs, qui fut ravie par . Zéphyr. — 6. Desserre, fait sortir (allusion possible à l'étymologie du mot aprilis qui vient de aperire, ouvrir).]
300 LE XVIe SIÈCLE
Avril, la grâce et le ris De Cypris !,
Le flair et la douce haleine? :
Avril, le parfum des dieux, Qui, des cieux,
Sentent l'odeur de la plaine ;
C'est toi, courtois et gentil, Qui d’exil
Retires * ces passagères,
Ces arondelles * qui vont, Et qui sont
Du printemps les messagères.
L’aubépine et l’aiglantin 5
Et le thym, L’œillet, le lys, et les roses, En cette belle saison,
À foison, Montrent leurs robes écloses 6.
Le gentil rossignolet?, | ei.
Doucelet, :
Découpe *, dessous ° l’ombrage, Mille fredons !° babillards,
Frétillards !!, | Au doux chant de son ramage…
Tu vois en ce temps nouveau L’essaim beau De ces pillardes avettes !? s
[A. Gypris : Vénus, déesse adorée dans l'ile de Chypre. — 2. Flair et haleine ont le même complément que grâce et ris. = 8. Retires, ramènes. — 4. Aron- 1 delles, hirondelles. — 5, Aiglantin, églantier. — 6. Écloses, ouvertes. — 7. Remy Belleau est de tous les poètes de la Pléiade celui qui a le plus abusé des diminutifs. — 8. Découpe, dessine, — 9. Dessous : voir p. 283, note 14. — 3 40. Fredons, voir p. 278, note 6. — 44. Frétillards, frétillants. -— 42. Avettes abeilles (du latin apicula, diminutif de apis).]
Voleter de fleur en fleur, Pour l’odeur !
Qu'ils ? mussent ? en leurs cuissettes.
Mai vantera ses fraicheurs, Ses fruits meurs“,
Et sa féconde rosée,
La manne, et le sucre doux, Le miel roux,
Dont sa grâce est arrosée.
Mais moi je. donne ma voix À ce mois Qui prend le surnom ? de celle f Qui de l’écumeuse mer Vit germer ° Sa naissance maternelle !°. (Remy Belleau, Bergeries, 1°° journée.)