‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 201 sur 532 · E AYI® SIE FRS Re RTE · texte numérisé non relu

E AYI® SIE FRS Re RTE

Hélas ! tout soupire entre nous, Tout y larmoie :

Comment donc en attendez-vous Un chant de joie?

Notre âme n’a plus de chanter Envie aucune,

Mais bien de plaindre et ne 1 Notreinfortune...

Las! il n’y a que la mort,, Que la mort dure, = Qui mette fin au déconfort ?

Qui nous torture.

Que si son javelot mortel Ne nous délivre,

Au deuil d’un tourment éternel Nous faudra vivre.

Car hélas ! qui se contiendra?

De faire plainte,

Lorsque de toi nous souviendra, Montagne sainte |

Or tandis qu’en son corps sera Notre âme enclose,

Israel jamais n’oubliera Si chère chose.

Nos enfants nous soient désormais En oubliance #, Si de toi nous perdons jamais à La souvenance. | sa

[4. Lamenter : employé ioi comme verbe transitif (voir p, 818, note &ÿ: Ce double emploi rappelle celui du verbe pleurer. — 2. Déconfort. découragement, — 3. Se contiendra, se retiendra. — 4. Oubliance, oubli.]

Notre langue tienne au gosier, Et notre dextre !

Pour les instruments manier Ne soit adextre?.

Que toujours notre nation Serve captive,

Si jamais j'oublie Sion Tant que je vive“.

(Robert Garnier, Les Juives, Acte IT.)

2° Pièces antiques.

La première tragédieS qui, selon le vœu de Ronsard et de Du Bellay, se soit inspirée de l'antiquité est la Cléopâtre de Jodelle (1553). Une anecdote connue souligne bien le caractère de cette résurrection grécolatine : après la représentation, Jodelle, escorté de ses amis, partit pour Arcueil; én route le joyeux cortège, rencontrant un troupeau, s’empara d’un bouc, qu’on décora de lierre et de bandelettes ; puis on promena l’animal dans la salle du festin, tandis qu’un poète de l’assistance, Ronsard où Baïf, éntonnait un paean. Cétte fête païenne fit scandale : Théodore de Bèze, de Genève où il était, accusa d’impiété Ronsard, qui se justifia dans sa Réponse aux injures et calomnies de je ne sais quels prédicäntereaux et ministreaux de Genève (publiée en 1563).

Ce théâtre antique avait été préparé par la traduction de nombreuses tragédies grecques : nous avons déjà signalé (p. 135, n. 1) la traduction de l’Electré de. Sophocle (153%) par Lazare de Baïf, celle d’Hécube par Guillaüme Bochetel (1545), celle d’Iphigénié à Aulis d'Euripide (1549) par Thomas Sébillet et celle d’Antigone de Sophocle (1573) par A. de Baïf.

Plus encore que des tragédies grecques, les auteurs dramatiques du xvi® siècle s’inspirèrent des tragédies de Sénèque, qui avaient le double avantage d’être écrites en latin (langue plus accessible que le grec) et d’être des pièces destinées à la lecture, non à la représentation (ce qui en rendait l’imitation plus commode).

[4. Dextre, main droite. — 2, Adextre, adroite. — 8. Oublie : compte pour trois syllabes dans le vers. — 4, Tant que je vive, tant que je vivrai,]

5, En 1544 Marc-Antoine Muret (1526:1585) avait bien déjà composé pour ses élèves du Collège de Guyenrie à Bordeaux sa tragédie de Jules César, mais elle était écrite en latin.

316* LE XVIe SIÈCLE:

À ces déux influences grecque et latine il faut ajouter celle de la littérature italienne, qui s’inspirait d’ailleurs elle-même des œuvres antiques. C’est ainsi, par exemple, que la Sofonisba de Trissino (représentée en 1516 et publiée en 1524), après avoir été traduite par Mellin de Saint- Gelais en 1548, fut imitée par Antoine de Montchrestien dans sa Sophonisbe (1596).

C’est sous cette triple influence grecque, latine, italienne, que s’est formée la tragédie antique de la Renaissance, dont la conception se trouve formulée dans plusieurs écrits théoriques : de Lazare de Baïf : Définition . de la tragédie (en tête de son Electre, 1537); de J.-C. Scaliger : Poétique (1561), où pour la première fois ont été définies d’après Aristote les règles de la tragédie classique et notamment la règle des trois unités (voir p: 603); de Jacques Grévin: Bref discours pour l'intelligence de ce théâtre (1562); d'André de Rivaudeau : Avant-Parler de la tragédie d'Aman (1566) ; de Jean de la Taille : De l’Art de la tragédie (en tête de la tragédie de Saül furieux, 1572); de Vauquelin de la Fresnaye : Art poétique (voir p. 304).

Voici quelles furent les principales tragédies du xvi° siècle, inspirées se de l’antiquité gréco-latine : .

Érienne Joneize! (1532-1573) : Cléopâtre captive (1552), en vers de dix syllabes; Didon se sacrifiant (1558), imitée de Virgile, en vers alexandrins.

Jacques GRÉvIN ? (1540-1570) : Jules César (1560), imité de la pièce latine de M.-A. Muret.

Jean pe LA Péruses (1530-1555) : Médée (1553), qu'il laissa manuscrile et qui était imitée de la Médée de Sénèque

Jacques DE LA Taizze* (1542-1562) : La mort de Daire (Darius), : 1560; La mort d'Alexandre, 1561. :

RoBerT Garnier ÿ (1534-1590), le plus grand poète dramatique du xvi® siècle, auteur de trois tragédies grecques et de trois tragédies

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4. Editions. — Les œuvres d'Étienne Jodelle (1574). — Œuvres de Jodelle, publiées par Marty-Laveaux (Collection de la Pléiade, 2 vol.). — Cléopâtre et Didon (au tome IV de l'Ancien Théâtre français, par Viollet-le-Duc).

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