IMPRÉCATIONS DE DIDON? A ENÉE
… Va, je nete tiens“ point ! Va, va, je ne réplique À ton propos, pipeur ÿ ; suis ta terre [talique. J'espère bien enfin (si les bons dieux, au moins, Me peuvent être ensemble et vengeurs et témoins), Qu'avec mille sanglots tu verras le supplice
Que le juste destin garde à ton injustice.
Assez tôt un malheur se fait à nous sentir ;
Mais, las ! toujours trop tard se sent un repentir. Quelque île plus barbare, où les flots équitables
Te porteront en proie aux tigres, tes semblables, Le ventre des poissons, ou quelque dur rocher, Contre lequel les flots te viendront attacher,
4. Antoine de Montchrestien est aussi l’auteur d’un Traité de l'Économie polilique (1615), réédité par Funck-Brentano en 1889 (voir P. Dessaix : Monichreslien et l'Économie polilique nationale, 1go1).
Editions. — Tragédies de Montchrestien, réimprimées par Petit de Julleville (1891, Bibliothèque elzévirienne). — La Reine d'Écosse, texte critique publié sous la direction de G. Michaut par les élèves de 2° année de l'Ecole Normale Supérieure (1905).
A consulter. — G. Lanson : Antoine de Monichrestien (Revue des Deux Mondes, 15 sept. 1891); Les sources historiques de la Reine d'Écosse (Revue Universitaire, 15 mai 1905).
[2 Didon, reine de Carthage. — 3. Enée, sur l’ordre des dieux, a quitté Carthage pour aller fonder un nouveau royaume en Italie, — 4, re retiens. — 5. Pipeur : voir p. 260, note 6. — 6. Suis, poursuis, cherche.]
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Ou le fond de ta nef, après qu'un trait de foudre
Aura ton mât, ta voile et ton chef? mis en poudre,
Sera ta sépulture, et mêmes en mourant
Mon nom entre tes dents on t'orra* murmurant,
Nommant Didon, Didon ; et lors, toujours présente,
D'un brandon infernal, d’une tenaille ardente,
Gomme si de Mégèref on m'avoit fait ' la sœur,
J’engraverai® ton tort dans ton parjure cœur !
Car, quand tu m'auras fait croître des morts le nombre,
Partout devant tes yeux se raidira mon ombre.
Tu me tourmentes : mais, en l’effroyable trouble
Où sans fin tu seras, tu me rendras au double
Le loyer ° de mes maux. La peine est bien plus grande
Qui‘® voit sans fin son fait : telle je la demande;
Et si les dieux du ciel ne m’en faisaient raison,
J'émouvrais, j'émouvrais l’infernale maison 11.
Mon deuil n’a point de fin. Une mort inhumaine
Peut vaincre mon amour, non pas vaincre ma haine ‘?
(Etienne Jodelle, Didon se sacrifiant,