‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 207 sur 532 · LA MORT DE MARIE STUARTS · texte numérisé non relu

LA MORT DE MARIE STUARTS

D'un aussi libre pied que son cœur était haut, Elle monte au coupeau° du funèbre échafaud ; Puis souriant un peu de l’œil et de la bouche : « Je ne pensais mourir en cette belle couche ‘; . Mais puisqu'il plaît à Dieu user ainsi de moi, Je mourrai pour sa gloire en défendant ma foi.

[4. Etéocle et Polynice, nés, comme Antigone et Ismène, d'OEdipe et de Jocäste.

— 2. Germains, nés du mème père et de la même mère. — 3. Je leur quitte, je

leur abandonne. — 4. Je n'y demande rien, je n’y prétends en rien. — 5. Héritage, bien (au sens d’héritage à léguer, et non pas d’héritage reçu). — 6. La tragédie de Garnier est imitée de l’Antigone de Sophocle (traduite par J. A. de Baïf) et des Phéniciennes de Sénèque, qui avait imité lui-même le début d'OEdipe à Colone de Sophocle et Les Phéniciennes d’'Euripide.]

7. Bien que cette tragédie soit du début du xvrre siècle, nous en donnons ici

un fragment, parce que Montchrestien se rattache plutôt aux écrivains drama-

tiques du xvr.

[8. Se conformant déjà à l’esthétique classique, Montchrestien, au lieu de

mettre sous les yeux des spectateurs la mort de son héroïne, en fait faire le récit

par la bouche d’un messager. — 9. Coupeau, sommet. — 40. Vers douloureuse-

ment ironique.]

Je conquête ‘ une palme en ce honteux supplice, Où je fais de ma vie à son nom sacrifice,

Qui sera célébrée en langage divers :

Une seule couronne en la terre je perds,

Pour en posséder deux en l’éternel empire,

La couronne de vie et. celle du martyre. »

Ces mots sur des soupirs elle envoyait aux cieux, Qui semblaient s’attrister des larmes de ses yeux. Mais soudain se peignant ? d’allégresse plus grande, Un père confesseur tout haut elle demande.

L'un * s’avance à l'instant, qui veut la consoler ; Elle, qui reconnaît à l'air de son parler

Qu'il n’est tel qu'elle veut, demeure un peu confuse : « Si peu donc de faveur, dit-elle, on me refuse ? C’est trop de cruauté de ne permettre pas

Qu'un prêtre catholique assiste à mon trépas : Mais, quoi que vous fassiez, je mourrai de la sorte Que mon instruction et ma croyance porte“. »

Ce dit, sur l’échafaud ployant les deux genoux, Se confesse elle-même, et refrappe trois coups

Sa poitrine dolente, et baigne ses lumières 5

De pleurs dévotieux 5 qui suivent ses prières,

Et tient tous ses esprits dans le ciel attachés, Pour avoir le pardon promis à nos péchés.

Son oraison ? finie, elle éclaireit sa face,

Par l'air doux.et serein d’une riante grâce,

Elle montra ses yeux plus doux qu'auparavant, Et son front s’aplanit comme l’onde sans vent ; Puis encore derechef® forma cette paro!e :

« Je meurs pour toi, Seigneur, c’est ce qui me console. À ta sainte faveur, mon Sauveur et mon Dieu,

Je recommande l’âme au partir° de ce lieu. »

[4. Je conquête : ce verbe conquêter a disparu, en laissant la place au verbe conquérir, — 2. Se peignant, prenant des couleurs (qui lui donnent un air d’allégresse plus grande). — 3. L'un, il y en a un qui. — 4. Porte, comporte (le verbe s'accorde ici avec un seul des deux sujets). — 5. Lumières, yeux (/umina). — 6. Dévotieux, pleins de dévotion (ce mot a vieilli). — 7. Oraison, prière. — 8. Derechef, de nouveau. — 9. Au partir : voir p. 355, note 14].

BRAUNSGHVIG. —— NOTRE LITTÉRATURE, 11

Puis tournant au‘! bourreau sa face glorieuse :

« Arme quand tu voudras ta-main injurieuse, Frappe le coup mortel, et d’un bras furieux

Fais tomber le chef? bas et voler l’âme aux cieux. » Il court, oyant® ces mots, se saisir de la hache,

Un, deux, trois, quatre coups sur son col il délâche ‘ Car le fer acéré moins cruel que son bras

Voulait d’un si beau corps différer le trépas :

Le tronc tombe à la fin, et sa mourante face

Par trois ou quatre fois bondit dessus la place.

(A. de Montchrestien, La Reine d’Ecosse.

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