‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 210 sur 532 · SEVERIN, FRONTIN · texte numérisé non relu

SEVERIN, FRONTIN

FronriN .— Quelles lamentations entends-je là ?

SEVERIN. — Que ne suis-je auprès de la rivière, afin de me noyer |

FronriN. — Je me doute que‘ c’est.

SEVERIN. — S1 j'avais un couteau, je me le planterais en l’estomac.

FroxriN. — Je veux voir s’il dit à bon escientf. Que voulez-vous faire d’un couteau, seigneur Severin ? Tenez, en voilà un |

SEVERIN. — Qui es-tu ? |

Frowrin. — Je suis Frontin. Me voyez-vous pas?

SevERIN. — Tu m'as dérobé mes écus, larron que tu es! Ça, rends-les-moiï, rends-les-moi, ou je t’étranglerai !

FronrTIN. — Je ne sais que vous voulez dire.

SEVERIN. — Tu ne les as pas, donc ?

FrontiN. — Je vous dis que je ne sais que c’est.

SEVERIN. — Je sais bien qu’on me les a dérobés.

Fronri. — Et qui les a pris?

SEVERIN. — Si je ne les trouve, je délibère® me tuer moimême.

FronriN. — Hé! seigneur Severin, ne soyez pas si colère.

SEVERIN. — Comment, colère? J’ai perdu deux mille écus®.

FRonTIN. — Peut-être que les retrouverez! ; mais vous disiez toujours que vous n’aviez pas un liard, et maintenant vous dites que vous avez perdu deux mille écus.

SEVERIN. — Tu te gabbes !! encor de moi, méchant que tues |

FRONTIN. — Pardonnez-moi.

[4. Manger mon sol, manger jusqu'à satisfaction de mon appétit. — 2. Comparer cette scène avec Plaute, Aulularia(IV, 9) et Molière, L'Avare (IV, 7).— 3. Frontin est le valet de Désiré, le fils de Séverin, qui a été adopté par son oncle Hilaire. — 4. Que, de ce que. — 5. Estomac, poitrine. — 6. S'il dit à bon escient, s’il parle sérieusement. — 7. Voir p. 324, note 9. — 8. Je délibère, je suis décidé à. — 9. Écus: voir p. 222, note 8. Liard: même page, note 5. — 10. Suppression fréquente du pronom. — 44. Tu te gabbes, tu te moques.]

DEVERIN. — Pourquoi donc ne pleures-tu ? 1,

FronriN. — Pour ce ! que ] "espère que les

Severin. — Dieu le veuille, à la charge de te donner rt bons sols !

Fronrix. — Venez diner. Dimanche, vous Les. free publier à au prône ? : quelqu'un vous les rapportera. | Fe

Severin. — Je ne veux plus boire ni Dee je veux mourir ou les trouver. :

FronrTix. — Allons, vous ne les trouvez pas pourtant, et si ne dinez pas. : &

SEVERIN. — Où veux-tu que j'aille? Au lieutenant-criminel 4 )

FronTiNx. — Bon!

SEVERIN. — Afin d’avoir commission de faire emprisonner tout le monde ?

Fronri. —— Encor meilleur ! Vous les retrouverez. Allons ; aussi bien ne faisons-nous rien ici. :

SEVERIN. — Îl est vrai, car encor que quelqu’ un de ceux-là © les eût, 1l ne les ride jamais. Jésus ! 4 il ya de larrons : en Paris ! , 4

FronriN. — N'ayez peur de ceux qui sont ici, j'en à réponds, + je les connais tous. à

SEVERIN. — Hélas ! je ne puis mettre un pied devant l’autre. 0 ma bourse | 3

FronTiN. — Hoo ! vous l’avez; je vois bien que vous. vous. s | moquez de moi. 4

SEVERIN. — Je l’ai voirement?; mais hélas ! elle est . elle était pleine !

FRonTIN. — Si ne voulez faire autre chose, nous serons ici jusques à demain. .

SEVERIN. — Frontin, aide-moi, je n'en puis plus. LA ma 4

bourse ! hélas ! ma pauvre bourse !

(Pierre Larivey, Les Esprits, Acte IL, scène vi.)

[4. Pour ce que, parce quai 2. Au prône: on faisait autrefois à l'é glice le dimanche les annonces qu'on fait aujourd’hui dans les villages au son du tambour … et par la voix du crieur public. — 3, Si, ainsi (tandis que vous cherchez inu- | tilement), — 4, Lieutenant-criminel, magistrat chargé de l'instruction des délits et … des crimes. — 5. Bon : c’est une bonne idée. — 6. Ceux-là : il désigne les

spectateurs (plaisanterie imitée de Plaute), — 7. Voirement, vraiment.]

VS

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