ODE AU ROI LOUIS XIII
Allant châtier la rébellion des Rochelois.
[Malherbe avait 72 ans quand il composa ces vers, en 1628, à l’occasion dela révolte des protestants dè la Rochelle, qui, avec l’aide des Anglais débarqués . dans l’île de Ré, voulaient proclamer la république dans leur ville.]
Donc! un nouveau labeur à tes armés s'apprête; Prends ta foudre, Louis, et va, comme un lion, Donner le dernier coup à la dernière tête?
De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au démon * de la France
Les fronts trop élevés de ces âmes d’enfer,
Et n’épargne contre eux, pour notre délivrance, Ni le feu ni le fer.
Assez de leurs complots l’infidèle malicet
À nourri le désordre et la sédition.
Quitte le nom de Juste 5, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines terniesf,
Et le centième avril les a peintes de fleurs,
Depuis que parmi nous leurs brutales manies?
Ne causent que des pleurs.
Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères, Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien, Que l’inhumanité de ces cœurs de vipères
Né renouvelle au $ tien ?
[4. Donc : début un peu brusque qui rappelle le début de la consolation à du Périer. — 2, La rébellion est implicitement comparée à l’hydre de Lerne, serpent fabuleux à sept têtes, qui repoussaient à mesuré qu’on les coupait, — 3. Démon (aiuwv), génie, divinité attachée à la destinée d’un individu, d'une ville ou d’un peuple. = 4, L'infidèle malice, la perfidie (malitia) des protestants infidèles au roi. — 5, Louis XIII avait été surnommé Louis le Juste. — 6. À . les plaines ternies, a terni les plaines (tour latin, très fréquent au xvie siècle et dans la 1e moitié du xvnie). = 7, Manies, folies (uov{x). — 8. Au tien, dans le . tien (la préposition à remplace souvent au xvn siècle la préposition dans).]
340 LE XVIIe SIÈCLE
Par qui sont aujourd’hui tant de villes désertes,
Tant de grands bâtiments en masures changés,
Et de tant de chardons les campagnes couvertes, Que‘ par ces enragés ?
Les sceptres devant eux n’ont point de privilèges ; Les Immortels? eux-même * en * sont persécutés ; à Et c'est aux° plus saints lieux que leurs mains sacrilèges
Font plus d’impiétés. 4
Marche, va les détruire ; éteins-en la semence, Et suis jusqu'à leur fin? ton courroux généreux", Sans jamais écouter ni pitié mi clémence
Qui te parle* pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître !°, Beau d’un soin assidu travailler à leurs forts, Et creuser leurs fossés jusqu’à faire paroître
Le jour entre les morts !?,
. Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre !? ; Il suffit que ta cause est ‘* la cause de Dieu, Et qu’avecque ‘* ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu
(Malherbe. 4
[. Par qui... que, par quels autres que (que — sinon). — 2, Les Immortels : les souvenirs de l'antiquité païenne interviennent souventdans les poèmes d’inspiration chrétienne de Malherbe. — 3. Eux-méme : même est ici employé comme adverbe, pour les besoins du vers. — 4. En: ce pronom, qui ne s'emploie plus aujourd’hui qu'en parlant des choses, était employé aussi au xvir siècle en parlant des personnes. — 5. Aux, dans les (voir p. 330, noté 8), — 6. Plus — le plus. — 7. Leur fin, leur anéantissement. — 8. Généreux, noble (generosus). — 9. Qui te parle — qui pourrait te parler (le verbe est au subjonctif et non à l'indicatif). — 40. Accroître, élever. — 44. Paroitre ‘ rimait alors avec accroître (la diphtongue oi se prononçait oué). — 42, Le jour entre les … morts : cette allusion aux enfers, qui détonne dans ce poème, est encore une trace … de la culture latine de Malherbe. — 13. Entreprendre : employé intransitivement dans le sens de tenter une entreprise, — 144. Est : l’indicatif est ici plus catégorique que ne le serait le subjonctif, aujourd’hui employé dans une tournure de ce
genre. — 45. Avecque : voir p. 335, note 3.]
… #13 bee y ant Ê :