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UNE BELLE VIEILLE

Chloris!, que dans mon cœur j'ai si longtemps servie, Et que ma passion montre ? à tout l'univers,

Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,

Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil * au bonheur où j'aspire : Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?

Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire Les divines clartés des yeux qui m'ont brûlé...

Ce n’est pas d'aujourd'hui que je suis ta conquête: : Huit lustres “ ont suivi le jour que Ÿ tu me pris,

Et j'ai fidèlement aimé ta belle tête

Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris...

Je sais de quel respect il faut que je t’honore,

Et mes ressentiments 5 ne l’ont pas violé.

Si quelquefois j'ai dit le soin? qui me dévore,

C'est à des confidents qui n’ont jamais parlé... es

L'âme pleine d'amour et de mélancolie,

Et couché sur des fleurs et sous des orangers, J'ai montré ma blessure aux deux mers d’ talie®, Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

[4. Chloris : les poètes du xvrnie siècle désignaient souvent par des noms grecs les femmes qu'ils célébraient (La Fontaine appellera Me de la Sablière Tris). — 2. Montre : ce mot avait plus de force qu'aujourd'hui (ma passion attire sur elle l'attention de tout l'univers). — 3. Elle était veuve. — 4. Lustre : espace de cinq ans. — 5. Que — dans lequel, où. — 6. Ressentimenis avait au xvne siècle le sens du mot simple sentiments Gil s’agit ici de son amour, qui à su jusqu'alors rester silencieux). — 7. Soin, souci (encore un mot qui était plus fort au xvne siècle). — 8. Maynard avait accompagné en Italie M. de Noailles, ambassadeur de France.] |

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