EXTRAIT DES LETTRES PATENTES! POUR LA FONDATION DE L’'ACADÉMIE
Louis, par la grâce de Dieu Roi de France et de, Navarre, à tous, présents et à venir, Salut.
.…. Notre très cher et très aimé cousin le Cardinal Duc de Richéliou Nous a représenté qu'une des plus glorieuses marques de la félicité d’un État était que les Sciences et les Arts y fleurissent et que les Lettres y fussent en honneur aussi bien que les Armes, puisqu'elles sont un des principaux instruments de la vertu; qu'après avoir fait tant d’exploits mémorables, Nous
n'avions plus qu’à ajouter des choses agréables aux nécessaires, et l’ornement à l'utilité, et qu'il jugeait que Nous ne pouvions
mieux commencer que par le plus noble de tous les arts, qui est l’'Eloquence? ; que la langue française, qui jusques à présent n’a que trop ressenti la négligence de ceux qui l’eussent pu rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que jamais de la: devenir, vu le nombre de personnes qui ont une connaissance particulière des avantages qu’elle possède et de ceux qui s’y peuvent encore ajouter; que, pour établir des règles certaines, il avait ordonné # une Assemblée, dont les propositions aient satisfait : si bien que, pour les exécuter et pour rendre le langage français non seulement élégant, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences, il ne serait besoin que de continuer ces conférences 5, ce qui se pourrait faire avec beaucoup de fruit, s’il Nous plaisait de les autoriser f, de permettre qu'il fût
[4. Les lettres patentes étaient, dans l’ancienne monarchie, des lettres scellées
du grand sceau de l'État, généralement destinées à conférer un titre ou un privilège. — 2. L'Eloquence, la littérature. (Ce sens, qu'avait parfois en latin le mot eloquentia, s'est conservé dans l'expression : chaire d’éloquence française). — 3. La : on dirait aujourd’hui le, le pronom neutre étant invariable, — 4, Ordonné, organisé. — 5. Conférences, voir p. 363, note 10. — 6. Autoriser, patronner.]