LES RÉUNIONS CHEZ CONRART
Environ l’année 1629, quelques particuliers logés en divers endroits de Paris, ne trouvant rien de plus incommode dans « cette grande ville que d’aller fort souvent se chercher les uns les ”
— L, Aucoc : L'Institut de France. Lois, statuts et règlements, 1035-1889 Le : Nation., 1889). — L'abbé À. Fabre : Chapelain et nos deux premières Acadèmies . (1890). — Émile Magne : Le plaisant abbé de Boisrobert, fondateur de l’Académie Française, 1592-1662 acèls du Mercure de France, 1909). — G. Boissier : L'Académie Française sous l'ancien régime (Hachette, 1909). —F. Masson : L'Aca- ” démie Française, 1629-1793 (Ollendorff, 1912). É
[4. Valentin Conrart (1603-1675), dont nous avons des lettres et des mémoires, X n’a presque rien publié, Ce qui fit dire à Boïleau :
J'imite de Conrart le silence prudent,
11 fut le premier Secrétaire perpétuel de l'Académie Française.l
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autres sans se trouver, résolurent de se voir un jour de la semaine chez l'un d’eux. Ils étaient tous gens de lettres, et d’un mérite fort au-dessus-du commun : M. Godeaut, maintenant évèque de Grasse, qui n’était pas encore ecclésiastique, M. de Gombauld?, M. Conrart, M. Giry*?, feu M. Habertt, commissaire de l’artillerie, M. l'abbé de Cérisy 5, son frère, M. de Serizay$, et M. de Malleville7. [ls s’assemblaient chez M. Conrart, qui s'était trouvé le plus commodément logé® pour les recevoir, et au cœur” de la ville, d’où tous les autres étaient presque également éloignés. Là, ils s’entretenaient familièrement, comme ils eussent fait en une visite ordinaire, et de toute sorte de choses, d’affaires, de nouvelles, de belles-lettres. Que si quelqu'un de la compagnie avait fait un ouvrage, comme il arrivait souvent, 1l le communiquait volontiers à tous les autres qui lui en disaient librement leur avis, et leurs conférences !° étaient suivies tantôt d’une promenade tantôt d’une collation qu'ils faisaient ensemble, Ils continuèrent ainsi trois ou quatre ans, et comme j ai oui dire à plusieurs d’entre eux, c'était avec un plaisir extrême et un profit incroyable. De sorte que, quand ils parlent encore aujourd’hui de ce temps-là et de ce premier âge de l’Académie, ils en parlent comme d’un âge d’or, durant lequel, avec toute l'innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autres lois que celles de l’ami=
[4. Antoine Godeau (1605-1672), parent de Conrart, fut surnommé à l'Hôtel de Rambouillet pour sa petite taille « le nain de la princesse Julie ». Il a écrit des vers aimables et un traité : La morale chrétienne. — 2. Jean Ogier de Gombauld (1570-1666), auteur d'un roman Endymion, d’une tragédie Les Danaïdes, d’une pastorale Amaranthe et de poésies diverses. Il avait composé un sonnet sur l'assassinat de Henri IV, qui lui valut une pension de Marie de Médicis. — 3. Louis Giry (1595-1665), avocat au Parlement, a fait des traductions d'auteurs grecs, latins et italiens. — 4, Philippe Habert, mort jeune en 1637 au siège du Château d’Ennery, entre Mons et Valenciennes, a laissé un poème Le Temple de la Mort. — 5. Germain Habert (1615-1655), abbé de Cérisÿ, est l’auteur d'une Vie du cardinal de Bérulle et de la Méiamorphose des yeux de Philis en astres. — 6. Jacques de Serizay (1590-1653), intendant de la maison du duc de la Rochefoucauld, n’a presque rien publié. — 7. Claude de Malleville (1597-1647), successivement secrétaire du maréchal de Bassompierre, du cardinal de Bérulle et enfin de Louis XIII, a collaboré à La Guirlande de Julie (voir p. 395)et a laissé un volume de poésies où se trouve le sonnet fameux : La Belle Matineuse (voir p: 398). — 8. Conrart était riche, — 9, Il habitait rue des Vieilles-Étuves, près de la rue Saint-Martin, — 40. Conférences, réunions.]
tié, ils goûtaient ensemble tout ce que la société des esprits et la .
vie raisonnable ont de plus doux et de plus charmant.
(Pellisson, Histoire de l’Académie Française,
éd. Livet, t. I. p. 8.)