‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 234 sur 532 · II. — SON ORGANISATION · texte numérisé non relu

II. — SON ORGANISATION

a) Son nom.

La nouvelle assemblée littéraire avait d’abord hésité entre plusieurs noms : Académie des beaux esprits, Académie de l'éloquence, Académie éminente. Elle finit par décider, le 20 mars 1634, de s'appeler Académie française. Ses membres, après avoir choisi le titre d’Académistes, prirent à partir du 12 février 1635 celui d’Académiciens. Saint-Evremond a conservé le titre primitif dans la comédie qu’il écrivit contre eux en 1643, et qui courut longtemps manuscrite avant d’être publiée en 1650 : Comédie des Académistes pour la réformation de la langue française.

b) Son recrutement.

Le nombre des académiciens avait été, dès le début, fixé à quarante. Mais l’Académie ne fut au complet qu’en 1639. Les premiers académiciens furent nommés par le roi, et l’on adopta pour leur renouvellement le mode de coéptation : quand un académicien meurt, ses collègues désignent eux-mêmes son remplaçant au moyen d’un vote.

Des quarante premiers académiciens, les plus connus, on peut dire les seuls connus aujourd’hui, sont Chapelain, Conrart, Godeau, Gombauld,

JL. Règlements et Statuts : les statuts sont les principes généraux qui président à l'établissement d’une société, les règlements sont les dispositions particulières qui en organisent le fonctionnement, — 2. Police : discipline intérieure. — 3. À ces causes, pour ces raisons.

Re RTE

Malleville, Boisrobert, Desmarets de Saint-Sorlin, Maynard, Colletet, |

Gomberville, Saint-Amant, Racan, Balzac, Vaugelas, Voiture.

c) Son siège.

, 0 CET SAONE 4 Jusqu’en 1643 l’Académie n’eut pas de siège fixe : on se réunissait,

tantôt chez un académicien, tantôt chez un autre. Quand Richelieu mourut (1642), le chancelier Séguier offrit aux académiciens son Hôtel : ils s’y assemblèrent de 1643 à sa mort, en 1672. C’est alors que Louis XIV

installa l’Académie au Louvre, où elle resta jusqu’à sa suppression, en.

1793, sous la Terreur (en 1795 la Convention créa l’Institut de France).

d) Fauteuils académiques.

On parle toujours des « fauteuils » des académiciens: Et, au xix® siècle, Arsène Houssaye écrira l’Histoire du quarante et unième fauteuil (1855), fauteuil imaginaire, dans lequel il fait successivement s’asseoir tous les grands écrivains {, qui auraient mérité d'entrer à l’Académie et n’y entrèrent pas. Mais, en réalité, pendant tout Le xvrre siècle, il n’y eut de fauteuils que pour le Directeur, le Chancelier et le Secrétaire perpétuel.

C’est en 1713 seulement qu’à la suite d’une réclamation des cardinaux on

décida de donner des fauteuils à tous les académiciens.

e) Registres des séances.

Les registres des séances de l’Académie Française, que nous possédons et qui ont été publiés, commencent en 1672, date de l'établissement du protectorat royal et de l’installation de l’Académie au Louvre. On a prétendu que les registres antérieurs auraient été prêtés à Pellisson pour lui

permettre de composer son Histoire de l’Académie, et auraient disparu

avec ses papiers personnels, lorsque, impliqué dans le procès de Fou-

quet ?, il fut enfermé à la Bastille. Mais son Histoire de l’Académie parut.

4. Tel Molière, que l’Académie regretta plus tard de n'avoir pas compté au nombre de ses membres, et dont le buste, œuvre du sculpteur Houdon, fut

offert en 1778 par d’Alembert et mis dans la salle des séances avec cette ins-

cription de l’académicien Saurin :

Rien ne manque à sa gloire, il manquait à la nôtre.

2. Paul Pellisson (1624-1693) avait été commis principal du surintendant de 1653 à 1661 et, à ce titre, enveloppé dans sa disgrâce. Il défendit Fouquet dans d’éloquents et courageux mémoires : Discours au Roi par un de ses fidèles sujets sur le procès de M. Fouquet ; Seconde défense de M. Fouquet; Considérations sommaires sur le procès de M. Fouquet; Suite de ces considérations. Il fut emprisonné pendant cinq ans de 1661 à 1666 (an connaît l’anecdote de l’araignée qu'il

en 1652 et son emprisonnement eut lieu neuf ans plus tard : on aurait donc pu dans l'intervalle lui réclamer les documents. Et d’ailleurs les registres postérieurs à sa captivité sont également perdus. Il est plutôt probable que dans la période entre 1634 et 1672 Conrart, le Secrétaire perpétuel de l’Académie, a tenu les registres avec négligence et n’a pas eu soïn de les conserver.

f) Elections.

Les élections à l’Académie eurent d’abord lieu au scrutin ouvert ; mais, à la demande de Charles Perrault, elles furent ensuite faites au scrutin secret. Elles étaient soumises à l’approbation du roi, qui manifesta notamment son hostilité à l’égard de La Fontaine. Celui-ci ayant été élu contre Boileau en novembre 1683, Louis XIV mécontent interdit de le recevoir. Maïs, le 15 avril 1684, Boileau à son tour fut élu : « Vous pouvez, dit alors Île roi, recevoir M. de La Fontaine ; il a promis d’être sage. »

Les élections à l’Académie ont souvent donné lieu à des cabales, dont les échos nous sont parvenus dans les épigrammes composées contre les

candidats. Voici par exemple, celle que les académiciens trouvèrent sur

leur table le jour de la réception de La Bruyère :

Quand, pour s’unir à vous, Alcippe se présente, Pourquoi tant crier haro P Dans le nombre de quarante Ne faut-il pas un zéro ?

ou encore celle qui salua l’élection de La Condamine en 1731 : q 7

La Condamine est aujourd’hui

Reçu dans la troupe immortelle.

Il est bien sourd : tant mieux pour lui ; Mais non muet : tant pis pour elle.

g) Discours de réception.

C’est à Olivier Patru ! qu’on doit l'institution des discours de réception. « M. Patru, dit Pellisson dans son Histoire de l’Académie, entrant à

éleva dans son cachot). Il fut ‘plus tard historiographe du roi et écrivit une Histoire de Louis XIV jusqu'à -la paix de Nimègue.

A consulter. — F. L. Marcou : Étude sur la vie et les œuvres de Pellisson (1859).

4. Olivier Patru (1604-1681), avocat au Parlement de Paris, est surtout connu par ses plaidoyers, qui eurent le mérite de ramener l’éloquence judiciaire de eë temps au naturel et à la simplicité. Il fut l'ami de La Fontaine, auquel ül

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la Compagnie, le 3 septembre 1640, y prononça un fort beau remercie ment, dont on demeura si satisfait qu’on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d’en faire autant. » Ces discours, d’abord peu étendus e prononcés à huis clos, prirent plus d'importance à partir du jour où, — sur l’intervention de Charles Perrault, à qui revient ainsi l'honneur dé deux innovations dans les usages de l’Académie, — les réceptions devinrent publiques (1672). Ils ont toujours été consacrés en principe à faire l'éloge du prédécesseur et celui des fondateurs et protecteurs de l'A cadémie. Mais quelques écrivains, au xvri° et au xyrn siècle, rompirent avec cette coutume : Bossuet, en 16791, prit pour sujet L'institution de l’Académie et ne dit pas un mot de l’académicien, auquel il succédait, M. du Chastelet ; Fénelon et La Bruyère, entrés à l’Académie la même année (1693), jugèrent dans leurs discours de réception les auteurs contemporains, le premier en ne parlant que des morts, le second en parlant même des vivants ; Voltaire, en 1746, traitera De l'influence de la poésie sur le génie des langues; et Buffon, en 1753, prononcera son fameux Discours sur le style.

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