GOMBERVILLE
Le roi sera toujours ce que le roi doit être, Et ce n’est pas un mot qui le rend notre maître. GoMBAULD *.
Beau titre que le car au suprême pouvoir, Pour prescrire aux sujets la règle et le devoir ! Des Marers.
Je vous connais, Gombauld : vous êtes hérétiquef, Et partisan secret de toute République.
GoMBAuLD.
Je suis fort bon sujet, et le serai toujours, Prêt? de mourir pour car, après un tel discours. Des Marers.
Du car viennent les lois : sans car, point d'ordonnance : Et ce ne serait plus que désordre et licence. GoMBAULD.
Je demande pardon, si trop mal à propos J'ai parlé contre un mot qui maintient le repos...
[4. Gomberville: voir p. 479. — 2. Gomberville n’aimait pas se servir de car et prétendait n'avoir jamais employé ce mot dans les cinq volumes de son roman de Polexæandre : on lui montra qu’il s'y trouvait trois fois. — 3, Desmarets de Saint-Sorlin, Chancelier de l’Académie (voir p. 815, note 1). — 4. Voir p. 375, note 7. — 5. Sur Gombauld voir p. 363, note 2. — 6. Gombauld était protestant. — 7. Prêt de: voir p. 375, note 5.] À
© LE XVIR SIÈCL
M. Le CHANCELIER‘.
Laissez le car en paix : il n'en faut plus parler.
Des Marers.
Puisque car est sauvé, laissons le reste en paix, Et faisons une loi, qui demeure à jamais :
« Les auteurs on bles pour régler le langage Ont enfin décidé dans leur aréopage? :
Voici les mots soufferts, voici les mots cassés... » Monsieur de Serisay, c’est à vous : Prononcez.
SERISAY .
Grâce à Dieu, compagnons, la divine assemblée
À si bien travaillé que la langue est réglée.
Nous avons retranché ces durs et rudes mots, Qui semblaient introduits par les barbares Goths# ; Et, s’il en reste aucun en faveur de l'usage,
Il sera désormais un méchant personnage.
« Or, qui fit l’important, déchu de tous honneurs, Ne pourra plus servir qu'à de vieux raisonneurs. Combien que, pour ce que font un son incommode, Et d’autant et parfois ne sont plus à la mode.
Il conste$, il nous appert sont termes de barreau ; Mais le plaideur français aime un air plus nouveau. Il appert était bon pour Cujas et BartoleT.
Il conste ira trouver le Parlement de Dôle,
Où, malgré sa vieillesse, il se rendra commun, Par les graves discours de l’orateur Lebrun.
[4. Le chancelier Séguier (voir p. 350, note 4). — 2. Aréopage, réunion de
gensisavants. (L'Aréopage était dans l’antiquité le tribunal suprême d'Athènes). — 3. Serizay (voir p. 363, note 6), Directeur de l’Académie. — 4, Le xvire siècle, dans son ignorance et son mépris du moyen âge, attribuait aux Goths l’architecture gothique. De là à leur attribuer aussi l'introduction de certains mots dans la langue il n'y a qu'un pas. — 5. Aucun, quelqu'un. — 6. 11 consle, il nous appert: vieux mots qui signifiaient « il est certain, il nous paraît évident ». — 7. Cujas est un jurisconsulte français du xvie siècle, Bartole un jurisconsulte italien du xrve siècle. —8. M. Le Brun, procureur général au Parlement de Dôle, s’en servait toujours (voir Dictionnaire de Bayle, article Brun).]