‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 248 sur 532 · I. — L'HOTEL DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

I. — L'HOTEL DE RAMBOUILLET

Catherine de Vivonne (1588-1665) était la fille de Jean de Vivonne, marquis de Pisani, ambassadeur de France à Rome, et de Julia Savelli, qui appartenait à une grande famille romaine. Elle épousa en 1600 Charles d’Angennes, devenu plus tard marquis de Rambouillet. Dès 1608 elle se retire chez elle et commence à recevoir. En 1617 elle fait reconstruire, d’après un plan {rès original pour l’époque, son hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre. C’est de 1620 à 1645 que s'étend la période la plus brillante de son salon, où la première elle eut l’idée de grouper de grandes dames et des seigneurs en même temps que des hommes d’église et des hommes de lettres.

Parmi les gens qui fréquentèrent ce salon au cours de sa longue existence il faut surtout citer, comme femmes : la princesse de Montmorency, la duchesse de la Trémouille, la duchesse de Longueville, Mie Angélique Paulet (surnommée la lionne à cause de sa chevelure fauve), Mie de Vigean, Mie de Coligny, M1e de Scudéry, la marquise de Sablé, Mme de Sévigné, Mme de la Fayette... ; comme grands seigneurs : le marquis de Vigean, le prince de Marcillac duc de la Rochefoucauld, le maréchal de Souvré, le prince de Condé et son fils le duc d’Enghien de Grand Condé), le duc de Montausier... ; comme ecclésiastiques : Richelieu, évêque de Luçon, le cardinal de la Vallette, l’abbé Antoine Godeau (surnommé pour sa petite taille le nain de la princesse Julie), futur évêque de Grasse, l’abbé Cotin, Bossuet lui-même... ; comme écrivains Malherbe, Racan, Conrart, Vaugelas, Chapelain, Segrais, Voiture (sur-

4. Voir Gustave Reynier : Le roman sentimental avant l'Astrée (Colin, 1908 ; 2€ partie, chap. nu: Les premiers cercles mondains après la pacification de Henri IV,

LE XVIIe SIÈCLE

nommé l'âme du rond), Balzac, Georges de Scudéry, Guillaume Colletet, Ménage, Mairet, Isaac Benserade, Jean de Gombauld, Jean-Françoi Sarrazin, Claude de Malleville, Scarron, Rotrou, Corneille :.…

La grande nouveauté de la vie mondaine, inaugurée à l'Hôtel de Rambouillet, est qu’on y prise par-dessus tout les plaisirs de l'intelligence ?. On y écoutait des lectures : des lettres de Balzac ou de Voiture, la Sophonisbe de Mairet, La Guirlande de Julie (voir p. 395), le Polyeucte de Corneille, dont le caractère religieux ne plut d’ailleurs pas. On assistait u à des improvisations : Bossuet, âgé de seize ans, vint un soir y précher vers minuit (ce qui fit dire à Voiture qu’on n'avait jamais entendu pré- … cher ni si tôt ni si tard). On prenait parti dans des querelles poétiques, soit entre Voiture et Malleville à propos de leurs sonnets La Belle Matineuse (voir p. 397), soit entre Voiture et Benserade à propos du sonnet à Uranie et du sonnet de Job (voir p. 398). Mais le passe-témps le plus … ordinaire était la conversation, dont le plaisir, disait Mile de Œ “1 « est le plus grand de la vie a presque le seul.

Tant que prédomina à l'Hôtel de Rambouillet l’autorité de la marquise, le bon goût ne cessa d’y régner. C’est en pensant à cette belle période du salon de Catherine de Vivonne que Saint-Simon a pu dire :

« L'Hôtel de Rambouillet était, dans Paris, une espèce d’Académie de | beaux-esprits, de galanterie, de vertu et de science ; car toutes ces choses-

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