‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 274 sur 532 · PE · texte numérisé non relu

PE

temporains : Mandane (Me de Longueville), Cléomire (la marquise de Rambouillet), Damo (Ninon de L’Enclos), Sapho (Mie de Scudéry), Parthénie (Mme de Sablé), Elise (Angélique Paulet), Lyrianne (Mme Scarron), Clarinte (Mme de Sévigné), Cyrus (le Grand Condé), Callicrate

(Voiture), Mégabate (le duc de Montausier), Scaurus (Scarron), Amilcar d

(le poète Sarrazin).….

Le portrait finit même par se constituer en genre indépendant. C’est ainsi que Segrais eut l’idée de réunir les portraits composés dans le salon!

de Mie de Montpensier, d’abord sous ce simple titre : Divers portraits à

recueillis en l'année 1659, puis la même année sous cet autre : Recueil des portraits et éloges en prose dédiés à S. A. R. Mademoiselle formant un volume de 912 pages, et enfin, en 16638, sous ce titre définitif : La Galerie des Peintures ! ou Recueil des portraits et éloges en vers et en prose, contenant les portraits du Roi, de la Reine, des princes, princesses, duchesses, marquises, comtesses et autres seigneurs et dames les plus illustres de France ; la plupart composés par eux-mêmes, dédiés à S. A. R. Mademoiselle. Sorhaize a inséré aussi des portraits dans son Grand Dictionnaire des Précieuses (1660). *

Il y avait trois sortes de portraits : des portraits imaginaires reproduisant les traits de personnes réelles (tels ceux des romans de Mie de Scudéry) ; des portraits de personnages réels dépeints sous leur vrai nom, par exemple : celui du cardinal de Retz par La Rochefoucauld (voir p. 465), celui de La Rochefoucauld par le cardinal de Retz (voir p. 434), celui de M®e de Sévigné par Mme de La Fayette (voir p. 447), celui de

Fénelon (voir p. 559) et du duc de Bourgogne (voir p. 745) par. Saint-

Simon) ; des portraits faits par les intéressés eux-mêmes, comme celui de la Rochefoucauld (voir p. 433) ou celui de Mie de Montpensier cité plus loin. Tous ces portraits, naturellement flatteurs, étaient à la fois physiques et moraux; mais il faut remarquer que les portraits physiques manquaient en général de précision, notamment les portraits de femmes.

Chez La Bruyère — dernière transformation du genre — les portraits, d’individuels qu’ils étaient, deviennent généraux, à part de très rares exceptions (par exemple, le portrait d’Æmile qui est celui du Grand Condé). La malignité publique ne manqua d’ailleurs pas, dès la publication des Caractères, de mettre des noms propres sous presque tous les portraits de La Bruyère ; et c’est même ce qui contribua d’abord le plus au succès de l'ouvrage. Il fallut que, dans la préface de son Discours de réception à

as —

l'Académie, La Bruyère protestät contre les listes qu’on appelait des clefs : :

« fausses clefs, disait-il, et qui sont aussi inutiles qu’elles sont injurieuses

4. Voir l’édition d'Édouard de Barthélemy : La Galerie des portraits de Me de Montpensier (Didier, 1860).

Tous T6 LE NV IDC

aux personnes dont les noms s’y voient déchiffrés, et à l'écrivain qui est la cause, quoique innocente. »

La Done a porté à la perfection le genre du portrait. Il cruelle à dépeindre l'apparence extérieure des personnages, en les plaçant dans

des circonstances et des milieux divers, et à approfondir peu à peu sa peinture par une étude psychologique de plus en plus pénétrante.

Page 1