‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 276 sur 532 · PENSE · texte numérisé non relu

PENSE

[4. Au levé (du roi) : on écrivait alors indifféremment levé ou lever. — 2. Ri … dicule : adjectif employé comme substantif. — 3. Se barbouille, se rend ridicule. — 4. Essuyer, subir. — 5. Chaise, chaise à porteurs (dont l'usage s'est répandu

partir de 1650).]

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LA LITTÉRATURE MONDAINE Dans les propos qu'il tient, on ne voit jamais goutte, Et ce n'est que du bruit que tout ce qu'on écoute.

Ercrante, à Philinte.

Ce début n’est pas mal ; et contre le prochain La conversation prend un assez bon train.

CLITANDRE

Timante encor, Madame, est un bon ? caractère.

CÉLIMÈNE

C’est de la tête aux pieds un homme tout mystère, Qui vous jette en passant un coup d'œil égaré, Et, sans aucune affaire, est toujours affairé. Tout ce qu'il vous débite en grimaces ? abonde ; A force de façons“, il assomme le monde ; Sans cesse 1l a, tout bas, pour rompre l'entretien,

Un secret à vous dire, et ce secret n’est rien ;

De la moindre vétille il fait une merveille, Et jusques au bonjour il dit tout à l’oreille $.

ACASTE

Et Géralde, Madame ?

CÉLIMÈNE

O l’ennuyeux conteur !

Jamais on ne le voit sortir? du grand seigneur, Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse, Et ne cite jamais que duc, prince ou princesse : La qualité l’entête* et tous ses entretiens Ne sont que de chevaux, d'équipage !° et de chiens ; Il tutaye ‘! en parlant ceux du plus haut étage !?, Et le nom de Monsieur est chez lui hors d'usage.

[4. Le portrait de Damon rappelle celui d’Acis, le diseur de phébus, dans La

Bruyère (chap. De la société et de la conversation). — 2. Bon : au sens ironique. — 3. Grimaces, feintes. — 4. Façons, manières affectées. — 5. Rompre : le verbe simple remplace ici le verbe composé ‘interrompre. — 6. Le portrait de Timante

peut être rapproché de celui de Théodote, dans La Bruyère (chap. De la cour). — 7. Sortir du grand seigneur, cesser de vous parler des grands seigneurs (qu'il fréquente). — 8. Commerce, relations mondaines. — 9, La qualité l’entête, il est entiché de qualité. — 10. D'équipage, d'équipage de chasse. — 44, Tutaye : il y avait au xvusiècle les deux formes tutayer et tutoyer. —142. Ceux du plus hautétage, les grands.]

CLITANDRE

On dit qu’avec Bélise il est du dernier bien.

CÉLIMÈNE

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien | Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre :

Il faut suer ? sans cesse à chercher que lui dire,

Et la stérilité de son expression

Fait mourir * à tous coups la conversation.

En vain, pour attaquer “ son stupide silence, : De tous L lieux communs vous prenez l'assistance : Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt. Cependant sa visite, assez Ÿ insupportable,

Traîne en une longueur encore épouvantable ;

Et l’on demande l'heure, et l’on bâlle vingt fois, Qu'elle grouille f aussi peu qu’une pièce de bois.

A CASTE

Que vous semble d’Adraste ?

CÉLIMÈNE

Ah ! quel orgueil extrême | C'est un homme gonflé de l’amour de soi-même...

CLITANDRE

Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd’hui Nos plus honnêtes gens, que dites-vous de lui?

CÉLIMÈNE

Que de son cuisinier il s’est fait un mérite, 4 Et que c'est à sa table à qui’ l’on rend visite.

[4. Il est du dernier bien : expression précieuse qui signifie « il a des rapports étroits d'amitié ». — 2. Suer: Célimène aime employer des expressions populaires. — 3. Fait mourir la conversation : métaphore de la langue précieuse signalée par Somaize dans son Dictionnaire, — 4, Aitaquer, prendre l'initiative de la conversation. — 5. Assez : a le sens d’un superlatif. — 6. Grouille : voir note 2. — 1. À qui:on dirait aujourd’hui que ; mais dans les phrases commençant par c'est on employait souvent au xvne siècle un relatif précédé d’une préposition ; à noter aussi l'emploi, alors très fréquent, de qui se rapportant à un nom de chose,] À

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ELIANTE.

Il prend soin d'y servir des mets fort délicats.

CÉLIMÈNE

Oui; mais je voudrais bien qu'il ne s’y servit pas. C’est un fort méchant! plat que sa sotte personne, Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu’il donné. PHiiNTE.

On fait assez de cas de son oncle Damis :

Qu'en dites-vous, Madame ?

CÉLIMÈNE

Il ést de mes amis.

Parinre.

Je le trouve honnête? homme, et d'un air assez sage. CÉLIMÈNE.

Oui ; mais il veut avoir trop d’esprit, dont? j'enrage ; Il est guindé * sans cesse ; et dans tous ses propos, On voit qu’il se travaille ® à dire de bons mots.

ACASTE

Dieu me damne®, voilà son portrait véritable.

CLITANDRE

Pour bien peindre les gens vous êtes admirable. (Molière, Le Misanthrope, Acte IF, Scènerv.)

[4. Méchant, matvaïs. — 2, Honnête homme : voir p. 205, note 14. — 3. Dont — ce dont. — 4, Il est quindé, il s'efforce de paraître au-dessus de ce qu'il est. — 5, Se travaille à, fait des efforts pour. — 6. Dieu me damne : formule qui pour être comprise doit être complétée ainsi « que Dieu me damne, s’il n'est pas vrai, comme je le dis, que... ».]

424 LE XVIIe SIÈCLE

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