‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 277 sur 532 · I. — ANNE D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

I. — ANNE D’AUTRICHE

[Des deux portraits d'Anne d'Autriche que voici, le premier (à la date de

1658), de Mme de Motteville, est un portrait physique, le second (à la date de 1649), du cardinal de Retz, un portrait moral.]

Elle est grande et bien faite ; elle a une mine douce et majes-

tueuse qui ne manque jamais d'inspirer dans l’âme de ceux qui q que ] P qui

la voient l’amour et le respect. Elle a été l’une des plus grandes

beautés de son siècle, et présentement‘ il lui en reste assez pour en? effacer des jeunes qui prétendent avoir des attraits. Ses yeux

sont parfaitement beaux ; le doux et le grave s’y mélent agréa-

blement.. Ses mains, qui ont reçu des louanges de toute l’Europe, qui sont faites pour le plaisir des yeux, pour porter un sceptre et pour être admirées, joignent V’adresse avec une extrême blancheur.

(M"° de Motteville, Mémoires pour servir à l’histoire d'Anne d'Autriche.)

La reine avait, plus que personne que j'aie jamais vue, de. cette sorte d'esprit qui lui était nécessaire pour ne pas paraître

sotte à ceux qui ne la connaissaient pas. Elle avait plus

d’aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de manières que de fond, plus d’inapplication à l'argent que de libéralité, plus de Hbéralité que d'intérêt, plus d'intérêt

que de désintéressement, plus d’attachement que de passion, plus

de dureté que de fierté, plus de mémoire des injures que des

bienfaits, plus d'intention de piété que de piété, plus d’opiniätreté que de fermeté, et plus d’ incapacité que de tout ce que 1) al dit ci-dessus.

(Le Cardinal de Retz, Mémoires, IIe Hits)

[4. Elle avait alors 56 ans. — 2. En, avec ce qui lui reste de beauté.]

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Il. — La pucnesse DE LONGUEVILLE.

[La duchesse de Longueville, sœur du Grand Condé, avait vingt-huit ans, lorsque Mne de Motteville a tracé d’elle ce portrait, en 1647.]

Elle avait la taille admirable, et l'air de sa personne avait un agrément dont le pouvoir s’étendait même sur notre sexe. Il était impossible de la voir sans l’aimer et sans désirer de lui plaire. Sa beauté néanmoins consistait plus dans les couleurs de son visage que dans la perfection de ses traits. Ses yeux n'étaient pas grands, mais beaux, doux et brillants, et le bleu en était admirable : 1l était pareil à celui des turquoises. Les poètes ne pouvaient jamais comparer qu'aux lys et aux roses le blanc et l’incarnat qu’on voyait sur son visage ; et ses cheveux blonds et argentés, et qui accompagnaient tant de choses merveilleuses, faisaient qu'elle ressemblait beaucoup plus à un ange, tel que la faiblesse de notre nature nous les fait imaginer, que non pas! à

une femme. | (Mr: de Motteville, Mémoires.)

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