‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 284 sur 532 · CLEAN SIÈCLE · texte numérisé non relu

CLEAN SIÈCLE

riété des esprits, des goûts et des sentiments, je suis étonné de.

voir jusques à sept ou huit personnes se rassembler sous un même

toit, dans une même enceinte et composer une seule famille. (De l'homme.)

Les hommes ont tant de peine à s'approcher sur les affaires, sont si épineux sur les moindres intérêts, si hérissés de difficultés, veulent si fort tromper et si peu être trompés, mettent si haut ce qui leur appartient, et si bas ce qui appartient aux autres, que ] ‘avoue que je ne sais par où et comment se peuvent conclure les mariages, les contrats, les acquisitions, la paix, la trêve, les traités, les alliances.

(De l’homme.)

Rien n'engage tant un esprit raisonnable à supporter tranquil- |

lement des parents et des amis les torts qu’ils ont à son égard, que la réflexion qu'il fait sur les vices de l’humanité, ét combien il est pénible aux hommes d’être constants, généreux, fidèles,

d’être touchés d’une amitié plus forte que leur intérêt. Comme :

il connaît leur portée, il n’exige point d’eux qu'ils pénètrent les corps, qu'ils volent dans l'air, qu'ils aient de l'équité. Il peut haïr les hommes en général, où il y a si peu de vertu; mais il

excuse les particuliers, il les aime même par des motifs plus re=

levés, ét il s’étudie à mériter le moins qu'il se peut une pareïlle

idulgedte (De l’homme.)

Ce pessimisme de La Bruyère, — auquel ont dû l’incliner et sa sensi-

bilité très vive, qui lui a toujours fait offrir dans la vie plus de prise à la

douleur qu’à Sas joie, et sa tournure d’ esprit ar qui l’a disposé à

voir dans l’homme plutôt le mal que le bien, — n’est d’ailleurs pas défi-

nitif. Car, d’une part, si la vie est mauvaise, il la regarde, étant chrétien, comme une épreuve passagère, au terme de laquellé commence une autre vie qui en est la justé compensation. Et, d'autre part, si les hommes sont méchants, il ne désespère pas, en moraliste qu'il est, de les voir s’amé-

liorer peu à peu. Sans se faire de grandes illusions sur leur degré de per.

fectibilité, 1l affirme du moins dans la préface des Caractères et plus nettement encore dans le 1° chapitre son intention moralisatrice :

T1 (le public) peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d’après nature, et s’il se connaît quelques-uns des défauts

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que je touche, s’en corriger. C’est l’unique fin que l’on doit se proposer en écrivant, et le succès aussi que l’on doit moins se promettre. Mais comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher : ils seraient peut-être pires, s'ils venaient à manquer de censeurs ou de critiques ; c’est ce qui fait que l’on prêche et que l’on écrit. (Préface des Caractères.)

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule. S'il donne quelque tour à ses pensées, c’est moins par une vanité d'auteur que pour mettre une vérité, qu'il a trouvée, dans tout le jour nécessaire pour faire l’impression qui doit servir à son dessein. Quelques lecteurs croient néanmoins le payer avec usure s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son livre, et qu'il y a de l'esprit ; mais il leur renvoie tous leurs éloges, qu’il n’a pas cherchés par son travail et par ses veilles. Il porte plus haut ses projets et agit pour une fin plus relevée : il demande des hommes un plus grand et plus rare succès que les louanges, et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs,

(Chap. 1: Des ouvrages de l'esprit.)

C’est à la fois par cette inspiration chrétienne (voir, pour le chapitre Des esprits forts, p. 592-594) et par cette préoccupation morale, — en même temps d’ailleurs que par son absence d’esprit systématique et la présence dans les Caractères d’une grande part de satire sociale (voir p. 853- 861), — que La Bruyère se distingue de La Rochefoucauld.

IT. — LA CORRESPONDANCE. Ar

1° Le genre épistolaire au XVII: siècle.

Le développement de la correspondancé au xvn siècle provient du développement même de la vie de société, la lettre n'étant que le prolongement de la causerie, une conversation à distance, Ce genre fut très goûté à l'Hôtel de Rambouillet, Deux causes en ont favorisé les progrès : l’état des moyens de communication et la rareté des journaux.

ue" LE XVIIe SIÈCLE :

a) Moyens de communication.

En général, les moyens de communication, s’ils sont trop perfection nés, nuisent à la correspondance en la rendant banale, cet, s’ils sont trop oataits lui nuisent aussi en la rendant incommode. Or, au xvrre siècle, on peut dire qu’il n’y en avait justement ni trop ni FoB peu. Les moyens de communication étaient beaucoup moins difhciles qu'aux siècles précédents : le service des postes s’améliora peu à peu sous Louis XII et Louis XIV, grâce à la réglementation de la taxe pour le port des lettres en 1627, à l’installation des bureaux de dépêches dans les principales villes, à l’organisation des courriers ordinaires et extraordinaires, à V’établissement de la petite poste à Paris par Mazarin, à l’introduction en 1653 des billets de Port-Payé, sortes de timbres-poste. Mais ils n’étaient pas encore aussi faciles que de nos jours : de Paris aux principales villes du royaume 1l n’y avait que deux ordinaires par semaine, et un seul de Paris aux villes moins importantes ; quelques extraordinaires s’ajoutaient il est vrai aux ordinaires ; les uns et les autres étaient d’ailleurs assez lents, puisqu’une lettre mettait cinq jours pour aller de Paris à Marot et dix de Bretagne en Provence. Ainsi, espoir d’une réponse peu éloignée entretenait le goût d’écrire, et la nécessité d'attendre assez longtemps chaque courrier pour faire partir les lettres permettait de les rédiger à loisir avec plus de soin.

b) Journaux”.

Les journaux, qui commencent à peine à naître au xvn® siècle, sont encore bien rares. Sans parler des journaux d’un caractère spécial, — comme La Muse Historique de Jean Loret, qui, pour amuser Mie de Longueville, sa protectrice, raconte en vers les menus événements de chaque semaine (1650-1665), Le Journal des Savants, fondé en 1665 par le sieur d'Hédouville (Denis de Sallo, conseiller au Parlement de Paris), ou Les Nouvelles de la République des Lettres, rédigées par Bayle de 1684 à 1687

et continuées à partir de cette date par Henri Basnage, — il n’y eut au

1. À consulter. — Lequien de la Neufville: Origine des Postes chez les anciens et les modernes (1708). — Arthur de Rothschild: Histoire de la Poste aux lettres et du timbre-poste (le éd., 1878). — Eugène Gallois : La Poste et les moyens de communication des peuples à travers les siècles (1894). — G. Brunel: La poste à Paris depuis sa créalion jusqu’à nos jours (Amiens, Yvert et Tellier, r920).

2. À consulter. — E. Hatin: Histoire politique et littéraire dé la Presse en France (1856-1861, 8 vol.). — G. de la Tourette: Théophraste Renaudot (5884). — P. Ginisty : Anthologie du journalisme du XVII* siècle à nos jours (Delagrave, s. d.). — Miss Betty-Tebelle Morgan : Le Journal des Savants (1929).

xvz1e siècle que deux véritables journaux d’informations générales : La Gazette de France (fondée par Théophraste Renaudot le 30 mai 1631), qui paraissait chaque semaine sur quatre pagés, et Le Mercure Galant (créé en 1072 par Donneau de Visé, bientôt associé avec Thomas Corneille), qui paraissait, tous les trois mois d’abord, puis tous les mois, sous la forme d’un petit volume de 300 pages, et nu inspira la comedie de Boursault La comédie sans titre ou Le Mercure Galant (1683). Cette rareté des journaux laissait aux correspondances particulières le soin de répandre les nouvelles. Le genre épistolaire avait ainsi à sa disposition une plus riche matière qu'aujourd'hui, puisqu'il se chargeait aussi bien de communiquer les menus faits de la vie privée que les grands événements politiques, littéraires ou mondains.

.2° Les principaux épistoliers!.

On peut classer en plusieurs groupes les correspondances les plus intéressantes que nous a laissées Le xvrre siècle :

a) CORRESPONDANCES MONDAINES : le cardinal de Retz, le duc de La Rochefoucauld, le chevalier de Méré (1610-1684), la duchesse de Montausier (1605- 1671), la marquise de Sablé, la comtesse de Maure (1600-1663), Mme Cornuel (1605-1694), Mme de Schomberg (1616-1691), Madeleine de Scudéry, Mie de Montpensier, Mne de Sévigné, Mme de Grignan (1646-1715), Charles de Sévigné (1648-1713), Bussy-Rabutin (1618-1693), Mme de La Fayette, Mme de Maintenon, le comte Antoine Hamilton (1646-1720)...

b) Corresponpances LiTrÉRAIRES : Malherbe, Descartes, Voiture, Balzac, Corneille, Pascal, La Fontaine, Racine, Boileau, La Bruyère, Saint-Évremond.…

c) Corresponpances pouiTIQUES : Henri IV (1553-1610), le cardinal de Richelieu (1585-1642), le prince de Condé (1621-1686), Louis XIV (1638-1715), Colbert (1619-1683), Hugues de Lionne (1611-1671), Vauban (1633-1707), Saint- Simon.

d) CoRRESPONDANGES RELIGIEUSES : saint François de Sales (1567-1622), saint Vincent de Paul (1576-1660), le Grand Arnauld (1612-1694), Jean Hamon (1617- 1687), Mmede Chantal (1572-1641), la Mère Angélique (1591-1661), la Mère Agnès de Sainte-Thècle (1625-1700), Jacqueline Pascal (1625-1661), Gilberte Pascal (Mre Périer) (1620-1687), sœur Louise de la Miséricorde (la duchesse de La Valbière) (1644-1710), le P. Rap (162r- 2687). le P. Bouhours (1628-1702), Bos- ‘suet, Fénelon, Fléchier..

e) CoRRESPONDANGES BOURGEOISE : Olivier Patru (1 604-168 1), Guy Patin (1602- 1672), François de Maucroix (1619-1708), Emmanuel de Coulanges (1633- 1716)...

4. Il existe plusieurs recueils de lettres choisies du XVIIe siècle : ceux de Lanson (Hachette), Herriot et Roustan (Delagrave), Roques (Garnier), Jacquinet (Belin). 6

416 LE XVIL SIÉCLE

3° Les lettres de Madame de Sévigné,

Bien que des hommes aient excellé, au xvri* siècle, dans la correspon- ae dance, — tels Balzac !, surnommé « L grand épistohier de France », qui Ste surtout la létire sérieuse (voir p. 6r1 la lettre à Corneille sur Co | et p. 752 une lettre contre les femmes docteurs) dans les 27 livres de lettres qu'il publia lui-même, et Voiture?, qui dans les 200 lettres recueilhiés après sa mort par son neveu Pinchene a plutôt cultivé la lettre légère et spirituelle (voir p. 395 la lettre sur la proscription du mot « car » et P- og la: lettre de la carpe au brochet) —, ce sont surtout les femmes qui se sont distinguées dans l’art épistolaire, comme La Bruyère en a fait la constatation au 1% chapitre de ses Caractères : « Ce sexe va plus loin que le nôtre dans ce genre d'écrire. » Et il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisque leurs qualités et leurs défauts contribuent également, semble-t-il, à leur assurer cette supériorité : le talent d’épistolier ne suppose-t-il pas, en effet, —— outre une intelligence agile, une imagination prompte, une sensibilité ardente et une humeur spontanée, — le désir de plaire, le besoin de s’épancher, l’absence d’esprit logique dans l’enchaînement des pensées et la tendance à tout effleurer d’une superficielle curiosité P

De toutes les femmes qui se sont signalées au xvu® siècle par leur cor-

4, Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654) passa la plus grande partie de sa vie retiré dans ses terres de Charente, faisant de rares apparitions à Paris, à l'Hôtel de Rambouillet et à l’Académie Française. Outre sa correspondance, il a composé ses Entretiens ou Dissertations (comprenant 25 Dissertations chrétiennes et morales, entre autres La Relation à Ménandre et Les Passages défendus, -— qui sont sa propre défense contre les attaques du père Goulu dans ses Lettres de Phyllarque à Arisle, 1628, — 14 Dissertations politiques, dont les trois premières sont celles sur les Romains, et 28 Dissertations critiques), ainsi que 4 traités plus étendus : Le Prince (1631), Le Barbon (1648), Socrate chrétien (1652) et Aristippe ou De la cour | (1658). Son principal mérite est d’avoir enseigné aux écrivains l'art de la « période » harmonieusement construite et d’avoir ainsi complété la réforme … poétique de Malherbe par une réforme de la prose. des

Editions. — Œuvres complètes de Balzac, chez Louis Billairie (1665; 2 vol). — Œuvres choisies de Balzac, par M. Moreau (Paris, Lecoffre, 1854). é

À consulter. — Gaatér Guillaumie: J.-L. Guez de Balzac et la prose ie çaise (A. Picard, 1927). È 2

2. Vincent Voiture (1598-1648), fils d'un marchand de vins d'Amiens, suf par son esprit faire oublier sa naissance dans la société aristocratique et polie où il aima vivre. Ses œuvres comprennent les poésies qu’il composa à l'occasion de ses

fréquentations mondaines et les lettres qu'il écrivit soit de Paris à ses amis absents, soit au cours des voyages qu'il fit pour remplir les missions de confiance …

dont le char gèrent à plusieurs reprises Gaston d'Orléans et le Roi. Edition. — OEuvres complètes (Letires et poésies) de Voiture, Ra Übicini (Paris, Charpentier, 1855, 2 vol.).

respondänce, la plus célèbre est Mme de Sévigné!. Sans parler de leur va-

leur artistique, ses lettres offrent un grand intérêt documentaire : ellés

4. Biographie. — Marie de Rabutin-Chantal naquit à Paris en 1626. Orpheline à sept ans, elle fut élevée surtout par son oncle Christophe de Coulanges, abbé de Eivry, surnommé par elle « le Bien Bon », qui lui fit donner une solide instruction par Chapelain et Ménage (elle apprit l'italien, l'espagnol et même le latin).

Elle épousa en 1644 le marquis Henri de Sévigné, qui mourut dans un duel en 1651, la laissant avec deux enfants : Françoise, née en 1646, et Charles, né en 1648. Sa fille se maria en 1668 avec le comte de Grignan, qui avait déjà été veuf deux fois (une de ses deux premières femmes était la plus jeune fille de la marquise de Rambouillet), et qui au bout d’un an fut nommé lieutenant général en Provence : de ce mariage naquirent deux fils, dont l’ün, Louis-Provence, entra à l’armée, et deux filles, Marie-Blanche, qui de bonne heure se fit religieuse, et Pauline, la future Mne de Simiane. Quant au fils de Mme de Sévigné, il eut une jeunesse dissipée et acheva par ses dépensés de compromettre la fortune de sa mère, déjà fortement ébréchée par les prodigalités de son père ; après avoir servi quelque temps, il quitta l’armée, se maria et mena l'existence d’un gentilhomme de province.

Mre de Sévigné vécut à Paris, fréquentant la cour et recevant beaucoup ellemême à l'Hôtel Carnavaleta (dans le quartier du Marais), qu’elle habita, comme locataire, pendant près de 20 ans, à päftir de 1677, Par raison d'économie, elle passäit une grande partie de l’année à la campagne, soit à Livry, chez l’abbé de Coulanges, soit en Bretagne, dans sa propriété des Rochers, près de Vitré. Elle fit aussi quelques séjours en Provence, auprès de sa fille (1672-73, 1690-97,

1694-96); c’est au château de Grignan qu’elle mourut de la petite vérole le

17 avril 1696.

Portraits. — Voici des fragments de 4 portraits dé Mme de Sévigné, tracés par des contemporains: le rer, par Mre dé La Fayette, dans une sorte de lettre qu’elle lui adressait en 1659 en faisant semblant d’être inconnue d'elle, et qui figure dans La Galerie des Peintures ; le 2e, par Mlle de Scudéry, dans Clélie (3° part., Liv. IID), sous le nom de Clarinte; le 3e, par Somaize, dans son Grand Dictionnaire des Précieuses, sous le nom de Sophronie ; le 4e, par M. dé Grignan dans üne lettre à M. de Coulanges du 23 mai 1696 :

Je ne veux point m'amuser à vous dire que votre taille est admirable, que votre teint a une beauté et une fleur qui assure que vous n'avez que vingt ans ; que votre bouche, vos dents et vos cheveux sont incomparables ; je ne veux point vous dire toutes ces choses, votre miroir vous le dit assez : mais, comme vous ne ÿous amusez pas à lui parler, il ne peut vous dire combien vous êtes aimable quand vous parlez, et c’est ce que je veux vous apprendre. Sachez donc, Madame, si par hasard vous ne le savez pas, que votre esprit pare et émbellit si fort votre personne, qu'il n'y en a point sur là ferré de si charmante, lorsque vous êtes animée dans une conversation dont la contrainte est bânnie...

(Me de La Fayette).

[a. Aujourd’hui Musée Carnavalet, musée historique de la villé de Paris, La salle IX, consacrée à Mme de Sévigné, est l’ancien salon de réception de la marquise.]

nous font connaître sa propre personne, son entourage immédiat, le société parisienne et même la vie provinciale de son temps.

Elle a l'imagination vive ; et l'air de toute sa personne est si galant 4, si propre v

etsi charmant qu'on ne peut, sans honte, la voir sans l'aimer... Sa conversation est aisée, divertissante et naturelle ; elle parle juste, elle parle bien, elle a même quelquefois certaines expressions naïves et spirituelles qui plaisent infiniment... Au reste, Clarinte aime toutes les belles choses et tous les plaisirs innocents, mais elle aime la gloire plus qu’elle-même... J’oubliais à vous dire qu'elle écrit comme elle parle, c'est-à-dire le plus agréablement et le plus galamment qu'il est possible... (Mie de Scudéry).

Sophronie est une jeune veuve de qualité... Son esprit est vif et enjoué, etelle est

plus propre à la joie qu’au chagrin. Elle est blonde, et a une blancheur qui répond

admirablement à la beauté de ses cheveux. Les traits de son visage sont déliés, son.

teint est uni, et tout cela ensemble compose une des plus agréables femmes d’Athènes; mais si son visage attire les regards, son esprit charme les oreilles, et engage tous ceux qui l’entendent ou qui lisent ce qu'elle écrit. Les plus habiles font vanité d’avoir son approbation. Ménandre 4 a chanté dans ses vers les louanges de cette Ilustre personne ; Crisante € est un de ceux qui la visitent souvent. Elle aime la musique et hait mortellement la satire ; elle loge au quartier de Léolie f. (Somaize).

Vous comprenez mieux que personne, Monsieur, la grandeur de la perté que

nous venons de faire, et ma juste douleur. Le mérite distingué de Mme de Sévigné vous était parfaitement connu. Ce n’est pas seulement une belle-mère que je regrette, ce nom n’a pas accoutumé d'imposer toujours ; c’est une amic aimable et solide, une société délicieuse. Maïs ce qui est encore bien plus digne de notre admiration que de nos regrets, c'est une femme forte dont il est question, qui. a envisagé la mort, dont elle n'a point douté dès les prPrmIsrs jqusé de sa maladie, avec une fermeté et une soumission étonnantes..

(M. de Grignan).

Editions. — Nous avons de Mme de Sévigné environ 1500 lettres, dont,

quelques-unes furent publiées en 1607, 1725 et 1726, mais dont la première édi-

tion véritable, celle que sa petite-fille Mme de Simiane confia au chevalier de Perrin, date de 1934 et 1754. En 1818-1819 parut l'édition Monmerqué (en 10 vol.), réimprimée en 1862-1867 par P. Mesnard (Collection des Grands Écrivains de la France, 14 vol. et album), et complétée en 1876 par 2 vol. de Lettres inédites, publiées par Ch. Capmas (Hachette). — Choix de lettres de Mme de Sévigné par Ad. Régnier (Hachette), Doumic et Levrault (Colin).

À consulter. — Gaston Boissier : Mme de Sévigné (Hachette, 1887). — René Vallery-Radot: Mme de Sévigné (Lecène et Oudin, 1888). — E. Faguet: Mme de Sévigné (dans la collection: Les femmes illustres, Éditions d’art et de littérature, 1910). — Mme Duclaux: Mme de Sévigné (Plon, 1914). — E. Angot: Dames du grand siècle (chap. sur Mne de Sévigné et Me de Grignan), Paris, Emile-Paul, 1910.

[a. Galant, distingué. — b. Propre, élégant. — c. Paris. — d. Ménage. — e. Chapelain. — f. Le Marais du Temple.]| :

a) La Chronique parisienne.

Les lettres de Mme de Sévigné tenaient lieu de gazette à ses correspondants. Nous y trouvons racontés aussi bien les menus faits de la chronique parisienne (mariage de la Grande Mademoiselle, suicide de Vatel, exécution de la marquise de Brinvilliers, renseignements sur les modes, etc...) que les grands événements de l’histoire contemporaine (procès de Fouquet, mort de Turenne, mort de Louvois, passage du Rhin, révolte de Bretagne, etc..….).

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