‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 286 sur 532 · MARSEILLE: EN · texte numérisé non relu

MARSEILLE: EN

À Mme de Grignan.

À Marseille, mercredi... 1672.

Je suis ravie de la beauté singulière de cette ville. Hier le temps fut divin, et l'endroit d’où je découvris la mer, les baslides ?, les montagnes et la ville, est une chose étonnante. Il fait aujourd'hui un temps abominable, j'en suis triste ; nous ne verrons ni mer, ni galères*, ni port. Je demande pardon à Aix, mais Marseille est bien plus joli et plus peuplé que Paris à proportion ; il y a cent mille âmes au moins ; de vous dire combien il y en a de belles, c’est ce que je n’ai pas le loisir de compter ; l'air en gros y est un peu scélérat, et parmi tout cela je voudrais être avec vous. Je n’aime aucun lieu sans vous, et moins la Provence qu'un autre ; c'est un vol que je regretterai…

[4. C'est pendant son séjour en Provence, auprès de sa fille, du mois de juillet 1672 au mois d'octobre 1673, que Mme de Sévigné alla visiter Marseille. — 2. Bastides : on appelait déjà ainsi, en Provence, de petites maisons de campagne. — 3. Les galères étaient des bâtiments à voiles et à rames, rappelant les trirèmes antiques. Sur les galères de l'État on employait comme rameurs des condamnés ces travaux forcés furent supprimés en France à la fin du xvn siècle.]

452 LE XVIIe SIÈCLE

UNE CURE À VICHY: AU XVIIe SIÈCLE A Mne de Grignan.

20 mai 1676...

J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très chère; ab, qu’elles sont méchantes ! On va à six heures à la fontaine : tou le monde s b trouve, on boit, et l’on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-Vous qu alles sont bouillantes, et d’un goût de salpétre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on me la messe, on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu'on Es rend ; il n’est question que de cela de à midi. Enfin, on dine ; après diner, on va chez quelqu'un : c'était aujourd'hui chez moi... Il est venu des demoiselles du pays avec une flüte, qui ont danse la bourrée dans la perfection. C’est ici où les bohétiiennée poussent leurs agréments, elles font des dégognades ?, 2, où les curés trouvent un peu à redire. Mais enfin, à cinq Laes on se va promener dans des pays délicieux ; à sept heures, on soupe légèrement, on se couche à dix. Vous en savez présentement autant que moi. Je me suis assez bien trouvée de mes eaux ; j'en ai bu douze verres : elles m'ont bien un peu purgée, c'est tout ce qu’on désire. Je prendrai la douche dans quel ques jours... L'abbé Bayard * vient d'arriver de sa jolie maison*, pour me voir : c’est le druide Adamas Ÿ de cette contrée.

A Mme de Grignan.

28 mai 1676.

J'ai commencé aujourd'hui la douche; c’est une assez bonne

répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu souterrain, où l’on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu’ une

[4. Mne de Sévigné ayant eu une crise de rhumatisme en janvier-février 1656, les médecins lui ordonnèrent au printemps une « saison » à Vichy. Elle y retourna l’année suivante. — 2. Danse analogue à la bourrée. Fléchier en parle aussi dans ses Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne. —3. Grand ami de Mme de Sévigné et de Mme de La Fayette. — 4. Sa maison de Langlar, près de Vichy, où Mme de Sévigné séjourna. — 5. Personnage du roman de d'Urfé : L’Astrée. C'est le confident des bergers et des bergères.] ra

femme vous fait aller où vous voulez... Représentez-vous un jet d’eau contre quelqu'une de vos parties, toute la plus bouillante que vous puissiez vous imaginer. On met d’abord l’alarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits!, et puis on s’attache aux jointures qui ont été affligées ; mais quand on vient à la nuque du cou, c’est une sorte de feu et de surprise qui ne se peut comprendre ; c’est là cependant le nœud de l'affaire. Il faut tout souffrir, et l’on souffre tout, et l’on n’est point brülée, et on se met ensuite dans un lit chaud, où l’on sue abondamment, et voilà ce qui guérit ?.…

c) Son amour maternel.

L'amour passionné de Mme de Sévigné pour sa fille, — qui en jugeait parfois importune la manifestation débordante —, est le sentiment qui remplit surtout sa correspondance et lui a valu d’être appelée « le livre de l’amour maternel ».

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