‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 300 sur 532 · CURIOSITÉ FATALE DE PSYCHÉ · texte numérisé non relu

CURIOSITÉ FATALE DE PSYCHÉ

[Dans ce roman La Fontaine a repris l’histoire contée par Apulée dans Les Métamorphoses ou l'Ane d’or (n° siècle après J.-C.). Conduite sur un rocher sauvagé pour y recevoir l'époux qui lui était destiné, Psyché se trouve soudain transportée dans un palais splendide, où elle est aimée par un invisible époux, qui disparaît le jour et dont il lui est interdit de chercher à voir la figure. Sur les conseils perfides de ses sœurs jalouses, qui essayent de lui persuader que son mari doit être un monstre horrible, et poussée par sa propre curiosité, Psyché une nuit se lève, et tenant, d'une main une lampe, de l’autre un poignard pour tuer son époux sil est un monstre, s'approche du lit où ce dernier repose.]

Elle se leva sans bruit, prit le poignard et la lampe qu'elle . avait cachés, s’en alla le plus doucement qu'il fut possible vers . l'endroit du lit où le monstre s'était couché, avançant un pied, puis un autre, et prenant bien garde à les poser par mesure, - comme si elle eût marché sur des pointes de diamants. Elle retenait jusqu'à son haleine et craignait presque que ses pensées -ne la décelassent. Il s’en fallut peu qu’elle ne priât son ombre de ne point faire de bruit en l'accompagnant,.… - Psyché demeura comme transportée à l'aspect de son époux. . Dès l’abord, elle ; jugea bien que c'était l'Amour : car quel autre dieu lui Te paru si agréable ?

[4. Les maréchaux de camp : nom que portaient autrefois les généraux de bri-

gade.]

Ce que la beauté, la jeunesse, 1e divin charme qui communique à ces choses le don de plaire ; ce qu'une personne faite à plaisir peut causer aux yeux de volupté et de ravissement à l'esprit, Cupidon à ce moment-là le fit sentir à notre héroïne... …

Il lui prit envie de regarder de plus près celui qu’elle n'avait déjà que trop vu. Elle pencha quelque peu l'instrument fatal qui l'avait Jusque là servie si utilement. Il en tomba sur la cuisse de son époux une goutte d'huile enflammée. La douleur éveilla le dieu. Il vit la pauvre Psyché qui, toute confuse, tenait la lampe, et, ce qui fut le plus malheureux, il vit aussi le poignard tombé près de lui...

La criminelle Psyché n’eut pas l'assurance de dire un mot. L’étonnement et la conscience lui ôtèrent l'usage de la parole et celui des-sens : elle demeura immobile, et, baissant les yeux, elle attendit avec des transes mortelles sa destinée.

Cupidon, outré de colère, ne sentit pas la moitié du mal que la goutte d'huile lui aurait fait dans un autre temps. Il jeta quelques regards foudroyants sur la malheureuse Psyché; puis, | sans lui faire seulement la grâce de lui reprocher son crime, ce Dieu s’envola, et le palais disparut. Plus de nympbhes, plus de 4 zéphyrs : la pauvre épouse se trouva seule sur le rocher, demimorte, pâle et tremblante*. à

(La Fontaine, Les Amours

de Psyché et de Cupidon, I, 1.)

[1. Ce mythe de Psyché paraît être d'origine platonicienne : il symbolise la : destinée de l’âme qui, poussée par le désir de savoir, fait évanouir son bonheur : en voulant l’approfondir. Outre ce roman de La Fontaine, il a inspiré chez nous, au xvne siècle, un ballet de Benserade (1656) et la tragédie-ballet de …

Molière : Psyché (1671), en collaboration avec Corneille et Quinault.]

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