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ESS

LA RÉACTION REALISTE 506

ce capitaine qui fut trouvé faisant rôtir des raves à son feu pour. son repas; de surplus‘, il nous remontrait que l'esprit ne peut faire ses fonctions quand le corps est par trop chargé de viande?, et 1l disait que nous avions été mis chez lui pour étudier, non pas pour manger hors de raison, et que pour ce sujet nous devions plutôt penser à l’un qu’à l’autre.

Quand quelqu'un de nous avait failli, il lui donnait une patience ? qui lui était profitable : c'était qu'il le faisait jeûner quelques jours au pain et à l’eau, ainsi ne dépensant rien d’ailleurs en verges. Aux jours de récréation, comme à la Saint-Martin, aux Rois, et à Carême-prenant#, il ne nous faisait pas apprêter une meilleure cuisine, si nous ne donnions chacun un écu d’extraordinaire, et encore je pense qu’il gagnait beaucoup sur les festins qu'il nous faisait, d'autant qu’il nous contentait de peu de chose, nous qui étions accoutumés au jeûne ; et ayant quelque volaille bouillie avec quelque pièce de rôti, nous pensions être aux plus somptueux banquets de Luéullus 5 et d’Apicius?, dont il ne nous parlait jamais qu’en les appelant infàmes, vilains® et pourceaux : de cette sorte il s’enrichissait au détriment de nos pauvres ventres qui criaient vengeance contre lui...

- (Gharles Sorel, Histoire comique de Francion, livre IT.)

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