LA VIE D’'INTERNE AU COLLÈGE
[Francion fait une peinture satirique du Collège de Lisieux, à Paris, où il a passé une partie de sa jeunesse, vers 1610.]
. J’appris alors à mon grand regret que toutes les paroles qui
dcprimiont les malheurs qui arrivent aux écoliers se commencent
par un P, avec une fatalité très remarquable ; car il y a Pédant,
Peine, Dans Punition, Prison, Pauvreté, Petite Portion, Poux,
Puces et Punaises, avec encore bien d’autres, pour chercher lesquelles il faudrait avoir un dictionnaire et bien du loisir. Hortensiust était de ceux qui aimaient les sentences que l’on trouvait écrites au Temple d’Apollon, et principalement il estimait celle-ci : Ne quid nimis?, laquelle il avait écrite au-dessus de la porte de sa cuisine pour faire voir qu'il n'entendait pas que l’on mit rien de trop aux banquets que l’on y apprêterait. Hé Dieu ! quelle piteuse chère au prix de celle que faisaient seulement les porchers de notre village; encore disait-on que nous étions des gourmands, et fallait-il mettre la main dans le plat l’un après l’autre par certains compas 5. Notre pédant faisait ses mignons‘ de ceux qui ne mangeaient guère, et se contentaient d’une fort petite portion qu’il leur donnait. C’étaient des enfants de Paris, délicats, à qui il fallait peu de nourriture ; mais à moi il m'en fallait beaucoup plus, d'autant que je n'avais pas été élevé si mignardement5 : néanmoins je n'étais pas
mieux partagé ; et si mon maître disait que j'en avais plus que
quatre, que je ne mangeais pas, mais que je dévorais. Bref je ne pouvais entrer en ses bonnes grâces. Il faisait toujours à table un petit sermon sur l’abstinence, qui s’adressait particulièrement à moi ; il alléguait Cicéron qui dit qu'il ne faut manger que pour
vivre, non pas vivre pour manger ?. Là-dessus il apportait des F
exemples de la sobriété des anciens, et n’oubliait pas l’histoire de
[4. C'est le nom de son maître d’études. — 2. Ne quid nimis, rien de trop. —
3. Compas, règles. — 4. Mignons, favoris. — 5. Mignardement, délicatement, — 6. Si, pourtant. — 7. Ce mot de Cicéron (Rhélorique à Herennius, IV, 28)
«esse oportet ut vivas, non vivere ut edas » est également cité par Molière, sans
doute d’après Sorel, dans L’Avare (IT, :),]
FRE LR Fe,
wa
RC EVE A)
REC NET ae Je MA AN LS RÉPÉETS PNREAR RU AE Rte PTE
Jet de