‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 313 sur 532 · LE PROCUREUR VOLLICHON · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR VOLLICHON

[Sous le nom de Vollichon Furetière aurait, dit-on, dépeint le fameux procureur au Parlement Charles Rolet, personnage très décrié, dont Boileau a «<ité le nom dans un vers célèbre (Satire, I, v. 52):

J appelle un chat un chat, et Rolet un fripon.]

C'était un petit homme trapu, grisonnant, et qui était de même âge que sa calotte. Il avait vieilli avec elle sous un bonnet gras et ne qui avait plus couvert de méchancetés qu'il n’en aurait pu tenir dans cent autres têtes et sous cent autres bonnets, car la chicane s'était emparée du corps de ce petit homme de la même manière que le démon se saisit du corps d’un possédé. On avait sans doute grand tort de l'appeler, comme on faisait, âme damnée, car il le fallait plutôt appeler âme damnante, parce qu en effet 1l faisait damner tous ceux qui avaient affaire à lui, soit comme ses clients ou comme ses parties adverses. Il avait la bouche bien fendue, ce qui n’est pas un petit avantage pour un homme qui gagne sa vie à clabauder!, et dont une des bonnes qualités, c’est d'être fort en gueule. Ses yeux étaient fins et éveillés, son oreille était excellente; car elle entendait le son d'un quart d’écu, de cinq cents pas ; et son esprit était prompt, pourvu qu'il ne le fallüt pas appliquer à faire du bien. Jamais il n'y eut ardeur pareille à la sienne, je ne dis pas tant à servir ses parties, comme à les voler. Il regardait le bien d'autrui

(1. Clabauder, parler méchamment à tort et à travers.]

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010 LE XVIIe SIECLE

comme les chats regardent un oiseau dans une cage, à qui ils tâchent, en sautant autour, de donner quelque coup de grifle… Il avait une antipathie Ant contre la vérité : car jamais pas! une n'eût osé approcher de lui (quand même elle eût été à son avantage) sans se mettre en danger d'être combattue, |

(Furetière, Le Roman bourgeois, 1° partie.)

2° La poésie réaliste.

Bien que la poésie ne se prête pas avec autant de facihité que le roman aux peintures réalistes, certains poètes du xvrr° siècle, les uns, comme Régnier (voir p. 349-356) et Théophile de Viau (voir p. 357-860), par opposition à Malherbe, les autres, comme Cyrano de Bergerac?, Saint- Amant et Boileau“, par réaction contre la préciosité, se sont attachés à décrire en vers pittoresques des scènes familières de la nature ou de la vie.

[4. Jamais pas une : les deux négations se renforcent (dans une telle phrase on supprimerait aujourd'hui la négation pas).]

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