Demandent quartier, demandent la vie sauve
pour recevoir la parole de ces braves gens, ceux-ci, ‘toujours en garde, craignent la surprise de quelque nouvelle attaque; | leur effroyable décharge met les nôtres en furie; on ne voit plus que carnage ; le sang enivre le soldat; jusqu'à ce que! le grand prince, qui ne put voir égorger ces lions comme de timides brebis, calma les courages” émus, et joignit au plaisir de vaincre celui de pardonner. Quel fut alors l’étonnement de ces vieilles troupes et de leurs braves officiers, lors:
qu'ils virent qu'il n’y avait plus de salut pour eux qu'entre … les bras du vainqueur? De quels yeux regarderent-ils le … jeune prince, dont la victoire avait relevé la haute contenance, : à qui la clémence ajoutait de nouvelles grâces? Qu'il eût ” encore volontiers sauvé la vie au brave comte de Fontaines ! Mais il se trouva par terre, parmi ces milliers de morts ? dont l'Espagne sent encore É perte. Elle ne savait pas que le prince, qui lui fit perdre tant deses vieux régiments à la journée de Rocroiï, en devait achever les restes dans les plaines de Lenst. Ainsi la première victoire fut le gage de beaucoup d’autres. Le prince fléchit le genou, et dans5 le champ de bataille il rend au Dieu des armées la gloire qu'il lui envoyait. - Là on célébra Rocroi délivré, les menaces d’un redoutable ennemi tournées à sa honte, la régence affermie, la France en repos, et un règne, qui devait être si beau, commencé par un si heureux présage. L'armée commença l’action de grâces; toute la France suivit: on y élevait jusqu'au ciel coup d’essai du duc d'Enghien : c’en serait assez pour illustrer une autre vie que la sienne ; mais pour lui, c’est le premier
pas de sa course. $
(Bossuet, Oraison funèbre du Prince de Condé.)
[1. Jusqu'à ce que ne se construisait pas nécessairement avec le subjon comme aujourd'hui. — 2. Courages, cœurs. — 3. Sept ou huit mille. 4. Cinq ans plus tard, le 20 août 1648. — 5; Dans: aujourd” hui on dira sur, — 6. Rocroi délivré: au lieu de la délivrance de Rocroi (tour imité 6 1 latin).]
B. — Les autres prédicateurs.
1° Bourdaloue*.
Bourdaloue, — dont le succès mondain, attesté par de nombreuses lettres de Mme de Sévigné *, éclipsa même, au dire de Voltaire #, celui de Bossuet —, nous a laissé 85 scrmons, qui ont conservé leurs qualités de vigueur logique et de finesse psychologique, mais qui étaient surtout mis en valeur par l’art d’une diction consommée. Citons, parmi les meilleurs, les sermons sur la pensée de la mort, le respect humain, l'ambition, la pénitence, le devoir des pères, l'hypocrisie, la médisance, l’aumône, la prière, la restitution, le pardon des injures, la sévérité évangélique.