LE RETOUR DE GUILLAUME D'ORANGE
[Vaineu à la bataille d’Aliscans, près d'Arles, par les Sarrasins, Guillaume d'Orange a réussi à s'enfuir en prenant le cheval et l’armure d’un roi paien qu'il .
4. Il faut signaler une traduction en vers modernes de Girard de Vienne, par Gaston Armelin (Flammarion).
2. Édition d’Aimeri de Narbonne, par L. Demaison (Société des Anciens textes français, 2 vol., 1887).
3. Édition d’Aliscans, par F. Guessard et A. de Montaiglon (Paris, Franck, 1870).
a tué, Il arrive épuisé sous les murs de sa ville d'Orange, que défend sa femme
Guibourc.] : PR Li quens! Guillames s’est durement hastés Dist au portier : « Amis, la porte ouvrés; Je sui Guillames, ja mar le meskerrés?. »
[Prévenue par le portier, Guibourc vient aux créneaux, maïs refuse de reconnaître son mari dans ce fuyard. Comme il ôtait son haulme pour montrer son visage, passe une troupe de prisonniers chrétiens durement traïtés par les paiens.]
De grans chaïènes ? les eurent fait noer ‘; Paien les batent, cui Diex puist5 mal doner ! Dame Guiborc les a oï$ crier
Et hautement Damledeu ? reclamer ;
Dist à Guillaume : « Or puis je bién prover® Que tu n'iés° mie dans! Guillaume le ber{!,.
La fiere ‘? brace qu’en !* soloit * tant loer ‘ : Ja nen lessastes !© paiens noz genz mener !!
Net8 a!° tel honte batre ne devorer ?! ;
Ja nes?! sofrisses?? si près de toi mener ! »
— « Dex, » dist li quens, « com me velt esprover?? ! »
[Guillaume alors retourne à l'ennemi, délivre les prisonniers et revient frap- “. per à la porte de la ville.]
Voit le Guiborc, si commence a plorer; À haute voiz commença a crier :
« Venez, biau sire, or 1 poez?* entrer. »
(Aliscans.) Se
[4. Li quens, le comte. — 2. Ja mar le meskerrés, vous auriez tort de ne pas le croire (ja, maintenant ;, mar — à tort; meskerrés, du verbe mécroire, me pas croire). — 3. Chaiènes, chaînes. — 4. Noer, attacher (du latin nodare), — 5. Cui Diex puist mal doner, à qui Dieu puisse envoyer malheur. — 6. Oï, entendu. — 7. Damledeu reclamer, invoquer Dieu le Seigneur. — 8. Prover, prouver (probare). — 9. Que tu n'iés mie, que tu n'es pas du tout — 40. Dans, seigneur (dominum). — 414. Le ber, le baron (cas sujet). — 42. Lafiere brace, le bras terrible. — 48, En : pronom explétif. — 44. Soloit, on avait coutume. — 15. Loer, louer (laudare). — 46. Ja nen lessastes, jamais il n'aurait laissé. — 17. Mener, emmener. — 148. Ne, ni. — 19. À, avec. — 20. Devorer, insulter, — 24, Nes — ne les. — 22. Sofrisses, il n'aurait souflert. — 23. Com me velt esprover, comme elle veut m'éprouver. — 24. Or à poez entrer, maintenant vous pouvez y entrer.]
3° La geste de Doon de Mayence.
La Gesre DE Doon pe MAYENGE, qui est proprement la geste féodale, raconte la lutte de la féodalité contre la royauté. Charlemagne, dont le prestige a bien diminué, y est dépeint sous les traits d’un souverain injuste et faible, vaincu par des vassaux plus puissants que lui.
Cette geste décrit surtout les exploits des quatre fils d’'Aymon de Dordone, dont le père fut Doon de Mayence : ces quatre frères, Renaud, Alard, Guichard et Richard, qui vivaient à la cour de Charlemagne, sont obligés de s’enfuir, après avoir tué au cours d’une partie d’échecs un neveu de l’empereur, Bertolais. La principale chanson de cette geste, Renaud de Montauban! (x siècle) — devenue plus tard, après remaniement, le roman si populaire dans nos campagnes des Cdi Jils Aymon — raconte leurs multiples aventures : leur exil dans la forêt des Ardennes, la fondation de Montauban, le siège de cette ville, les exploits du cheval Bayard qui les portait tous les quatre sur son dos, les enchantements de Maugis, le séjour de Renaud’ à Cologne et son retour miraculeux.
Parmi les autres poèmes, que compte cette geste, il faut citer :
Enfances Doon (xrr1° siècle).
Doon de Mayence (xrrre siècle).
Enfances Ogier (xni° siècle).
Chevalerie Ogier de Danemarche (fin du xue siècle).
Maugis d’Aigremont (xxr1° siècle).